Sidney Prescott est-elle la scream queen la plus badass, si ce n’est justement, l’anti scream queen ? Le nouveau Scream (promis, on arrête avec ce mot après) devrait le démontrer.
En salles ce mercredi, le septième opus de la célèbre saga initiée par les Weinstein (et oui, désolé) remet sur le devant de la scène Sidney Prescott, la protagoniste légendaire de la franchise, esseulée lors des deux précédents volets. Et avec elle, son interprète, Neve Campbell, luttant autant contre l’invisibilisation des femmes de plus de quarante ans à Hollywood (exclues, ignorées, méprisées) que contre les inégalités salariales. Car la superstar a exigé un salaire décent, à sa stature, pour accepter ce come back, qu’elle avait initialement refusé, en 2022. Depuis, la somme proposée a du gagner en poids : tant mieux.
Bon mais paradoxalement alourdi par le départ en trombe de Melissa Barrera et Jenna Ortega, nouvelles superstars des Scream version 2020, cette énième itération des tribulations macabres de Ghostface (le gars avec un masque du Cri de Munch) n’a apparemment rien d’audacieux ; elle semble tout miser sur la nostalgie et le référentiel - et de dingo. Mais quelque chose nous incite à y plonger tête la première : Sidney Prescott, donc, encore une fois.
Et avec elle, la dimension sensiblement féministe de cette saga horrifique exceptionnelle.
Scream, ce n’est pas juste une franchise qui mise sur le name dropping, les références, le dialogue constant avec un public féru de films d’horreur, l’éclatement du quatrième mur.
Univers de cinéma d’horreur où tous les personnages connaissent le cinéma d’horreur et ses clichés (mais sombrent en plein dedans, allez comprendre), la franchise met à l’honneur une ironie bien à elle évidemment, mais surtout, une célébration des figures féminines du genre.
Le cinéma d’horreur sans ses figures féminines, n’est absolument rien. De Carrie à Laurie Strode (Halloween), des récents exploits à l’écran de l’immense Mia Goth (la trilogie de Ti West) à Nancy, la redoutable adversaire de Freddy Krueger dans Les griffes de la nuit de Wes Craven - le regretté réalisateur des quatre premiers Scream, il n’y a pas de hasard.
Et la saga dont il est ici question magnifie cette réalité. Scream, c’est une histoire de malédiction au féminin. Sidney, hantée par le fantôme de sa mère, se voit persécutée par une assassine toxicité, masculine, mais pas seulement, à la violence toute patriarcale. D’un opus à l’autre, elle se débat en compagnie de consœurs féminines (Gail Weathers, alia Courteney Cox) dans ce vaste cauchemar qui tutoie autant la ghost story que le récit hyper gore. Beaucoup de hantises féminines se voient cristallisées dans ce maelstrom.
Sur sa chaîne YouTube, Welcome To Primetime Bitch! (clin d'oeil à une punchline du slasher surnaturel Freddy 3 : Les griffes du cauchemar), la vidéaste et érudite Mylène analyse ce même du cinéma de genre avec une acuité rare. Dans les pages de Terrafemina, elle analyse ainsi Scream et sa légendaire icône, Sidney Prescott : "En déconstruisant le slasher movie, Scream réécrit sa figure centrale : la finale girl. A savoir, cette jeune fille innocente et pure qui survit au tueur car, au-delà de sa force physique, elle ne succombe pas aux tentations (drogue et sexe) comme ses amis. Or, notre héroïne, Sidney Prescott (Neve Campbell) n'est pas comme ça. Ces règles de survie, elle les transgresse ouvertement (sur le plan du sexe par exemple, en compagnie de son petit ami). Ce qui ne l'empêche pas de conserver son statut de finale girl.”
Et poursuit sur le même ton : “Depuis les tout premiers slashers, la posture de la finale girl est toujours ambivalente dans le cinéma d'horreur. D'un côté, ce stéréotype nous permet de nous représenter, nous, spectatrices, comme des femmes fortes, luttant contre la mort. Plus encore, des femmes survivantes. Mais de l'autre, il y a toujours une forme de misogynie latente dans ces histoires, ne serait-ce que par leur côté moralisateur.
En adaptant ces codes désuets aux mœurs actuelles, Wes Craven et le scénariste Kevin Williamson modernisent un autre classique : Halloween de John Carpenter. Dans ce slasher, le personnage de Laurie Strode (Jamie Lee Curtis), bien qu'iconique, est finalement très sage, ne boit pas, n'a pas de relations sexuelles, et c'est la seule qui va survivre au tueur qui la poursuit - Michael Myers, que cite d'ailleurs Ghostface, le tueur de Scream. Sidney Prescott, elle, va renverser cette forme de fatalité de la victime. Comme une version 2.0. de vieux modèles.
La vidéaste Demoiselle d'horreur en parle d'ailleurs très bien dans son analyse du personnage. "Halloween" de John Carpenter, et sa finale girl matricielle : Laurie Strode. Déjà, elle n'est pas qu'une silhouette innocente qui va être meurtrie : avant que le tueur ne s'en prenne à elle, nous savons déjà qu'elle souffre du deuil de sa mère. Elle a un passif.
Sidney n'est pas une candide qui court en hurlant. C'est une battante, pleine d'initiative et ultra-maligne. C'est ce qui la rapproche d'un autre personnage, également mis en scène par Wes Craven : Nancy, la jeune adolescente des Griffes de la nuit. Afin de se défendre contre le croquemitaine Freddy Krueger qui envahit les rêves de ses victimes, Nancy privilégie un plan à la Maman j'ai raté l'avion : elle va faire en sorte d'avoir le tueur à son propre jeu, d'inverser les rôles. C'est exactement ce que va faire Sidney Prescott à la fin de Scream."”
Bref, Scream, c’est une machine réflexive, mais aussi, un portrait de femme badass qui vient déconstruit les clichés de l’archétype qu’elle incarne. Voilà pourquoi on attend impatiemment ce qu’il adviendra de la grande Sidney dans ce nouvel opus, à découvrir en salles obscures dès ce mercredi.
Hâte.