Steven Spielberg fait son grand retour au cinéma avec Disclosure Day, l'une des sorties événement de cet été, déjà source d'éloges et de controverses. Un nouveau blockbuster qui marque les inattendues retrouvailles du cinéaste américain avec la science-fiction car cette fable conspi semble beaucoup emprunter à… Rencontres du 3ème type !
Ce film d’extraterrestres est devenu un classique depuis sa sortie en salles, en 1977… Mais reste très masculin quand on le revoit aujourd'hui, un demi siècle après sa sortie en salles, et bien loin de nos premières séances nostalgiques. Comme bien des oeuvres du maestro d'ailleurs, ce cinéma se conjugue volontiers au masculin, le réalisateur prodigieux n'étant pas vraiment connu, quand on prend un peu de recul, pour sublimer les personnages féminins. Où sont les femmes chez Steven Spielberg ?
Ça fait déjà 50 ans qu’on se pose la question. On a tout revu pour tenter d'éclaircir ce mystère plus vaste que celui des OVNIs.
Oui, il y en a, des icônes féminines chez “tonton Spielby”.
Notre préférée ? Ellie Sattler, la botaniste charismatique mais jamais glamourisée, de Jurassic Park. C’est elle, la vraie star du parc à dinos, une source d’inspiration pour toutes. Femme de savoirs attachante, leadeuse, à l’instar d’une Dana Scully, role model, à l'instar d'une Clarice Starling, elle est qui plus est incarnée par Laura Dern, égérie lynchéenne pas vraiment connue pour ses Unes de magazines. Un choix audacieux dans un Hollywood qui en pleines années 90 sur-sexualisait à l'envi ses comédiennes. Initiative pleine de panache donc.
Autre emblème : Lou Jean dans Sugarland Express.
Second long de Spielberg juste après Duel, trop méconnu, ce film haletant relate la fuite désespérée de deux amants à travers l’Amérique. Façon Bonnie and Clyde, en moins sanglant. En tête d’affiche : Goldie Hawn. Actrice elle aussi trop oubliée, diva sublime de La mort vous va si bien (avec Meryl Streep) et ici, interprète solaire, spontanée, singulière. Une éclaircie aux prémices d'une filmo florissante.
Mais hormis elles, on peut toujours creuser.
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Oui, Spielberg n'ignore jamais les femmes dans ses films. Qu'il investisse la science-fiction, le fantastique, le récit historique...
Sauf que voilà, le réalisateur met avant tout en scène des love interests, des compagnes, des mères, l'étendue des rôles n'étant guère vertigineuse. Et parfois, ce doublé : les femmes qui aux côtés de leurs époux font office de mères - protectrices, aimantes - c'est par exemple le cas dans Munich. Les hommes règnent en figures de proue dans le cinéma spielbergien, qu'ils soient fictifs ou historiques : Lincoln, Schindler, Indiana Jones, le soldat Ryan (celui qu'il faut sauver, ceux qui viennent à sa rescousse) , tous, à l’image du joyeux équipage des Dents de la Mer, évoluent dans un monde viril. C'est clairement un monde d'hommes.
Le réalisateur est parvenu à s'émanciper de la question du genre en tutoyant l'universel. Il bâtit, comme personne, des vignettes, des emblèmes, qui permettent à ses films de perdurer par-delà ces enjeux, et de fédérer femmes et hommes. Mais quand même : une écriture un brin plus lucide de la gent féminine serait un plus.
Ready Player One, Duel, Les dents de la mer, Le Terminal ? On souffle. Pas de femmes, ou alors, que des clichés sur pattes. C’est un cinéma de la masculinité. Pourquoi pas ? Scorsese dans Les affranchis parle brillamment de la virilité pour mieux l’égratigner. D'autres exemples abondent. Du côté de la télé, une série comme Les Sopranos abonde en homme pour mieux sonder les masculinités. Sauf que Spielberg, lui, n’en fait rien. Alors, Spielberg, est-il vraiment sexiste ?
On a clairement le droit de s'interroger.
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Indiana Jones et le temple maudit a valu au cinéaste des accusations cinglantes. La raison ? L’écriture et le traitement du personnage de Willie Scott. Un véritable “boulet” pour l’archéologue aventurier, se plaignant et hurlant sans cesse comme la première scream queen venue. Le réalisateur fait tout pour qu’on la déteste.
Ce qui va inciter nombre de personnalités à pousser des coups de gueule. Comme Elizabeth Banks, star de la comédie US et réalisatrice, qui réagira à une carrière sacralisée, quitte à vouer son opinion aux gémonies.
« Je suis allé voir Indiana Jones, Les Dents de la Mer et tous les films qu’a pu faire Steven Spielberg, il n’en n’a jamais réalisé un avec un premier rôle féminin. Désolée Steven, ce n’est pas pour te chercher des noises, mais c’est la vérité. » (Elizabeth Banks en 2017. Source : Ecranlarge)
Oui, les exceptions existent. Meryl Streep dans Pentagon Papers, figure d’autorité dans un monde très masculin (le journalisme) jamais invisibilisée ou décrédibilisée. Mais bon : c’est Meryl Streep. Difficile d’imaginer un boys club refuser l’entrée à la queen du cinéma américain.
À l’inverse… Les actrices chez notre cher Spielby sont des stars : la regrettée Nathalie Baye dans Arrête-moi si tu peux, Julia Roberts dans Hook, Michelle Williams dans The Fabelmans. Mais il leur octroie les mêmes rôles : ceux de mères (source d’obsession pour le héros) ou d’intérêts amoureux potentiels. Bien sûr, d'aucuns rappelleront l'apport de Steven Spielberg au succès de certaines personnalités féminines.
Sans le réalisateur, pas de première nomination aux Oscars pour Whoopie Goldberg, la révélation de La couleur pourpre, qui récoltera finalement le précieux sésame grâce à sa partition dans Ghost, et deviendra très vite aussi populaire qu'une Oprah outre-atlantique. Mais cela fait-il pour autant de son art une célébration féministe ? Le débat persiste.
Surprise : les persos féminins les plus mémorables restent en définitive… Des enfants. Oui oui. De la Drew Barrymore toute débutante de E.T. à la Vanessa Lee Chester du Monde Perdu, ce sont parmi les seules héroïnes que l’on retient vraiment. Elles font volontiers preuve de bravoure et qu’on aime ou pas les films, on ne les oublie pas.
Alors oui, au cinéma un personnage de mère de famille, ou d’épouse, peut être complexe et génial. Almodovar le démontre très bien. Les mères de famille méritent d'être érigées au rang de protagonistes voire d'héroïnes. Elles obsèdent clairement les doubles du réalisateur que l'on peut observer dans Arrête-moi si tu peux, The Fabelmans...
Mais alors que Steven Spielberg a passé 50 ans à créer des icônes mondialement connues, rares sont les femmes fortes ou plus nuancées, subtiles et denses, qui vivent dans ses œuvres. En tout cas, elles flânent dans l'ombre des hommes, loin de l'envergure emblématique de ceux-ci. Courage Steven, on attend mieux de toi en 2026.