Taxe sur les transactions financières : qui va payer ?

Taxe sur les transactions financières : qui va payer ?
Taxe sur les transactions financières : qui va payer ?
Inspirée de la taxe Tobin, la taxe sur les transactions financières est entrée en vigueur en juillet 2012 en France. Quel en était l'objectif ? Dissuader les spéculateurs de réaliser des plus values sur les variations des prix du marché et rendre aux marchés financiers leur rôle premier de financement des entreprises. Autrement dit, une manière de rendre le tissu entrepreneurial français plus compétitif, donc de soutenir la croissance et l’emploi. 2 ans après, personne ne peut garantir que la taxe a bien réalisé son office. L’application de cette taxe à l’échelle européenne, actuellement en discussion, non seulement ne fera rien de plus pour le chômage des Français, mais risque bien d’entamer leur épargne.
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11 pays cherchent actuellement à se mettre d’accord sur un système de taxation commun. Le contenu de la taxe est toujours en négociation à la Commission européenne. Plusieurs cabinets d’audit ont lancé l’alerte, prédisant que l’extension de la taxe ne ferait que peser un peu plus sur les consommateurs finaux.

Les Français, favorables à la taxe, mais protecteurs vis-à-vis de leur épargne

L’opinion publique est hermétique à ces pronostics, principalement par manque d’informations. Selon un sondage Harris Interactive réalisé en 2012, 80 % des citoyens européens sont favorables à une taxe sur les transactions financières. Les Français sont à peine moins nombreux. 75 % d’entre eux plébiscitaient cette taxe à condition qu’elle soit adoptée simultanément par d’autres pays selon un sondage IFOP réalisé en 2012.

Dans le même temps, selon un sondage Ipsos réalisé pour la Fédération Française des Sociétés d'Assurances en janvier 2013, plus de la moitié d’entre eux avaient mis de l’argent de côté au moyen de l’épargne lors des six derniers mois et 71 % approuvaient l’intention de François Hollande de ne pas modifier la fiscalité de l’assurance vie. 60 % estimaient même que le Gouvernement devait conserver le même niveau de taxes sur l’assurance vie, ceci parce que l’épargnant a besoin de stabilité.

La TTF impactera forcément le rendement de l’épargne

Les Français ont donc exprimé successivement deux souhaits contradictoires. Car cette taxe, voulue par les trois quarts d’entre eux, loin d’être absorbée par les intermédiaires financiers (banques, assureurs, fonds de pension et autres gestionnaires d’actifs), aura pour effet d’affecter sérieusement le rendement de leur épargne, dont l’optimisation repose nécessairement sur des transactions financières. Ceci n’a rien d’un scénario hypothétique avancé par des pessimistes rabat-joie. Plusieurs cabinets d’étude ont averti les autorités européennes à ce sujet.

« Croire que le coût additionnel de la transaction sur le secteur financier va être absorbé par le secteur lui-même c’est méconnaitre la façon dont les activités financières sont gérées », faisait observer une étude de PricewaterhouseCoopers (2012). Une étude d’Oliver Wyman estimait de son côté que 90 % du coût additionnel serait supporté par les consommateurs finaux des services financiers, à savoir les entreprises et les épargnants.

Pas un seul banquier ne paiera cette taxe

« Nous devons être réalistes et franc vis-à-vis des citoyens européens sur la réalité de qui va payer cette taxe. Il n’y aura pas un seul banquier au monde qui acceptera de la payer (…). Je souscris totalement à une taxe qui ferait payer les banques et les banquiers. C’est pourquoi j’ai mis en place un prélèvement sur les banques en Grande-Bretagne, mais la TTF est payée par les consommateurs finaux », déclarait le chancelier britannique George Osborne en 2011.

« Ce que je trouve difficile à accepter, c’est que nous allons passer un temps précieux à parler de cette taxe alors que l’Europe traverse une crise économique majeure et que la taxe ne fait aucunement consensus. Nous devrions nous demander si c’est vraiment la meilleure utilisation que nous puissions faire de notre temps aujourd’hui », ajoutait-il. Une question qu’il doit encore se poser en 2014, car la TTFE monopolise toujours autant de temps.

De quelle manière la taxe sera-t-elle répercutée sur les épargnants ?

Effectivement, il est illusoire de penser que les intermédiaires financiers consentiront à réduire leur marge en absorbant le coût additionnel de cet impôt. Soyons réalistes, à l’instar du chancelier, et examinons ce qui se passera véritablement si la taxe est lancée à plus grande échelle. Prenons donc l’exemple de l’assurance vie, forme d’épargne très prisée par les Français avec le livret A. Particulièrement complexe à gérer, elle repose sur un certain nombre de transactions financières. Si leurs coûts augmentent, la rentabilité de cette épargne sera forcément affectée.

En outre, et ce que les Français ignorent souvent, c’est que leurs différentes assurances, mais aussi leurs complémentaires santé, reposent elles aussi sur des actifs financiers qui s’échangent sur les marchés. Les assureurs et les différents gestionnaires d’actifs répercuteront également le coût additionnel des échanges de ces placements sur leurs clients.

En apprenant ça, les Français soutiendront-ils encore l’instauration de cette taxe à l’échelle de l’Europe ? Rien n’est moins sûr. D’autant qu’ils ne voient plus la fin de la crise, continuent de constater l’étiolement de leur pouvoir d’achat, et viennent d’apprendre qu’ils devront prochainement subir une hausse de 7 % de leur facture d’électricité. Et maintenant, ils devraient également accepter que le peu d’argent qu’ils arrivent à mettre de côté s’évapore en partie ? Ce serait présumer du peu de patience qu'il leur reste.