L'interview écolo de Lucile Dufour du Réseau Action Climat France

Lucile Dufour , responsable des négociations et du développement pour Réseau Action Climat, Marrackech, 2016, COP22.
Lucile Dufour , responsable des négociations et du développement pour Réseau Action Climat, Marrackech, 2016, COP22.
La COP23 s'ouvre ce lundi 6 novembre dans la ville de Bonn, en Allemagne. Cette année, l'enjeu politique de cette conférence sur le climat est de taille. Lucile Dufour, responsable des négociations internationales chez Réseau Action Climat France, en est parfaitement consciente. Elle a accepté de répondre à notre interview écolo.
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La 23e conférence du climat s'ouvre ce lundi 6 novembre dans la ville de Bonn (Allemagne). Cette édition 2017 présidée par les îles Fidji promet un climat politique tendu. Objectif principal : faire barrage à la politique climatosceptique des États-Unis et aboutir à une négociation pour les faire respecter l'Accord de Paris signé en 2015 à l'issue de la COP21. Dans ce contexte, les ONG joueront un rôle crucial. Une mission que Lucile Dufour, responsable des négociations internationales et du développement chez Réseau Action Climat France, prend très à coeur. À seulement 26 ans, la jeune femme présente un parcours impressionnant. Diplômée en relations internationales de la Sorbonne et en environnement et développement de la London School of Economics, elle rejoint le Réseau Action Climat en décembre 2015. Elle y suit les négociations internationales et coordonne les travaux du Réseau Climat & Développement, qui regroupe une soixantaine d'ONG africaines francophones autour des enjeux climatiques.

Qu'attends-tu de la COP23 ?

En tant qu'ONG, nous sommes là pour conseiller et orienter les pays présents à la conférence. Tous les ans, notre objectif est que les états ressortent des COP avec une stratégie politique plus forte en matière de changement climatique. Nous portons une attention particulière sur les populations les plus impactées par le changement climatique, notamment les pays africains. Cette année, nous allons rester extrêmement vigilants sur la question du respect de l'Accord de Paris. Nous sommes prêts à taper du poing sur la table si les États-Unis jouent les éléments perturbateurs. Tous les autres pays décisionnaires doivent faire front commun face aux États-Unis qui vont droit dans le mur et qui tournent le dos au défi climatique alors qu'il y a urgence.

Le combat écologique qui te tient le plus à coeur ?

Le combat contre le changement climatique, bien entendu. C'est une urgence absolue car nous sommes est en train de jouer l'avenir de la planète, de nos générations futures, et même de nos générations actuelles. Ce sentiment d'urgence doit faire réagir tout le monde : les Etats dans les négociations avec l'ONU, les entreprises dans les secteurs économiques, mais aussi les citoyens qui se doivent d'adopter un mode de vie écoresponsable.

Ton argument-phare pour convertir un climatosceptique ?

Ouvrir les yeux. Les conséquences du réchauffement climatique sont bien réelles et on peut en mesurer les impacts, par exemple avec les récents ouragans Irma et Harvey. On sait que ces catastrophes naturelles sont amplifiées et plus fréquentes à cause du changement climatique. Autre donnée inquiétante : la faim augmente pour la première fois dans le monde depuis 10 ans. Je lui dirais aussi que la transition écologique que l'on propose est bénéfique à tous : elle offre une vie plus saine à l'ensemble de la population. On agit par exemple sur la santé en s'attaquant au problème de la pollution. C'est une réelle opportunité de rendre notre monde meilleur.

Quel a été le déclic qui t'a fait prendre conscience qu'il fallait prendre soin de la planète ?

J'ai grandi près de la mer, dans le bassin d'Arcachon. Le fait d'être entourée par la nature m'a montré à quel point ce type de paysage était extrêmement précieux et en même temps très fragile. La presque île sur laquelle j'ai grandi était grignotée tous les ans par la mer : une conséquence du changement climatique. Je crois que j'ai pris conscience dès cette époque à quel point il était urgent d'agir pour que cela change. Cette prise de conscience a été progressive. Au fur et à mesure de mes études, j'ai rencontré énormément de gens impliqués dans le mouvement climatique. Ils m'ont fait comprendre qu'il était possible d'agir et de changer les choses : c'est en partie ces rencontres qui m'ont donné l'envie de travailler dans une ONG environnementale comme le Réseau Action Climat.

Bassin d'Arcachon
Bassin d'Arcachon

Te considères-tu comme écolo-féministe ?

Absolument. Quand on parle de changement climatique, la question du genre entre en ligne de compte. Les femmes sont beaucoup plus touchées par les impacts du réchauffement climatique, notamment dans les pays du sud où elles restent très assignées à certaines tâches domestiques, comme aller chercher l'eau par exemple. Ce sont elles aussi qui trinquent le plus en ce qui concerne les effets néfastes du réchauffement climatique sur la santé. Il faut trouver des solutions pour les rendre plus fortes et pour se faire entendre davantage au sein de la société.

Quelles sont les figures écolos qui t'ont le plus inspirée ?

J'aime beaucoup Naomi Klein et son ouvrage Tout peut changer, un livre très inspirant sur le changement climatique et sur la nécessité de repenser l'ensemble de notre système. D'une manière générale, toutes les personnes engagées à 100% dans la modification du climat qui prennent leurs soirées et leur week-end pour entreprendre des actions m'inspirent. À mon sens, les gens prêts à se battre jusqu'au bout pour la cause environnementale sont tout aussi inspirants que les personnalités publiques.

Ta devise "green" ?

"Plus chaud que le climat !". C'est une devise utilisée dans les mouvements pour le climat dont les actions illustrent toute la motivation et la détermination de ces activistes : actions contre les banques, mouvements contre les lobbys pétroliers...

Plus chaud que le climat ! Action non-violente COP21

Tes astuces pour être plus écolo au quotidien ?

Il y en a tellement ! Éviter de prendre sa voiture pour effectuer des trajets de moins de 3 kilomètres, changer son alimentation en réduisant sa consommation de viande... Ce sont des petits gestes simples mais qui ont un impact fort et bénéfique sur l'environnement.

Justement, es-tu végétarienne (et si oui, quelles sont tes recettes préférées) ?

Je dirais plutôt "pesco-végétarienne", c'est-à-dire que je m'autorise à manger du poisson, qui reste ma petite faiblesse ! Cela fait maintenant deux ans que je ne mange plus de viande : et je m'en porte très bien. En plus, c'est une belle opportunité d'explorer de nouvelles saveurs et de changer ma façon de cuisiner. Je me suis inscrite dans une AMAP, une association pour le maintien de l'agriculture paysanne grâce à laquelle je reçois régulièrement des paniers de légumes de saison. Cela me permet de redécouvrir plein d'aliments. En ce moment par exemple, c'est la période des butternut et les potimarrons. Avec ces ingrédients, je fais des super soupes et des super gratins.

La COP23 se tiendra du 6 au 17 novembre. Vous pouvez suivre l'événement en temps réel en vous abonnant aux newsletters du site Réseau Action Climat France.