Partir à la chasse aux livres censurés, la bonne idée culture de la rentrée

Banned Books Week : la chasse aux livres censurés envahit Washington
Banned Books Week : la chasse aux livres censurés envahit Washington
Plutôt que les Pokémons, ce sont des livres que des centaines d'Américains ont pris en chasse. Lancée par la bibliothèque publique de Washington, cette battue culturelle est l'occasion de célébrer les romans qui ont un jour ou l'autre étaient bannis des États-Unis.
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Chaque dernière semaine de septembre depuis 1982, bibliothèques, librairies et écoles américaines se réunissent autour d'un événement commun : la Banned Books Week. L'idée ? Mettre en lumière les livres ayant été bannis du sol américain et rappeler l'importance de la libre pensée et de l'accès à l'information via des lectures, des activités et des rassemblements. Peut-être inspirée par l'engouement autour de Pokémon Go, la bibliothèque publique de Washington a eu l'idée de fêter l'édition 2016 de la Banned Books Week en organisant une chasse aux livres censurés. Comme le rapporte le Washington Post, la bibliothèque a disséminé plusieurs centaines de romans un peu partout dans la ville et encourage les heureux collecteurs à partager leurs trouvailles sur les réseaux sociaux via le hashtag #UncensoredDC. Certains d'entre eux seront ensuite tirés au sort et gagneront des tickets pour le grand cocktail organisé par la bibliothèque.

Pour aider les participants à s'y retrouver et pour rendre cette chasse aux livres ludique et intelligente, la bibliothèque publique a changé les couvertures de chaque roman. Par exemple, L'attrape-coeur de J.D. Salinger devient "Anti-blanc" car en 1963, les parents d'élèves d'un lycée en Ohio ont demandé à faire censurer le livre qu'ils jugeaient raciste envers les blancs. Une bonne façon de rappeler en quelques mots pourquoi certains auteurs se sont vus censurés tout en mettant en avant la bêtise de la chose. Cette chasse au trésor très particulière comprend d'autres ouvrages, dont La couleur pourpre d'Alice Walker, Vol au-dessus d'un nid de coucou de Ken Kesey, Abattoir 5 de Kurt Vonnegut Jr., Une paix séparée de John Knowles, ou encore Un enfant du pays de Richard Wright.

Une édition placée sous le signe de la diversité

Chaque année, la Banned Books Week s'articule autour d'un thème central, et pour son édition 2016, c'est la diversité qui a été choisie. Dans le communiqué de presse cité par le Washington Post, l'association qui regroupe les bibliothèques du pays, explique : "Cette édition célébrera la littérature écrite par des auteurs divers qui ont été bannis ou contestés et sera aussi l'occasion de se rendre compte pourquoi certains livres ont été pointés du doigt de façon disproportionnée. Il a été estimé que plus de la moitié des livres bannis ont été écrits par des auteurs de couleur ou évoquent des questions à "caractère communautaires".

Le choix d'aborder le thème de la diversité n'est pas anodin. Chaque année, l'association des bibliothécaires américains dresse un top 10 des livres les plus souvent bannis ou contestés par un parent d'élève, un libraire, un professeur ou encore un bibliothécaire. Résultat ? En 2014, 80% des ouvrages ayant reçu une plainte avaient pour sujet la diversité. Dans un article paru l'année dernière, le Washington Post explique ainsi que ce sont les questions liées au racisme, à l'homosexualité ou encore à la religion qui soulèvent le plus souvent des protestations. L'association a également analysé les plaintes reçues entre 2001 et 2013 et note que ce sont des livres écrits par des auteurs de couleur ou traitant de sujets à "caractère communautaire" qui sont pointés du doigt de façon démesuré. Bref, si L'attrape-coeur ne choque plus personne depuis longtemps, l'auteure afro-américaine Toni Morrison – pourtant reconnue mondialement – continue de déranger. En 2014, son roman L'oeil le plus bleu arrivait ainsi quatrième du classement. Près de 35 ans après sa création, la Banned Books Week est donc plus que jamais utile.