"Je me suis retrouvée en culotte puis toute nue devant des mecs, rien que des hommes".
Karin Viard évoque auprès de Pierre Lescure et avec le franc-parler qu'on lui connaît ses premiers castings, dans l'émission Beau Geste. Actrice Césarisée, véritable singularité au sein d'un cinéma français dont elle a défié les normes, et les diktats de féminité archétypaux, Karin Viard traverse notre scène artistique depuis quelques décennies avec un sens de la tragicomédie, du trouble, de l'incarnation, qui la rend unique. Et surtout, elle n'accepte pas de laisser un cinéaste l'objectifier.
Ses scènes de nudité, sous le regard de femmes cinéastes notamment, sont souvent la résultante d'un choix intime, artistique, qui vient servir la complexité de ses personnages, leur intensité, et les intentions des réalisateurs, et réalisatrices : des séquences qui témoignent tour à tour d'une ambivalence au féminin, d'une sensualité, d'une émancipation, parfois (c'est le cas dans l'essentiel Lulu, femme nue, portrait féministe). Viard, c'est un sens du jeu qui n'est pas sans évoquer les icônes chabroliennes : jamais exempt de densité, d'ambiguïté.
Mais elle n'a pas toujours eu le contrôle sur son image !
Démonstration est faite donc avec cette prise de parole grave et juste qui concerne ses tout premiers essais. On l'écoute : "Aux débuts, quand je me suis retrouvée à candidater pour le film de Xavier Durringer, La nage indienne, en 1993, je me suis rendue dans une salle de casting. Il n'y avait que des hommes, que des mecs. J'étais en culotte. Non en fait, j'étais carrément toute nue je crois bien..."
Et le souvenir de poursuive à travers ses mots... pas vraiment pourvus de nostalgie, il faut bien le dire. Une parole qui n'est pas sans rappeler celle de Sophie Marceau, notamment.
Karin Viard développe ses réminiscences auprès de Pierre Lescure, au sujet d'auditions qui auraient pris place au tout début des années 90 - époque où son visage se fait connaître eu public hexagonal, notamment grâce au succès du Delicatessen de Caro et Jeunet. Elle raconte que ses tout premiers essais pour des rôles d'importance ont pris la forme d'auditions très sexualisés.
Elle devait se déshabiller, se mettre à nu, littéralement, dévoiler son corps à un public principalement masculin.
Ecoutons donc : "On m'a demandée de me déshabiller. J'étais toute nue et je devais mimer des scènes très peep show. Ca c'est clairement le lot commun de toutes les actrices françaises des années 90 !".
Effectivement. Les auteurs les plus encensés par la critique hexagonale n'ont eu de cesse de déshabiller leurs actrices. Certaines en ont fait une force, à travers leurs alias à l'écran, leurs personnages, leur caractère, d'autres ont été dévorées, silenciées par un système qui ne pensait qu'à les objectifier.
Tout cela c'est une réalité sociale, culturelle, mais aussi, une histoire de points de vue : de male gaze, ce regard masculin, celui du metteur en scène, comme du public, qui vient calquer ses désirs et sa libido sur le corps d'une actrice, fantasmée, hyper sexualisée. Tant d'actrices ont vécu cela : récemment encore, c'est Virginie Ledoyen qui en fustigeait les conséquences, de constantes remarques sur sa beauté, sur sa silhouette, son physique.
Tant et si bien qu'une actrice a parfois l'impression de n'être que cela : un physique. Tourner avec des femmes permet-il de se libérer de cette objectification ? Il faudrait interroger ainsi Karin Viard, qui a été dirigée par Catherine Corsini, Christine Pascal, Maïwenn, Josiane Balasko, Danièle Thompson, Julie Delpy, Solveig Anspach...
Aujourd'hui néanmoins, tant de femmes cinéastes s'exercent à bouger les lignes. Et la perspective systématique de ce regard, beaucoup plus critiqué (à travers, notamment, l'essai de référence Le regard féminin, de l'essayiste et critique cinéma Iris Brey) et admis.