L'Argentine légalise l'avortement après le vote du Sénat

L'Argentine légalise l'IVG après l'adoption du texte par le Sénat
L'Argentine légalise l'IVG après l'adoption du texte par le Sénat
Le 30 décembre 2020 est une date qui entre dans l'Histoire. Après des années d'une lutte acharnée menée par les militantes féministes, l'Argentine vient enfin de légaliser l'avortement suite au vote du texte par le Sénat. Sur place, des cris de joie ont retenti.
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En Argentine, dans la nuit du 29 au 30 décembre, tous les regards étaient tournés vers le Sénat. Activistes pro comme anti-avortement guettaient le vote des parlementaires, à majorité conservatrice. A 4h30 du matin heure locale ce mercredi, l'institution a approuvé la loi autorisant l'IVG pendant les 14 premières semaines de grossesse, à 38 voix pour, 29 contre et une abstention, rendant la procédure légale sur tout le territoire après de longues heures de débat.

Une décision historique, qui marque un véritable tournant pour les femmes du pays sud-américain, celui-ci rejoignant les rares Etats de la région où elle n'est pas restreinte ni illégale (Cuba, l'Uruguay, le Guyana, la ville de Mexico et l'Etat mexicain d'Oaxaca). Devant le Congrès d'ailleurs, où des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées, des cris de liesse ont retenti dès le verdict communiqué. Les militantes féministes, parées du vert symbolique de leur combat et de l'espoir, ont explosé de joie, scandant à tue-tête : "nous avons fait l'Histoire !".

"Après tant de tentatives et des années de lutte qui ont fait couler du sang et nous ont coûté des vies, aujourd'hui nous avons enfin fait l'Histoire. Aujourd'hui, nous laissons un monde meilleur pour nos enfants", s'émeut auprès de l'Agence France-Presse Sandra Lujan, psychologue de 41 ans présente dans la foule émeraude. "Ce vote représente davantage de liberté pour les femmes, la possibilité de choisir la vie qu'elles veulent", lance à son tour au micro de RFI Noelia Jasmin, 23 ans. "Je suis très émue".

38 000 femmes hospitalisées chaque année des suites d'une IVG

Jusqu'à ce jour, l'avortement était encadré par une loi datant de 1921, et uniquement possible en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. De sévères restrictions aux conséquences désastreuses : chaque année, entre 370 000 et 520 000 IVG clandestines sont pratiquées sur le territoire argentin, et 38 000 femmes se retrouvent à l'hôpital pour complications.

Devant cette réalité alarmante, le président de centre gauche Alberto Fernandez, favorable au texte, avait promis lors de sa campagne de 2018 de le soumettre aux parlementaires. Il s'est récemment exprimé sur ses positions : "Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c'est un sujet de santé publique très sérieux". Tout au long de leur mobilisation, les militantes féministes aussi, luttaient pour un "avortement légal, sûr et gratuit". Aujourd'hui, enfin, elles ont eu gain de cause.

Deux ans après son rejet, le Sénat bascule

Une victoire qui n'était toutefois pas gagnée d'avance. Car si le 11 décembre dernier, les député·e·s argentin·e·s approuvaient le projet par 131 voix pour, 117 contre et 6 abstentions, cette étape clé aurait pu en rester là. En 2018 déjà, après le vote favorable des député·e·s, le Sénat s'était par la suite opposé à un texte similaire par 7 voix.

Afin de convaincre les élu·e·s les plus réticent·e·s, plusieurs modifications lui ont été apportées : passer le délai entre la demande et l'opération de 5 à 10 jours, et permettre aux médecins de faire valoir leur "objection de conscience". "Cette loi n'oblige pas à avorter, elle ne promeut pas l'avortement, elle lui donne seulement un cadre légal", précisait lors des débats du 30 décembre le sénateur de la majorité Sergio Leavy.

Des changements critiqués par la Campagne nationale pour le droit à l'avortement légal, sûr et gratuit, à l'origine de la première proposition, qui réunit quelque 700 organisations. Le collectif soulignait dans les colonnes du Monde quelques jours avant le vote du Sénat : "En termes de droits sexuels et reproductifs, c'est un obstacle pour les droits des femmes, on sait bien ce que ça donne dans les pays où l'objection de conscience est permise : les femmes ont toutes les difficultés du monde à avoir accès à l'IVG."

Silvia Ferreyra, coordinatrice nationale de l'organisation féministe Mumala (les Femmes de la matrie latino-américaine) assure quant à elle au quotidien, quelques heures après que la décision soit actée, que les femmes et militantes devront effectivement faire preuve de vigilance: "Nous allons lutter pour que l'objection de conscience ne soit pas un obstacle à l'accès des femmes à l'avortement. Nous savons que les pressions de secteurs conservateurs sont très fortes dans certaines régions et que nous devrons rester attentives".