Les Indiennes se privent d'eau pour éviter les agressions

Inde : de nombreuses femmes s'empêchent de boire et de manger pour préserver leur sécurité
Inde : de nombreuses femmes s'empêchent de boire et de manger pour préserver leur sécurité
En Inde, les agressions sexuelles et physiques sévissent fortement dans les zones de "toilettes en plein air". L'insécurité est tellement forte qu'un grand nombre de femmes préférent se priver d'eau et de nourriture afin d'éviter les agressions.
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Si le fait de disposer de toilettes saines à domicile et sur notre lieu de travail nous paraît on ne peut plus normal en Occident, c'est au contraire considéré comme un luxe dans certaines régions du monde. C'est notamment le cas en Inde, où environ 524 millions d'habitant.e.s sont contraints de se soulager en plein air chaque jour.

Pour les femmes, cette difficile condition de vie s'associe à une double peine : celle de devoir choisir entre faire leurs besoins et assurer leur sécurité. Car, comme le détaille un récent reportage de la BCC, les agressions sexuelles et physiques à l'encontre des Indiennes font rage dans de nombreux bidonvilles du pays.

"Un certain nombre de femmes sont confrontées à des remarques obscènes, au harcèlement et aux regards des hommes lorsqu'elles sortent en plein air pour déféquer", explique l'autrice du reportage Pooja Chhabria.

Les agressions sont si courantes que les femmes doivent multiplier les précautions lorsqu'elles vont se soulager. Certaines se limitent à un unique passage par jour, tandis que d'autres s'organisent pour y aller en groupe, un peu comme on le ferait en France, en rentrant de soirée avec des amis pour ne pas marcher seule dans la rue.

Les Indiennes fortement touchées par la canicule

Pire : de nombreuses Indiennes préfèrent renoncer à se nourrir et à boire, plutôt que de se rendre "aux toilettes" et risquer de se faire agresser. Une solution particulièrement dangereuse en périodes de forte chaleur, souligne le chercheur Gulrez Shah Azhar, qui a étudié les conséquences de la canicule de 2010 dans la ville d'Ahmedabad, située au nord-ouest de l'Inde.

Au cours de ses recherches, Gulrez Shah Azhar a constaté que les femmes étaient beaucoup plus susceptibles de mourir des effets de la canicule que les hommes. "Elles se déshydratent intentionnellement - et cela peut avoir des effets graves s'il fait vraiment chaud ou s'il y a une vague de chaleur", explique-t-il.

"Une culture du silence qui conduit à la mort"

Le fait que les Indiennes restent chez elles ne les protège pas nécessairement des fortes vagues de chaleur. En effet, si certains foyers en Inde sont équipés d'un ventilateur de plafond en guise de source d'air frais, cette solution s'avère parfois défectueuse en raison d'un mauvais approvisionnement en électricité.

Sans compter que la tenue traditionnelle indienne des femmes -un sari composé de rubans de 5 mètres de long enroulés plusieurs fois autour du corps- peut se transformer en véritable fournaise pour celles qui le portent.

Gulrez Shah Azha déplore une culture du silence en Inde qui "entoure les questions de santé des femmes et qui mène à la mort"."La solution à long terme consisterait à traiter les questions épineuses de l'égalité entre les sexes et des droits des femmes", estime le sociologue.

70% des foyers indiens ne disposent pas de toilettes

Selon des chiffres de l'Unicef, 70% des foyers indiens ne disposent pas de toilettes. Pour remédier à ce problème majeur de santé publique, le premier ministre indien Narendra Modi a promis la construction de toilettes dans chaque foyer d'ici 2019.

Si ce phénomène s'explique majoritairement par des raisons de pauvreté, certains sociologues indiquent toutefois que cela est également lié à une croyance culturelle très forte en Inde selon laquelle les toilettes intérieures sont considérées comme "impures".