Les cours de récré dégenrées se multiplient

Cour de récré dégenrée/photo d'illustration
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Après plusieurs grandes villes ces dernières années, c'est au tour de Hem, dans le Nord, de faire le pari des cours de récré plus égalitaires. Exit le terrain de foot qui monopolise l'espace, place aux zones de jeux non-excluants. De quoi rétablir un équilibre nécessaire.
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Quand on s'intéresse au sujet des cours de récréation de près, le bilan est peu reluisant. Ces dernières années, plusieurs rapports ont observé que les inégalités de genre y prenaient particulièrement racine. Ainsi, au sein de l'école aussi, lorsque les enfants jouent, on peut noter une "géographie de la cour de récréation très sexuée", avec des garçons qui "investissent l'essentiel de la cour par des jeux mobiles et bruyants", soulignait par exemple en 2017 le Haut conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes.

Même constat pour l'Unicef France qui épinglait en 2018 : "La cour de récréation illustre la séparation des sexes à l'école, notamment en primaire, par la place qu'occupent les filles et les garçons : les garçons au large et au centre, les filles sur le côté".

Afin d'y remédier, plusieurs municipalités ont décidé de repenser entièrement l'extérieur concerné. A Trappes, Lyon, Rennes ou encore Bordeaux, on a déjà entamé le chantier. A Grenoble, par exemple, en 2020, le maire EELV Eric Piolle décidait de supprimer le bitume du groupe élémentaire Clémenceau pour y installer des pelouses, des prairies, un potager, du sable et trente-six nouveaux arbres. Le but : dégenrer absolument ce lieu, et inculquer aux enfants qu'ils et elles ont droit à y accéder de façon égalitaire.

"En gros, il n'y a plus de terrains de foot au milieu de la cour"

A Hem, dans le Nord, c'est désormais le projet qu'entreprend à son tour le maire Francis Vercamer (UDI) et son équipe, en réorganisant les groupes scolaires De-Lattre-de-Tassigny et Saint-Exupéry. Là aussi, on "débétonise" pour donner davantage d'ampleur aux espaces verts, et "partager manière équitable les espaces entre tous les enfants".

"En gros, il n'y a plus de terrains de foot au milieu de la cour", résume le maire. "À la place, on aménage un terrain de balle au prisonnier ou d'autres traçages favorisant la mixité". Mais aussi des zones de couleur, des îlots autour des arbres, des jeux et "bancs de l'amitié", décrit La Voix du Nord. Et à lire les analyses d'Edith Maruéjouls, docteure en géographie du genre, le plan a de bonnes chances de fonctionner.

"La cour de récréation est une microsociété où les garçons, leurs rapports virilistes, occupent déjà une place centrale, alors que les filles sont reléguées aux coins, à faire des 'petits jeux'. Elles sont invisibilisées", expliquait-elle au Monde en 2020. "Le terrain de foot, qui occupe en général 80 % de l'espace, crée une échelle de valeurs de ce qui est important, à savoir les garçons, et de ce qui ne l'est pas, c'est-à-dire les filles. Mais c'est un rapport de force dont sont victimes tous les enfants 'non conformes', qui minore aussi les élèves en surpoids, les plus petits, les handicapés..." D'où l'urgence d'agir dès l'école pour mieux faire bouger la société dans son ensemble.