La Femme de Ménage cartonne en salles et les controverses autour du sex symbol Sydney Sweeney, actrice badass et hyper glam, n'y sont pas pour rien. Mais c'est aussi la seconde partie de ce blockbuster, et avec elle sa flopée d'enjeux très féministes, qui fait toute la différence. Comme ce gros non-dit que le film illustre. Et qui doit à tout prix être évoqué.
"Ce thriller mêle habilement conte de fées moderne et fable féministe, via ses twists que d'aucuns jugeront malins, d'autres abracadabrantesques", pouvait-on lire sur Terrafemina dans un article que nous avons spécialement consacré aux séquences les plus sulfureuses de ce gros hit en salles. A savoir ? Ses scènes de nu et de sexe. "Féminisme ou male gaze en puissance ? Les scènes de nu et de sexe de Sydney Sweeney dans La femme de ménage soulèvent des questionnements alors que la jeune actrice cristallise toutes les polémiques".
On parle ici de séquences de nudité et de sexe qui sont loin d'être gratuites.
Pourquoi ? Grâce à cette seconde partie qui renverse la table. Où l'on comprend que si ces images de corps à corps étaient si profondément "male gaze", servant une libido bien masculine (plans insistants sur les seins de son actrice, notamment) c'est pour mieux servir d'une façon très ironique et acidulée le discours féministe du film. Oui oui : pour nous balader par le bout du nez, en se servant de codes volontairement hyper désuets, fantasmant une romance qui n'est que simulacres, qu'une vaste illustration.
Spoiler ! En associant au personnage de la femme de ménage un prince charmant qui s'avère être... Un tortionnaire qui violente toutes ses proies féminines, La femme de ménage étrille sauvagement les archétypes masculins et nos attentes de spectateur, afin de dénoncer, justement, l'hyper sexualisation des femmes, et les violences subies par les femmes.
C'est en fait le discours sous-jacent (et pas toujours hyper subtil non plus) de ce film adapté d'un vrai phénomène littéraire, devenu à son tour phénomène cinématographique. Et justement, parlons-en : la force féministe de ce film au succès digne d'un blockbuster se trouve autre part encore.
Dans une scène en particulier.
Une scène qui ne t'a certainement pas échappé. Mais qui est très furtive en vérité. Alors qu'elle compte énormément car elle aborde un sujet jamais illustré dans les grosses machines américaines. On t'explique tout.
La Femme de Ménage, c'est un film un peu nanar, voire beaucoup par moments, kitsch, risible dans certaines facettes (la performance de Sydney, gros miscast, alors qu'elle excelle dans d'autres films), qui tire ses twists farfelus comme les ficelles d'un pantin balancé sur l'autoroute. Rien que ça, oui oui.
Seulement voilà : qu'on le veuille ou non, La Femme de Ménage est aussi une œuvre féministe. En tout cas, qui aborde quantité d'enjeux qui ont trait aux luttes, près d'une décennie après les prémices de la révolution #MeToo. Au choix : l'emprise, les violences conjugales, la sororité, les pervers narcissiques. Puis enfin, un sujet qu'on voulait mettre en avant ici : le viol conjugal.
On te renvoie à ce long flash back, raconté par l'antagoniste de la "femme de ménage" en question, interprétée à l'écran par Amanda Seyfried.
Ce personnage qui nous est présenté comme antipathique s'avère être une femme manipulée, séquestrée, abusée et violentée depuis des années par son mari. Et alors qu'elle nous relate son calvaire, s'immisce une scène où son époux lui fait subir un viol au sein du lit conjugal, alors qu'elle, le regard ailleurs, semble en pleine dissociation, un phénomène bien connu des victimes de viol et d'agression sexuelle.
C'est à dire qu'elle se dissocie complètement de son corps. Cette scène est hyper glaçante, et très réaliste.
Alors que les scènes de sexe étaient très graphiques, presque outrancières, là, tout est sobre au possible, brut, glacial, implacable. On est simplement choqué par cette séquence par ce qu'elle montre, évidemment, mais aussi, par la façon nonchalante dont elle est amenée dans le récit et sa narration, sans prévenir, sans prendre la forme d'une scène-choc ou sensationnaliste.
La protagoniste se contente de raconter d'une voix monocorde les violences subies au sein de son couple, illustrées en images, et le viol conjugal apparaît comme une violence parmi d'autres. En mettant en avant la banalité de ce viol, parmi d'autres violences, La femme de ménage dénonce justement la façon dont celles-ci sont à la fois banalisées, et invisibilisées, au sein de notre société.
D'aucuns parlent d'ailleurs encore de "devoir conjugal" pour désigner ce qui n'est autre qu'un viol. Justement, de nouveau, c'est précisément ce que le film dénonce, le système patriarcal et ses violences systématisées. Une nouvelle fois on se retrouve confronté à quelque chose de beaucoup trop ordinaire, même dans une fiction par moments ubuesque, et le choix d'illustrer le viol conjugal en l'espace de quelques secondes étonnantes de crudité en dit long sur un certain dessein féministe.
La façon dont le film l'illustre, sans la moindre esthétisation, sans la moindre sexualisation, servie par la performance habitée de son actrice, tend à mettre en lumière non seulement un sujet rarement illustré dans les grosses machines hollywoodiennes, voire au cinéma, mais surtout, toujours aussi minimisé dans notre société. On ne s'attendait pas forcément à cela de la part d'un film aussi mainstream.
Ce film à succès inspiré d'un best seller permettra-t-il de libérer d'autant plus de voix ?