Au cinéma : "A-bras-le-corps", un puissant exemple de "female gaze" à voir à tout prix
Au cinéma : "A-bras-le-corps", un puissant exemple de "female gaze" à voir à tout prix
Son corps, ses choix ? Dans ce film à ne pas manquer, une jeune fille voit sa vie bouleversée. Du jour au lendemain, elle va devoir faire face aux jugements d’une société intensément patriarcale. Une expérience puissante et incarnée.
Notre héroïne craint de connaître le même destin que sa mère, qualifiée de tous les noms après avoir quitté son époux pour un autre homme. Ajoutez à cela, les sermons religieux qui constituent en partie son quotidien. La honte encombre donc ses épaules... Et c’est de cette culpabilité, indissociable de la condition féminine comme l’analyse Mona Chollet dans son dernier essai en date, dont parle frontalement cette démonstration à la fois intimiste et intense de “female gaze”.
A-bras-le-corps est un film qui porte bien son nom. Car c’est une œuvre organique. En nous immergeant dans la vie, et au coeur de la sensibilité émotionnelle et psychologique d’Emma, ce récit très subtil nous propose de partager sans sensationnalisme les affects d’une jeune fille esseulée. Tout se dit sans longs dialogues, sans même parfois la moindre ligne : le langage y est une question de silences éloquents, de ressenti, d’émois qui bouillent à l’intérieur.
A bras le corps est une histoire de colère contenue. De rage qui ne demande qu’à être libérée, de rébellion qui s’énonce sans cris, comme les prémices d’une révolution. Et cela se traduit notamment par une atmosphère anxiogène et pesante, une photographie clinique, blanche, qui va de paire avec l'interprétation impressionnante, toute en nervosité, en heurts, de la révélation Lila Gueneau. Et malgré son cadre historique, cette puissance de ce qui se devine à l’image, un discours résolument intime et politique sur l’émancipation des femmes et le rapport douloureux au corps, s’avère redoutablement contemporain. A ne pas louper.