Contraception : pourquoi les Françaises continuent de bouder la pilule

Contraception : les Françaises continuent à bouder la pilule
Contraception : les Françaises continuent à bouder la pilule
Selon la nouvelle étude du baromètre de l'Agence nationale de santé publique, les femmes sont de moins en moins nombreuses à choisir la pilule comme moyen de contraception. Ce rejet concerne principalement les femmes âgées de plus de 25 ans.
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Il y a 50 ans, la France autorisait les femmes à recourir à la pilule contraceptive pour la toute première fois. En l'espace d'un demi-siècle, ce petit comprimé a fait bien du chemin. Si la pilule reste le premier contraceptif utilisé dans notre pays, les Françaises la rejettent de plus en plus, comme le révèle le baromètre 2016 de Santé France Publique dévoilé ce lundi 25 septembre, à la veille de la Journée mondiale de la contraception.

L'étude a été menée en 2016 auprès de 4 315 femmes âgées de 15 à 49 ans. Les résultats indiquent que, depuis 2010, l'utilisation de la pilule a chuté de 45% à 36,5%. Si cette baisse de popularité ne concerne pas les 15-19 ans (60,4% la plébiscitent), elle demeure particulièrement forte chez les 25-29 ans, (53% en 2010 contre 44% en 2016). Les données du baromètre 2016 démontrent par ailleurs que les méthodes contraceptives telles que le stérilet, le préservatif et le l'implant gagnent du terrain depuis 2010 : + 6,9 points pour le stérilet, + 4,7 points pour le préservatif et + 1,9 points pour l'implant.

La tendance ne date cependant pas d'hier, puisque cette étude confirme les deux précédentes enquêtes Fecond menées en 2013 et en 2010. Selon le baromètre Santé France Publique 2013, le recours à la pilule était passé de 50 % à 41 % chez les femmes entre 15 et 49 ans.

Mouvement "no-pilule"

"J'ai arrêté la pilule à 20 ans car j'avais grossi et parce que j'ai eu peur pour ma santé", explique Camille, 29 ans. Ces dernières années, on ne compte plus les témoignages de jeunes femmes qui révèlent pourquoi elles ont décidé d'en finir avec la pilule. Perte de libido, peur de grossir, ras-le-bol de subir les effets secondaires, craintes de devenir stériles... Les arguments ne manquent pas. Et le récent livre-polémique de "J'arrête la pilule" de Sabrina Debusquat illustre parfaitement ce mouvement "no-pilule", bien que, comme le note Le Monde dans un article, "l'ouvrage pèche par un manque de nuances et des raccourcis scientifiques".

Les récents scandales liés aux pilules 3e génération ont aggravé la défiance des femmes vis-à-vis de la pilule, surtout depuis l'affaire Marion Larat en 2012. A l'époque, la jeune femme avait accusé sa pilule de 3e génération, la Meliane, d'être la cause d'un AVC qui l'a laissée paralysée à 65%. Depuis cette polémique, les femmes se montrent en effet de plus en plus réfractaires à l'idée de prendre des contraceptifs composés d'hormones. Preuve en est, l'engouement récent suscité par l'annonce d'une nouvelle pilule végétale garantie sans hormone. Développée par des chercheurs américains de l'université de Berkeley en Californie, cette pilule (dont on ignore encore la date de mise sur le marché) a été formulée avec deux principes actifs végétaux : la pristimerine, extraite d'une vigne chinoise, et le lupéol, que l'on trouve dans la mangue, le pissenlit et l'olive.

"En finir avec l'attitude paternaliste des médecins"

Comme nous l'a expliqué le médecin français Martin Winckler, ce rejet croissant de la pilule au profit d'autres méthodes contraceptives témoigne également d'"un besoin des femmes de s'émanciper de l'attitude autoritaire et paternaliste des médecins". "La frange de la population féminine la plus éduquée et disposant de plus de moyens d'informations - et d'argent - que les autres semble réagir à l'attitude autoritaire et paternaliste des médecins qui préfèrent imposer la pilule plutôt que laisser les femmes choisir", développe Martin Winckler.

Une attitude qui peut désarçonner, au vu du combat que les femmes ont dû mener pour obtenir le droit de prendre la pilule. Mais pour Martin Winckler, ce débat n'a pas lieu d'être : "Ce que les médecins n'ont pas compris, c'est que les femmes d'aujourd'hui ne sont pas celles des années soixante, qui sortaient juste de la tutelle de leurs maris ou de leurs pères. Elles ne voient pas le médecin comme une figure d'autorité, mais comme quelqu'un qui devrait se mettre à leur service. Et elles ont raison", estime le médecin.

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