"Ce n'est pas un safari" : le photoshoot mexicain de la marque Sézane crée un tollé

Accusée de "renforcer les stéréotypes racistes", la marque Sézane s'excuse
Accusée de "renforcer les stéréotypes racistes", la marque Sézane s'excuse
Lors d'une campagne photo dans la région de Oaxaca, au Mexique, une équipe de la marque parisienne Sézane a fait poser une dame de la communauté indigène zapotèque avec sa nouvelle collection. Sur Twitter, les accusations d'appropriation culturelle fusent.
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C'est la polémique qui secoue Sézane en ce début d'année. Dans une vidéo publiée le 8 janvier dernier largement relayée sur les réseaux sociaux, on voit une séance photo menée par les membres de la marque parisienne prendre place dans les rues de Teotitlàn del Valle, dans la région de Oaxaca, au Mexique.

En face du photographe, une dame âgée zapotèque est installée sur une chaise, gilet vert issu d'une prochaine collection du label sur les épaules. Une personne de l'équipe l'incite à se lever et à danser, l'habitante issue du peuple indigène locale s'exécute.

Derrière l'objectif, on sourit - pour la plupart sans masque, alors que le Mexique connaît lui aussi une montée drastique des cas de Covid-19 - et on capture l'instant. Ailleurs, on s'indigne.

"Ce n'est pas un safari"

Alerté par la séquence virale d'une minute, l'Instituto Nacional de los Pueblos Indígenas (INPI), organisme gouvernemental de défense des peuples indigènes du Mexique, s'est exprimé dans un communiqué.

Il dénonce ainsi la façon dont "le comportement des représentants de la marque porte atteinte à la dignité des communautés autochtones et renforce les stéréotypes racistes", et annonce "ouvrir un dialogue avec les autorités de Teotitlán et les personnes lésées pour entreprendre une action en justice, conformément à la loi". D'après plusieurs internautes, sans que cela n'ait été vérifiée, précise toutefois France Inter, la dame aurait touché la somme de 200 pesos pour sa participation, soit moins de 10 euros.

L'INPI poursuit, pressant les entreprises étrangères de "cesser d'exploiter les peuples indigènes comme capital culturel". "Ce ne sont pas des objets d'habillement, mais des citoyens de droit qui possèdent un vaste patrimoine culturel", martèle l'institut.

"Encore une marque française, qui arrive à Oaxaca pour en profiter frivolement", lâche encore une personne en ligne. "Il faut les respecter, ce n'est pas un safari. C'est de l'exploitation".

Un shooting consenti, assure la créatrice

D'abord silencieuse, Morgane Sézalory a fini par prendre la parole et présenter ses excuses. La créatrice assure ainsi que sa rencontre avec la dame était spontanée, que celle-ci, comme sa famille, était d'accord pour que des images soient tournées. Et que les images en question n'auraient "aucune vocation commerciale", garantit-elle, ajoutant "qu'aucun paiement n'a été effectué par l'équipe Sézane."

Elle continue, s'excusant que son "approche ait pu heurter la communauté locale mexicaine". "Nous sommes sincèrement désolés qu'elle n'ait pas reflété les meilleures intentions pour la communauté locale pour qui nous avons un profond respect", ajoute Morgane Sézalory. Pour ce qui est de l'absence de masque en revanche, la PDG concède : "cela était effectivement une erreur".

Une mauvaise pub dont l'enseigne, qui se vante pourtant d'incarner "une histoire de femmes et d'hommes qui ont besoin de sens", se serait bien passée.