Pourquoi le congé maternité éclair de Marissa Mayer nous pose problème

Marissa Mayer
Marissa Mayer
La PDG de Yahoo!, Marissa Mayer, vient d'annoncer qu'elle n'allait pas prendre de vrai congé maternité pour accueillir ses jumelles qui doivent naître en décembre. S'il faut défendre la liberté de choix de la dirigeante face à une presse volontiers misogyne, l'exemple qu'elle donne pose néanmoins problème alors que le congé maternité reste un luxe aux Etat-Unis.
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Marissa Mayer va à nouveau être maman, et, à nouveau, elle cristallise malgré elle le débat sur le congé maternité aux Etats-Unis. La patronne de Yahoo! a en effet annoncé lundi 31 août qu'elle et son époux attendaient pour le mois de décembre des jumelles. Elle a indiqué en outre qu'elle comptait quitter son poste pour une durée limitée, comme elle l'avait fait lors de la naissance de son fils il y a trois ans.

"Comme ma grossesse se passe bien et ne comporte pas de complications, et comme il s'agit d'un moment particulier de la transformation de Yahoo!, je prévois de mener cette grossesse et l'accouchement comme je l'ai fait pour mon fils il y a trois ans, en prenant un congé limité et en continuant à travailler", a déclaré la PDG de 40 ans sur internet.

En 2012, Marissa Mayer, qui venait de quitter Google pour Yahoo! avait télétravaillé pendant deux semaines avant de retourner au bureau. A l'époque, la brièveté de ce "congé maternité" avait fait polémique, les médias se demandant si la dirigeante de Yahoo!, à la fois maman et patronne, était un exemple positif pour les femmes, ou si son refus de prendre un vrai congé maternité était la marque d'un carriérisme forcené.

Une volonté de culpabiliser la "mère indigne"

Trois ans après, les déclarations de Marissa Mayer après l'annonce il y a quelques semaines par les deux géants de l'industrie, Microsoft et Netflix, de la mise en place de nouveaux congés extensibles pour les jeunes parents, a de nouveau fait polémique.

La médiatisation du choix de Marissa Mayer témoigne à n'en pas douter d'une volonté de culpabiliser cette "mère indigne" et n'est pas sans rappeler le traitement subi en France par Rachida Dati, vivement critiquée pour être retournée travailler 5 jours après la naissance de sa fille. Ces controverses sexistes montrent que la notion selon laquelle une femme doit s'occuper de son enfant est encore solidement ancrée dans l'inconscient collectif. Et ce malgré les progrès réalisés en matière d'égalité hommes-femmes et l'implication croissante des pères.

A-t-on jamais parlé d'un dirigeant masculin de la trempe de Marissa Mayer en ces termes ? Peut-on imaginer des titres de presse évoquant le congé paternité de Mark Zuckerberg, qui a annoncé il y a peu qu'il allait être papa ? Il faut absolument répéter que la dirigeante de Yahoo! a le droit de choisir de travailler plutôt que de pouponner, puisque c'est bien ce choix-là qu'elle fait afin de protéger sa carrière. Et ce, même si on est légèrement mal à l'aise devant sa décision de passer le moins de temps possible avec ses jumelles.

Marissa Mayer ou le refus d'incarner un modèle

Pour autant, tout en défendant la liberté de Marissa Mayer, on peut aussi légitimement dire que son choix envoie un signal plutôt négatif aux Américaines, voire dessert la cause des femmes. Alors qu'elles sont une sur quatre à retourner travailler après seulement deux semaines de congé maternité d'après le Ministère du travail, la grande majorité d'entre elles n'ont pas le choix, puisque, d'après les statistiques, seulement 13% des salariés aux Etats-Unis avaient droit en 2012 à un congé parental légal.

Et on peut effectivement se demander si l'exemple de la patronne de Yahoo! ne va pas encourager d'autres femmes travaillant dans la Silicon Valley à retourner le plus vite possible au travail à contre-coeur de peur d'être jugées moins performantes. Et il va de soi que la plupart d'entre elles n'ont pas les moyens de faire construire une nurserie près de leur bureau, comme Marissa Mayer après la naissance de son fils, ni ne maîtrisent leur emploi du temps comme elle.

Au fond, le problème de la patronne de Yahoo!, c'est qu'elle a toujours refusé, en dépit de son statut presque unique de femme dirigeante dans la Silicon Valley, d'incarner un modèle, voire d'oeuvrer pour la parité dans le secteur des nouvelles technologies. En rejetant toute forme de féminisme et en faisant en outre preuve d'un carriérisme extrême, Marissa Mayer se place donc complètement à part. Et c'est en cela qu'elle nous interpelle, nous met mal à l'aise, et nous agace tout à la fois.