Préciser ses pronoms sur les réseaux est utile et surtout important

Préciser son ou ses pronoms de genre sur les réseaux sociaux est un geste de soutien envers les personnes LGBTQ et non-binaires.
Préciser son ou ses pronoms de genre sur les réseaux sociaux est un geste de soutien envers les personnes LGBTQ et non-binaires.
"He/him", "He/they", "She/her"... Vous avez certainement vu cette précision ponctuer les bios Twitter de vos followers. Simple détail ? Que nenni : détailler les pronoms auquel l'on s'identifie est bien plus important qu'on ne pourrait le croire. Et nous vous expliquons pourquoi.
A lire aussi

"Salut les ami·e·s, je voulais partager cette nouvelle : je suis transgenre. Et mes pronoms sont he/they". Elles comptent encore plus qu'elles n'en ont l'air, ces phrases amicales qui introduisent le coming-out de l'acteur canadien Elliot Page (Juno). Dans cette publication abondamment relayée, le comédien précise ses pronoms de genre. C'est-à-dire, les pronoms des genres auxquels il s'identifie, et qu'il faut employer pour le désigner.

A savoir, "he" (il) et "they" ("eux", "elles"), soit le pronom neutre couramment employé par les personnes non-binaires. Pour rappel, une personne non-binaire est une personne qui refuse d'être catégorisée comme "homme" ou "femme" au sein de la société. Un concept qui éveille de plus en plus de consciences. Tout comme le fait de détailler ces pronoms d'ailleurs, réflexe valorisé sur les réseaux, au fil des biographies Twitter par exemple.

D'une bio - Twitter ou Insta - à l'autre, qu'elle soit anglophone ou non, on peut volontiers lire au-dessous du nom ou pseudonyme de la personne concernée les dénominations choisies : "Elle/Elle" (She/Her), "Il/Lui" (He/him) ou bien "Ils/Eux" (They/Them). D'accord, mais pourquoi est-ce si important de préciser les pronoms de genre ?

Pas de panique, on vous dit tout.

Le pronom des gens

Pourquoi préciser vos pronoms de genre à votre interlocutrice ou interlocuteur ? Et bien, pour les raisons suggérées plus haut : la prise en considération de la non-binarité, déjà. En affichant mon pronom de genre, je rappelle implicitement que certaines personnes ne s'identifient pas forcément à leur sexe biologique. Et que ces personnes désirent que l'on emploie le pronom "iel" (contraction de "il" et "elle") afin de les désigner, par exemple. Pour exprimer ce respect des identités et des expériences de genre, il suffit simplement de quelques lettres.

Rappelons à ce titre les divers pronoms neutres que peuvent employer les personnes binaires francophones, et qui désignent également des manières respectueuses de (leur) parler : iel ou ielle donc, mais aussi "ellui", yel, ael, ael, aël, ol, olle, ille, ul, ulle, al, i, im. Des désignations développées dans cet article de recherche très détaillé de la personne non-binaire, transféminine et pansexuelle Florence Ashley, à qui l'on doit cette éclairante tribune.

L'ajout du ou des pronoms devrait être une chose tout à fait naturelle en 2020, coming-out de célébrité ou non. Ces pronoms participent l'air de rien à la visibilité des personnes stigmatisées, minorées et incomprises. Quand ils ne sont pas compris ou qu'ils se voit spontanément interrogés par autrui, c'est tant mieux : cette initiative permet justement d'aborder et d'expliquer le concept de non-binarisme à celles et ceux qui ne le connaissent ou ne le comprennent pas.

De quoi propager de bonnes ondes... tout en rappelant et relayant le sens du langage que l'on emploie. Quel sens au juste ? Et bien, ce visuel limpide le résume avec clarté : "Nous utilisons des pronoms pour décrire les gens. Les pronoms sont importants car ils reflètent notre identité de genre, c'est à dire la façon dont nous vivons notre genre, et notre expression de genre, c'est à dire la façon dont nous exprimons notre genre aux autres".

Des réseaux sociaux à Kalama Harris

Préciser son ou ses pronoms n'est donc pas si anodin lorsque l'on est une personne cisgenre, c'est-à-dire une personne qui se reconnaît à travers le genre qui lui a été assigné à la naissance - son genre biologique. Pour de nombreuses voix LGBTQ+, c'est même une excellente façon, accessible à tous et à toutes, d'être un·e allié·e.

Allié·e envers les personnes non-binaires, transgenres, LGBTQ. "Car plus les alliés cisgenres le font, plus cela normalise le fait de demander comment une personne aimerait être nommée, ce qui met à mal le pouvoir de ceux qui ne respectent toujours pas ce droit", détaille Glamour. Mettre à mal celles et ceux qui ne respectent pas ce principe, oui, mais surtout : soutenir les personnes concernées. Préciser ses pronoms dans sa bio sur les réseaux sociaux quand on est cisgenre "banalise le fait de ne pas déduire le genre de quelqu'un via son apparence, indique que vous faites attention au genre de l'autre et rassure donc les personnes transgenres", témoigne à ce titre une voix non-binaire.

Et d'ailleurs, de plus en plus de personnalités accompagnent le mouvement. Parmi elles, on trouve par exemple l'ancienne candidate démocrate et sénatrice Elizabeth Warren, mais aussi et surtout la première vice-présidente de l'Histoire des Etats-Unis, Kamala Harris. Dans sa bio Twitter, on peut ainsi lire : "Vice-présidente élue des États-Unis. Sénatrice, épouse. Se bat pour le peuple. She/Her (Elle/Elle)".

Et cet ajout de ces pronoms n'a rien d'une bête "tendance". Non, c'est une révolution. C'est tout du moins ce qu'affirment les médias outre-Atlantique, comme le site des cultures LGBTQ Pink News, qui voit déjà en Kamala Harris la vice-présidente "la plus inclusive" de l'Histoire et son acte, déployé aux yeux de ses plus de huit millions de followers, non seulement un geste explicite "de solidarité" envers les personnes transgenres, mais plus encore de soutien envers leurs droits comme "de compréhension envers les problèmes qu'elles rencontrent".

On pourrait en dire autant de la sénatrice Elizabeth Warren, qui a initié le mouvement en novembre 2019. Aux médias curieux qui l'interrogeaient, elle racontait alors : "Tout le monde mérite d'être traité avec dignité et respect, et ça commence par le fait d'utiliser les bons pronoms. Je m'appelle Elizabeth. Mon pronom est Elle".

CQFD ! Si elle semblait peut-être déconcertante aux yeux de certains l'an dernier, il y a fort à papier que l'explication de Warren sera chose tout à fait banale dans les années qui vont suivre. Politiciens et politiciennes, célébrités, mais aussi anonymes, tendent à cela : une banalisation et compréhension globale de ces énoncés.

"Ne permettons pas l'irrespect de ce qui compte : les droits des personnes trans sont des droits humains. Les hommes transgenres sont des hommes. Les femmes transgenres sont des femmes. De plus, les personnes cisgenres qui mettent leurs pronoms dans leur bio aident à normaliser les discussions sur le genre pour les communautés trans et non binaires", développe d'ailleurs un internaute qui s'est assigné les pronoms He/Him.

Derrière ces pronoms, une question de soutien, de respect, de reconnaissance et de décence - tout simplement. "Utiliser un pronom est également une façon de se connecter avec le monde, c'est pourquoi un pronom est si personnel. C'est l'un des principaux moyens par lesquels les gens vous identifient et vous appellent", précise enfin Seventeen, le magazine en ligne de la génération Z. Autant de raisons d'afficher le sien à l'unisson.