Pourquoi le télétravail alourdit la charge mentale des femmes pendant le confinement

Le télétravail alourdit la charge mentale des femmes en confinement
Le télétravail alourdit la charge mentale des femmes en confinement
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le télétravail n'allégerait en rien la charge de travail... et la charge mentale. C'est ce que démontre un récent sondage consacré aux salarié·e·s confiné·e·s.
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"Les femmes et les hommes ne vivent pas le même confinement". Cette phrase de Marlène Schiappa décochée dans les pages du Point s'avère d'autant plus juste au fil des sondages. Si la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes évoquait alors la problématique encore si incomprise de la "charge maternelle", il semblerait également qu'hommes et femmes vivent différemment le télétravail, cette situation professionnelle à laquelle s'adaptent tant bien que mal bien les salariés confinés depuis plusieurs semaines.

Effectivement, une récente enquête - peu rassurante - de l'institut français OpinionWay menée sur 2 000 salariés nous apprend que, pour près de la moitié d'entre eux, le télétravail en période de pandémie est une source de détresse psychologique. Effectivement, 44 % des personnes interrogées se sentiraient en situation de "détresse psychologique". Un chiffre vertigineux. 18 % des sondé·e·s confiné·e·s et en télétravail présenteraient des signes de troubles mentaux sévères, anxieux, voire dépressifs. Ce pourcentage s'exacerbe chez les personnes confinées en couple (20 %) ou avec un enfant (22 %).

Ce sondage nous apprend également que si 14 % des hommes sondés évoquent un état d'épuisement professionnel intense, le chiffre vrille carrément à 22 % quand il est question des femmes éprouvant ce sérieux burn-out. Des résultats qui s'expliquent aisément.

Une charge mentale décuplée ?

"Aujourd'hui, les managers et les collaborateurs nous parlent d'hyper connexion, de surcharge de travail, de difficulté à concilier la vie professionnelle et personnelle", s'alarme Christophe Nguyen, le président du cabinet de conseil Empreinte Humaine, à l'origine du lancement de cette enquête. Des difficultés aussi bien pratiques que psychologiques, qui s'exacerbent du côté des femmes, où cette "conciliation" doit bien souvent intégrer de multiples données encore trop inégalement réparties : s'occuper des enfants, des tâches ménagères, de la cuisine... Un "cumul des rôles", souligne l'enquête, qui a pour effet une évidente saturation.

Rappelons à ce titre que, selon un sondage de l'Institut Harris Interactive relayé par Marlène Schiappa, 54 % des femmes consacrent plus de deux heures par jour aux tâches domestiques et éducatives, contre seulement 35 % de leurs conjoints. Il y a donc beaucoup à faire de ce côté-là. Une charge mentale considérable à laquelle s'ajoutent les nouvelles informations problématiques relevées par Empreinte Humaine : 55 % des Français sondés déclarent ainsi ne pas pouvoir s'isoler durant leur télétravail. Et 60 % des salariés interrogés travailler dans leur salon, c'est-à-dire dans une pièce pas toujours adéquate, loin du bureau de leur quotidien "ordinaire".

En somme, le cadre de vie d'une bonne partie des citoyens français ne serait pas adapté au télétravail. Ou tout du moins, peine à l'être. Et cela engendre - sans grande surprise - une énorme fatigue mentale. "Il y a un besoin de reconnaissance, de coordination et de travail collectif", poursuit Christophe Nguyen. Coordination pas simplement professionnelle, mais personnelle, puisque l'enquête nous apprend également que parmi les 2 000 salariés sondés, 20 % des individus en couples présenteraient carrément des signes d'anxiété sévère... et de dépression. Résultat, 30 % des femmes interrogées déclarent éprouver une baisse de motivation professionnelle.

De quoi exacerber les inégalités. Rappelons que le télétravail ne doit pas engendrer une surcharge professionnelle. Comme le développe le journal L'Humanité, celles et ceux qui télétravaillent bénéficient des mêmes droits que les salarié·e·s qui oeuvrent dans les locaux de leur entreprise, pandémie ou pas. Et tous ne doivent pas oublier l'existence dans le code du travail de leur droit à la déconnexion.