"Ils s'attaquent à nos droits" : en Turquie, les femmes manifestent pour la Convention d'Istanbul

Les citoyennes d'Istanbul n'en sont pas à leur première marche contre les violences faites aux femmes et les féminicides. Ici, celle de mai dernier.
Les citoyennes d'Istanbul n'en sont pas à leur première marche contre les violences faites aux femmes et les féminicides. Ici, celle de mai dernier.
Le 5 août dernier, c'est par milliers que les citoyennes de Turquie sont descendues dans les rues d'Istanbul pour dénoncer les violences faites aux femmes. Si elles marchent, c'est pour défendre l'importance d'un texte primordial mais menacé : la Convention d'Istanbul.
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"Ils s'attaquent aux droits que les femmes ont acquis grâce à leurs luttes". Elles sont vives, les indignations qui bousculent les rues d'Istanbul en ce 5 août ensoleillé. En Turquie, les citoyennes foulent par milliers l'asphalte du pied. Masques au visage, le poing levé. La raison de leur indignation ? Le gouvernement conservateur du Président de la République de Turquie Recep Tayyip Erdoğan menace de se retirer d'un Traité emblématique : la Convention d'Istanbul. Une hypothèse qui révolte les manifestantes.

Mais qu'est-ce que c'est, la Convention d'Istanbul ? Ni plus ni moins que le premier traité européen ciblant spécifiquement les violences faites aux femmes et les violences conjugales, nous rappelle Amnesty International. Formalisé en 2011, et officialisé il y a tout juste six ans de cela, cette Convention (que vous pouvez lire ici) met en lumière les victimes - d'agressions sexuelles par exemple - et leur protection. Elle reconnaît les abus subis par les femmes comme des violences à part entière et insiste sur l'importance de leur prévention comme de leur traitement par la loi. C'est pour cela, poursuit l'ONG, que s'en retirer "aurait des conséquences désastreuses pour des millions de femmes et de filles dans le pays".

Face aux caméras de France 24, une citoyenne poursuit : "Aujourd'hui, dans toute la Turquie, et au-delà des clivages politiques, toutes les femmes ont besoin de cette Convention". Sur sa bouche, un masque aux nuances violettes, soit la couleur symbolique de la lutte contre les violences et les discriminations sexistes. A l'heure du coronavirus, c'est un autre fléau que pointe du doigt ces femmes anonymes, mais aussi l'indifférence, voire le mépris, qu'il inspire aux institutions et aux organes de pouvoir.

"On crie plus fort ensemble"

Mais si ce traité est si important, alors pourquoi s'en retirer ? Et bien à en croire le gouvernement Erdogan, nous apprend RFI, la lutte contre les violences conjugales "menacerait les valeurs familiales". Faut-il en rire ou en pleurer ? Reste la meilleure option : se révolter. "Ici nos voix s'additionnent. Et on crie plus fort ensemble", explique une manifestante au média international. Et les citoyennes de poursuivre : "Cette convention nous protège ! S'ils la suppriment, ils pourront supprimer ensuite tous les droits nationaux qui protègent les femmes". Derrière la préciosité de ce texte, celle de droits fondamentaux qui pourraient bien être bafoués.

Car comme l'énonce une jeune manifestante interrogée par RFI, un retrait de la Convention ne serait pas simplement une preuve de mépris politicien et exécutif vis à vis de cette protection, mais "une autorisation" prononcée à l'égard des conjoints violents et meurtriers. Et ce n'est pas juste une supposition. Depuis le début de l'année, l'on dénombrerait déjà pas moins de 118 cas de féminicides, dixit Aujourd'hui la Turquie. En juillet dernier encore, le meurtre barbare de Pinar Gültekin, 27 ans, battue, étranglée et brûlée par son ancien conjoint, suscitait colère et écoeurement au sein du pays.

L'an dernier, les femmes se réunissaient déjà en plein coeur d'Istanbul (du violet en évidence) pour dénoncer cette sinistre réalité. Militant contre l'impunité des violeurs, l'une de ces voix expliquait à RFI : "On vit dans un pays où chaque année il y a plus de 400 femmes assassinées. Et les assassins ne sont pas condamnés ou la plupart du temps ils arrivent à avoir des réductions de peine. Du coup on vit dans un pays où être féministe est obligatoire". Ou quand la lutte n'est plus simplement collective, mais vitale. Aujourd'hui, elle l'est toujours autant. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter.