37 plaignantes payées pour se taire : le nouveau scandale Harvey Weinstein

Le producteur Harvey Weinstein à la Cour suprême de l'État de New York pour son procès à New York City, le 24 février 2020.
Le producteur Harvey Weinstein à la Cour suprême de l'État de New York pour son procès à New York City, le 24 février 2020.
Dans cette photo : Harvey Weinstein
Après le scandale de "l'affaire Weinstein", il faudra compter sur celui - ou ceux - de l'après-procès, encore trop peu mis en lumière. Comme ces dizaines de plaignantes payées pour se taire, stratégie juridique visant à anéantir des années de mobilisation féministe.
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17 millions de dollars. C'est la somme qu'aurait déboursé l'ancien producteur et mogul d'Hollywood Harvey Weinstein afin d'acheter le silence d'un certain nombre de ses plaignantes. Un grand nombre, en vérité. En tout, ce sont pas moins de 37 femmes qui auraient abandonné leurs poursuites suite à ces versements. C'est colossal.

Comme le souligne le journal américain Newsweek, cette transaction financière majeure, perçue comme une forme "d'indemnisation des victimes" dans le langage juridique, a été conclue le 25 janvier dernier au sein d'un tribunal du Delaware, sur la côte est des États-Unis. Après le vaste mouvement de libération de la parole provoqué par l'enquête du New York Times et du New Yorker à l'origine de "l'affaire" Weinstein, c'est désormais le silence de ses plaignantes que désire marchander l'ex-producteur. Qui s'en étonnera ?

Et ce, près de dix mois après les conclusions historiques de son procès (tout aussi historique), énoncées le 11 mars 2020 au sein du tribunal pénal de Manhattan : la condamnation du businessman de 67 ans à 23 ans de prison pour agression sexuelle et viol. Malgré cela, l'histoire de "l'intouchable" est loin d'être terminée...

Etouffer la révolution #MeToo

Comme l'explique le Guardian, les plaignantes qui s'engagent à abandonner "toutes poursuites ultérieures" recevront, sur le total de 17 millions de dollars mis en oeuvre, la totalité de leur part individuelle. A l'inverse, stipule le contrat de la transaction, les plaignantes qui acceptent l'abandon de leurs poursuites antérieures mais pas celles de leurs poursuites ultérieures ne recevront qu'un quart de leur "indemnisation" personnelle.

Bref, face au courage des plaignantes, Harvey Weinstein impose sa loi du plus fort. Seules huit femmes ont refusé les termes de cet accord validé par un juge. Comme ont pu l'indiquer certaines plaignantes anonymes au journal britannique, "le choix entre une rétribution intégrale et la poursuite de leurs réclamations à la justice est injuste". Cette "injustice", imaginée par les nombreux avocats, assureurs et créanciers de la firme Weinstein, hiérarchise les sommes attribuées en fonction du degré de silence et donc de soumission des victimes. Un sacré concept.

"Cet accord est équitable car il donne aux survivantes le pouvoir de choisir - celles qui veulent passer leur journée au tribunal peuvent choisir de poursuivre leurs poursuites contre Harvey Weinstein et celles qui souhaitent la clôture de leur affaire ainsi que la confidentialité peuvent choisir d'accepter l'accord", déclare en retour l'avocate Debra Grassgreen, du cabinet Pachulski Stang Ziehl & Jones.

Un choix des mots qui en dit long sur la dimension "équitable" de cette initiative post-procès, et sur cette volonté, implicite, d'étouffer la révolution #MeToo.