Romina Ashrafi, 13 ans, décapitée par son père : le crime qui horrifie l'Iran

En Iran, la mort de Romina Ashrafi suscite l'indignation.
En Iran, la mort de Romina Ashrafi suscite l'indignation.
Au temps du coronavirus, la "pandémie fantôme" se poursuit : celles des violences faites aux femmes et aux enfants. En Iran, un nouvel assassinat vient ainsi ensanglanter un pays déjà profondément meurtri : la mort abominable de Romina Ashrafi, 13 ans.
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Elle n'avait que treize ans. Oui, Romina Ashrafi n'avait que treize ans, quand, après avoir déserté son foyer pour rejoindre son petit ami, les autorités l'ont finalement arrêtée. Mais son retour à la demeure familiale sera bref : son propre père, Reza Ashrafi, va la décapiter dans son sommeil. C'est un crime abominable qui ensanglante le Guilan, cette province du Nord-Ouest de l'Iran. Et pas seulement. C'est le pays entier qui en ressort abasourdi.

La preuve : le quotidien national "Kargozaran" consacre même sa Une à la mémoire de l'adolescente, photographie à l'appui, évoquant une véritable "tragédie". Sur ce cliché d'archive, le visage de la jeune fille est souriant, solaire, empli de confiance. Comme le précise le média AJ+, Romina Ashrafi avait largement évoqué la menace (familiale) qui pesait sur elle aux services de police. En vain. Au lendemain de son arrestation, son père la tuera à l'aide d'une faucille, après quelques tentatives d'étranglement. Sa voix n'a pas été entendue.

C'est un féminicide qui nous renvoie à la séparation qui persiste au sein du pays entre chiites et sunnites, rappelle Courrier International : puisque sunnite, l'amant en question, âgé de trente ans, aurait provoqué la colère du père de Romina Ashrafi, d'obédience chiite. Mais s'il y a quelque chose que démontre ce drame, c'est avant tout la banalisation terrifiante d'une violence meurtrière profondément patriarcale. Preuve de cette normalisation ? L'auteur du crime ne risquerait qu'entre 3 et 10 ans de prison. Une impunité qui révolte.

Une indignation populaire

D'autant plus quand l'on prend note des informations relayées par Le Monde : on y apprend par exemple que le nom du père, Reza Ashrafi, figure sur le faire-part annonçant la mort de Romina et détaillant le profil des "personnes endeuillées". Personne endeuillée ? Drôle de définition pour un meurtrier. "En Iran, aucune loi ne nous protège contre les violences domestiques", fustige en retour la chercheuse Shima Pilehvar sur Twitter. "Nous, les femmes iraniennes, avons perdu au loto parce que nous sommes nées sur cette terre-là", poursuit-elle.

Et pour cause : avant d'être une tragédie, la mort de Romina Ashrafi est considérée selon la loi iranienne comme un "crime d'honneur", indissociable des traditions du pays. De plus, poursuit Courrier International, le Code pénal iranien attribue encore au père le statut de "propriétaire" de son enfant. D'où la très maigre gravité des condamnations requises. Et Reza Ashrafi en savait quelque chose. Selon le média national Al Arabiya, il aurait même contacté son avocat afin de s'assurer que cet infanticide ne lui ferait pas encourir la peine de mort...

Cette situation doit changer pour l'ONG Amnesty Iran, qui se dit "consternée" et "horrifiée" par la passivité des autorités iraniennes. Même sentiment chez le prince héritier Reza Pahlavi, qui sur Twitter condamne lui aussi ce "meurtre odieux" mais surtout "les lois régressives du régime iranien, qui autorisent la violence domestique, les crimes d'honneur, la maltraitance des enfants et le mariage des enfants", developpe-t-il. Une législation archaïque qui, dixit Reza Pahlavi, "n'appartient pas au 21e siècle". En réaction, bien des voix anonymes parlent "d'idéologie inhumaine".

Mais la tragédie de Romina scandalisera-t-elle suffisamment pour faire enfin changer la peur de camp ? La journaliste et activiste iranienne Masih Alinejad en doute, et le déplore : "Tant que les lois actuelles, discriminatoires envers les filles et favorables envers les parents abusifs, existeront, ce cycle de violence se poursuivra malheureusement".