"Papa was not a Rolling Stone" mais sa fille rocks !

"Papa was not a Rolling Stone" mais sa fille rocks !
"Papa was not a Rolling Stone" mais sa fille rocks !
Dans cette photo : Aure Atika
On a vu “Papa was not a Rolling Stone”, de Sylvie Ohayon, l’histoire vraie d’une jeune fille des 4000 bercée de rêves fous et de chansons de Goldman, et on a adoré. Parce qu’on a ri, parce qu’on a appris, mais aussi parce qu’on s’est rappelées…
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Sylvie Ohayon a un débit de mitraillette, un verbe hérité de ses multiples vies, depuis La Courneuve, où elle a grandi, aux beaux quartiers, où elle est parvenue à la force d’une ambition de s’envoler qui ne l’a jamais quittée. Passée par la pub avec ferveur (« Pour faire du ciel le plus bel endroit de la terre », c’est elle), la réalisatrice a finalement été rattrapée par son passé.

A l’aube de la quarantaine, elle s’enferme six semaines dans une chambre d’hôtel et couche sur le papier son histoire, celle d’une fille de kabyle et d’une femme juive devenue mère trop jeune, qui l’éleva aux 4000 entre un beau-père bête et violent et une grand-mère adorée. Le manuscrit est envoyé aux éditions Robert Laffont qui la rappellent illico, lui signent quatre romans et ouvrent un second chapitre d’une vie faite, depuis, de littérature et de films puisqu’Ohayon, aidée par Sylvie Verheyde, signe aujourd’hui l’adaptation au cinéma de son premier opus éponyme, consacré Prix des Lilas.

Vous l’aurez compris, Papa was anot a Rolling Stone est un parcours de femme exemplaire, inspirant et motivant mais pas que. Certes, on parlera de la peinture sociale d’une banlieue que d’aucuns jugeront caricaturale, « sublimée » ou au contraire noircie, comme c’est souvent le cas lorsque celle-ci est portée à l’écran. Pourtant, Ohayon s’en défend. Les images ont été tournées sur place, dans une Courneuve que la réalisatrice a au contraire voulu dépouiller des stéréotypes qui lui collent à la peau, et rendre au quartier de son enfance et à ses habitants leur voix. La vraie, celle qu’elle connaît.

Les comédiens, à commencer par Doria Achour, crèvent l’écran. Mais c’est surtout Soumaye Bocoum, débarquée les mains dans les poches et sa gouaille en bandoulière au casting, dont on retiendra la prestation tour à tour hilarante, étonnante, émouvante (gageons que nous reverrons rapidement cette jeune fille talentueuse sur nos écrans ou aux remises de prix). Le reste de la « bande », dont la complicité transpire, n’a rien à envier aux « pros » qui accompagnent ce casting discret : Aure Atika parfaite en mère grandie trop vite, Marc Lavoine et Sylvie Testud, venus adouber cette jeune génération en pleine mutation post-adolescente qui nous rappelle tant nos jeunes années.

Il est bon, parfois, de renouer avec celle qu’on était à quinze ans

Car s’il est bien un aspect du film qui réjouira les enfants des eighties, c’est la plongée vingt-cing ans en arrière à laquelle consent le spectateur ému de vibrer à nouveau entre gris clair et gris foncé. Stéphanie écoute Goldman, Fatima boulotte des Treets en baladant gaiement son sac Prisunic, les filles dansent en justaucorps comme dans Flashdance, rêvent de 501, de faire l’amour sans avoir jamais vu un porno, lisent dans leur chambre parce qu’il n’y a qu’un - gros - poste de télé dans toute la maison et consignent sur des feuilles grand carreau grand format leurs rêves d’un avenir qu’on leur souhaite radieux tant on s’attache à ces personnages qui finissent par se confondre avec l’adolescent que nous fûmes nous-même.

Même si on n’a pas grandi à La Courneuve. Même si on n’aime ni les treets ni Jean-Jacques Goldman, l’universalité de cette histoire d’amour entre une mère et une fille, entre des copines mûries ensemble, entre une jeune femme et son premier amour finit par nous atteindre au cœur parce que « tout est vrai », ainsi que le répète la réalisatrice. Les boudeurs bouderont, mais les amateurs de feel-good et d’émotion positives sortiront enthousiastes avant de foncer réécouter en boucle « Envole-moi ».

Alors pour ceux qui ont « écouté des faces A et des faces B., fait de la science nat et de l'EMT, […] passé un bac qui existe plus, […] bu du Malibu. […] mis de l'Obao et de l'Impulse […] mangé des Treets et des Raiders. […] connu Mickaël Jackson noir et Madonna jeune. […] ou mis du Stu Stu Stu Studio Line de l'Oréal… »*… Voici quelques lignes qui réveilleront un passé à foncer d’urgence revivre sur grand écran, parce qu’il est bon, parfois, de renouer avec celle qu’on était à quinze ans.

Minuit se lève en haut des tours

Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd

La nuit camoufle pour quelques heures

La zone sale et les épaves et la laideur

J'ai pas choisi de naître ici

Entre l'ignorance et la violence et l'ennui

J'm'en sortirai, j'me le promets

Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux

Envole-moi...

* Florence Foresti dans son spectacle "Motherfucker"