Lauren Jauregui est la voix du groupe Fifth Harmony, une artiste délibérément empouvoirante qui, à l’instar des “punkettes” britanniques et américaines d’hier, n’hésite pas à faire de son corps un instrument à part entière lors de ses concerts. Mais cela ne plaît pas à tout le monde et, ô surprise, aux hommes qui ne se lassent jamais de commenter les exploits et l’art des femmes. Qui sera réellement étonné ?
En l'occurrence, c’est lors d’une performance scénique au carnaval de Rio, à retrouver ci-dessous, que la chanteuse a engendré les commentaires les plus discriminants. Dédiés à son physique, ses formes, sa taille, son poids. Un cas incontestable de “body shaming” qui a également suscité l’indignation de nos confrères de Purecharts.
Lauren Jauregui est victime de grossophobie, comme tant d’autres femmes sur les réseaux sociaux. Un véritable fléau largement banalisé par les internautes les plus misogynes.
Tel qu’en témoigne ce florilège de réactions relayé par Purecharts (pour qui cet acharnement est digne de celui qu’a subi à l’unisson l’iconique Nelly Furtado) : “Elle a avalé tout le groupe !”, “Elle est énorme !”, “Qu’est-ce qu’il s’est passé ?!”, “Elle est enceinte”, “Change de styliste”, lit-on au fil de ces simagrées et de ces billevesées qui transpirent la haine des femmes. Du “fat shaming”, comme l’énoncent les anglophones. De la grossophobie beaucoup trop ordinaire, qui tend à silencier les femmes “grosses”, brimer leur parole et leurs créations mais aussi leurs formes, leurs rondeurs, leur silhouette, leur féminité.
Hélas, qui en sera réellement étonné, à l’heure du retour fracassant de l’ultra-maigreur dans la mode, ou du succès tout aussi inquiétant de l’Ozempic, ce médicament réapproprié à des fins amaigrissantes ? Autrice et documentariste (On achève bien les grosses) Gabrielle Deydier expliquait dans nos pages : "Les gens comprennent mieux aujourd'hui de quoi il est question quand on parle de grossophobie, mais les réactions ou discours grossophobes sont encore loin d'être rares".
"L'exemple de la mode est parlant : oui, c'est positif de proposer des défilés plus inclusifs, des mannequins body positive (je ne trouve pas que l'on sombre dans le "fat washing"), mais les gens ont trop tendance à croire que parce qu'ils voient des personnes grosses dans un défilé, alors le problème serait forcément réglé".
De l’élan body positive d’hier, il ne reste que quelques porte-paroles trop épars, comme la si inspirante mannequin Ashley Graham, défenseuse d’une mode inclusive et plurielle, où certaines militantes féministes sur les réseaux sociaux. La fin d’une ère qui a à peine commencé.