Marine Leonardi dénonce avec sa facétie habituelle le sexisme sociétal et plus précisément, ici : la charge mentale, cette réalité que vivent toutes les femmes dans tous les foyers de France, et ailleurs bien évidemment. La chroniqueuse en est consciente et s'autorise une légère pique en ce sens, du plus bel effet.
C'est de bon aloi : telle que l'a démontrée l'autrice de bande dessinée Emma dans une planche consacrée au sujet, ce sont trop souvent les femmes qui s'occupent des tâches du foyer. Et l'humoriste de raviver l'inégale répartition des tâches domestiques. En envoyant valser les "caleçons sales" de son amoureux - oui oui - dans une interview sans filtre où elle détaille les aléas de son quotidien, qui nourrissent volontiers son art.
Même le sexisme le plus ordinaire. Car pourquoi pas.
On l'écoute ?
Marine Leonardi envoie certes valser les "caleçons sales" de son homme, mais avec eux, elle éclaire un vrai grand sujet. Encore trop incompris et mésestimé.
C'est sur franceinfo que la chroniqueuse de France Inter, récemment interviewée sur le plateau de l'émission Quotidien, s'exclame : ne jamais oublier à quel point de trop nombreuses compagnes vivent au quotidien la charge mentale. Le fait de devoir gérer famille et ménage, cuisine et autres devoirs conjugaux/parentaux. Au choix.
Elle raconte ainsi avec une facétie que les auditeurs et auditrices de France Inter ne connaissent que trop bien, au vu de ses chroniques : "dans la rue, quand je suis avec lui, des gens veulent prendre des photos avec lui et je suis obligé de leur rappeler que c'est le gars qui ne met pas son caleçon dans le panier à linge". La charge mentale est un phénomène qui en dit long sur les problèmes d'égalité au sein du couple... Et que la révolution #MeToo n'a guère adouci.
Citée par le Journal du Centre national de la recherche scientifique, ou CNRS, la chercheuse Nicole Brais (Université Laval, Québec), laquelle est la grande théoricienne de ce véritable phénomène de société, scientifiquement observé, l'énonce en ces termes très précis : "La charge mentale est un travail de gestion, d'organisation et de planification, intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence".
Et d'ajouter : "il s'agit davantage de la charge cognitive associée à la gestion propre des tâches domestiques que de la réalisation de ces tâches", charge cognitive qui a pour origines "la répartition inégale des tâches domestiques, à laquelle s'ajoute l'activité professionnelle". Autre son de cloche qui résonne toujours autant année après année : "La charge mentale, c'est le fait de devoir toujours penser à ce travail d'organisation et même d'en exécuter une grande partie", précise la dessinatrice féministe Emma, qui a grandement contribué à populariser cette notion dans l'Hexagone.
Judith Loeb Mansour est médecin généraliste. La professionnelle de la santé dans une enquête que nous avons consacré à ce sujet, sur ces pages, à Terrafemina, tient à nous préciser à ce sujet : "La charge mentale ce n'est pas simplement l'équilibre 'vie pro et vie perso', c'est aussi le souci quotidien que l'on porte à ses enfants (s'en occuper, demander de leurs nouvelles quand ils sont rentrés à la maison...), mais également à son conjoint ou à sa conjointe, et, quand on prend de l'âge, à ses propres parents !".
On a envie de citer Titiou Lecoq et son essai/enquête de référence consacrée à ce sujet épineux et hélas, toujours aussi actuel. Le panier à linge sale, ce grand impensé des hommes, les mêmes qui sont persuadés de pouvoir battre Serena Williams au tennis. Vaste débat. Mieux vaut en rire ?
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