Marty Supreme avec Timothée Chalamet : gros film sur la masculinité toxique ? Oui, et c'est absolument sublime
Marty Supreme avec Timothée Chalamet : gros film sur la masculinité toxique ? Oui, et c'est absolument sublime
Marty Supreme est un grand film sur la masculinité toxique. En racontant la trajectoire aussi spectaculaire que pathétique d’un protagoniste antipathique, professionnel du ping pong qui se pense potentiellement plus brillant qu'il ne l’est, et en ne censurant aucune de ses humeurs insupportables, ce faux biopic pas vraiment comme les autres dévoile le personnage masculin tel qu’on se lasse aujourd’hui de le voir : arrogant, mégalomane, un brin mytho, imprévisible, hyper bavard, égocentrique à souhait.
Et on ne va pas se mentir, l'exercice promotionnel de son interprète, Timothée Chalamet, ne fait rien pour arranger les choses. Volontairement (?) insupportable et mégalo, le jeune comédien a décidé de rester dans la peau de son personnage au gré des interviews et émissions à l'international, quitte à faire grincer des dents et à nous saouler plus que de raison. Et à aller à l’encontre de ce que son film raconte : loin de glorifier la prétention de ce Marty “suprême” (dont l’idée de génie demeure l’invention de balles de ping pong oranges), ce dernier ne l’épargne jamais et laisse au public l’intelligence de le juger. Si ce dernier s’en donne la peine bien sûr.
Alors, pourquoi ça marche ? Car justement, ce film, qui se joue des codes des récits sportifs, comme des biographies filmiques (autrement dit : des films à la gloire des hommes, tout simplement), et des feel good movies, parvient au gré de ses plans et de ses dialogues lourds de sens à étriller ce stéréotype de mec absolument toxique, notamment à travers un procédé narratif et formel très immersif, et intéressant émotionnellement : pénétrer à l’intérieur de sa tête, et des histoires que brode ce faux héros.
De fait, alors que l’œuvre entière nous colle au plus près de ce personnage, de son corps toujours en mouvement et de son esprit en ébullition, les très nombreux contrechamps rappelant l’antipathie du héros - suscitant autant la haine des femmes que des hommes, car il manipule tout le monde - en deviennent d’autant plus cinglants. A savoir, les regards des deux personnages féminins principaux, se rendant compte, au détour d’une scène, de l'égoïsme affolant de ce sportif prêt à tout sacrifier pour ce qu’il appelle, son destin. Cela tient à quelques répliques, à quelques regards : à une mise en scène intelligente qui entre deux démonstrations de force (le film n’est fait que de fuites et de corps renversés, de décors qui s’écroulent et de poursuites) donne le la à ce qui s’énonce entre les lignes.