Hollande et les patrons : le fossé se creuse

Hollande et les patrons : le fossé se creuse
Hollande et les patrons : le fossé se creuse
Dans cette photo : François Hollande
Après une période d'acclimatation prudente, les patrons et la présidence étaient presque entrés en lune de miel. Désormais le divorce n'est plus très loin d'être prononcé entre des chefs d'entreprise excédés par l'attente du choc de compétitivité et un François Hollande incapable de tenir de trop belles promesses. Après les déjeuners d'été, la diète automnale. Quel patron a encore ses entrées à l'Elysée ?
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C’était il y a à peine trois mois mais on dirait que des années ont passé. Qu’il est loin le temps où le président fraîchement élu recevait des patrons à déjeuner à l’Elysée. En ce jeudi de la dernière semaine du mois d’août, on trouve notamment à la table de François Hollande, Beaudouin Prot (BNP Paribas), Christophe de Margerie (Total), Serge Weinberg (Sanofi) ou encore Gérard Mestrallet (GDF-Suez). Il fait beau et chaud ce jour-là. Les patrons, encore sonnés par l’annonce du nouvel impôt de 75% sur les élites fortunées, ont besoin de quelques gestes d’apaisement. Qu’ils obtiennent. Après avoir boudé tout au long de sa campagne le mot de compétitivité, François Hollande le prononce à maintes reprises lors du déjeuner. Mieux, le président estime qu’il y a un vrai problème de compétitivité dans notre pays et il compte bien y remédier. Une mission va d’ailleurs être confiée à une personnalité reconnue pour son indépendance et sa compétence, Louis Gallois, l’ancien patron d’EADS.


Un social-démocrate à l’Elysée ? Ils y ont cru…

Vers 14h30 en ce 23 août 2012, tous ressortent satisfaits du 55, rue du Faubourg-Saint Honoré. Il est vrai que le nouveau pouvoir socialiste exige beaucoup du point de vue de la fiscalité, mais l’engagement du Chef de l’Etat sur la compétitivité a regonflé le moral des patrons. En descendant les marches de la cour d’honneur de l’Elysée et avant de rejoindre leurs voitures respectives, les convives du président s’étaient félicités de cette prise de conscience concluant qu’un social-démocrate pragmatique s’était installé au château.

Une autre raison d’espérer pour tous ces patrons tient en la présence d’un jeune conseiller auprès de François Hollande. Son nom : Emmanuel Macron. Ouvert au monde de l’entreprise, venant lui-même de la banque Rothschild, ce jeune loup de l’Elysée a tout pour séduire et rassurer le monde économique. Installé au quatrième étage de l’aile droite du Palais, il reçoit régulièrement de nombreux patrons et s’évertue à les rassurer sur la vision économique de son chef, François Hollande.

A la fin de ce mois d’août, tout semble donc s’arranger entre le président et les patrons.

Trois mois plus tard, 98 grands patrons crient à la trahison

Trois mois plus tard, rien ne va plus. Et les mêmes le font savoir publiquement. Un appel des 98 grands patrons membres de la puissante Association françaises des entreprises privées (AFEP), qui rassemble la majorité des groupes du CAC 40, est lancé à François Hollande dans le Journal du Dimanche (édition du 28 octobre) pour provoquer un sursaut. Il est urgent d’agir, clament-ils. Leurs mots sont minutieusement choisis. En apparence, il s’agit d’exhorter le gouvernement à l’action sans rompre toutefois avec l’exécutif. Mais derrière les mots, les esprits s’échauffent. Ceux qui ont cru un temps que le candidat Hollande se transformerait en social-démocrate version Schröder sont les plus virulents. « Trahison ! Il n’y pas d’autre mot pour moi », insiste ce quadragénaire, à la tête d’une grande société de services en ingénierie informatique. « Nous pensions vraiment qu’il allait lancer le chantier du choc de compétitivité et à la place nous avons droit à un débat sémantique entre trajectoire, choc et pack ! Ca suffit, il est temps de décider M. Hollande !».

La colère n’est pas feinte et les patrons préviennent qu’ils ne se laisseront pas faire. C’est donc un vrai choc qui se profile avec le gouvernement.

Les patrons ne sont plus les bienvenus à l’Elysée

Redoutant cet affrontement, en particulier en temps de crise, François Hollande avait tenté de calmer le jeu quelques jours plus tôt. Devant un parterre de chefs d’entreprises réunis à l’occasion du « Grand Rendez-vous Oseo-Excellence 2012 », le président avait affirmé qu’il tiendrait compte des conclusions du rapport Gallois. Une déclaration qui intervenait quelques jours après celle du même président qui prenait ses distances avec le même rapport. De quoi désorienter la majorité des 2 000 chefs d’entreprises présents ce jour-là et qui tirent la même conclusion du discours présidentiel : le gouvernement recule devant le choc de compétitivité.

Déjà, plusieurs ministres le laissait entendre depuis des semaines : « Il n’y a pas de place pour deux chocs dans ce quinquennat. Après le choc fiscal, on ne peut pas se permettre un autre choc, c’est une question de logique politique », glisse un conseiller à Bercy.

Le constat est donc amer pour les patrons. Et rares sont ceux qui sont encore invités à l’Elysée pour débattre des problèmes économiques autour de la table du Chef de l’Etat. Certains, comme l’ancien patron de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa, ont certes un accès privilégié à l’Elysée, mais la majorité des grands patrons sont échaudés par cette séquence. L’attente a laissé place à la déception. « Nous espérions une révolution à l’allemande et c’est un scénario à l’espagnol qui nous est proposé. Entre Gerhard Schröder et José Luis Zapatero, François Hollande semble avoir choisi la seconde option, et on sait à quoi mène le zapatérisme. C’est pour cela que nous appelons au réveil ! », prévient l’un des membres influents de l’AFEP. Et de renchérir « Sans nous, impossible d’inverser la courbe du chômage ! » Entre patrons et gouvernement, le bras de fer est donc engagé. Difficile de savoir qui l’emportera au final. Une chose est sûre : le pays n’avait pas besoin de ça en pleine crise.

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