L'inquiétante progression des mariages précoces chez les réfugiées syriennes

Jeune kurde syrienne dans un camp de réfugiés en Turquie, le 5 octobre 2014.
Jeune kurde syrienne dans un camp de réfugiés en Turquie, le 5 octobre 2014.
Selon un rapport de l'Unicef, depuis le début du conflit syrien en 2011, trois fois plus de jeunes filles syriennes réfugiées en Jordanie auraient été mariées de force à des hommes plus âgées qu'elles. L'ONG Care tire la sonnette d'alarme.
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Si le nombre de mariage précoces a tendance à décroître à travers le monde depuis une quarantaine d'années, il y a des pays qui continuent malgré tout à marier de force leurs très jeunes filles à des hommes plus âgés. C'est le cas de la Syrie.


Le pays, en proie à une guerre civile depuis 2011, n'autorise dans les faits que les jeunes filles âgées de plus de 17 ans à se marier. Mais la situation instable du pays, combinée aux mouvements de population, a favorisé l'augmentation de cette pratique, déjà répandue en Syrie. Selon un rapport de l'Unicef publié l'an dernier , le nombre de mariées syriennes de moins de 18 ans réfugiées en Jordanie a triplé en quatre ans. En 2011, les filles âgées de 15 à 17 ans représentaient 12% des mariées syriennes en Jordanie. Elles étaient 25% en 2013 et 32% début 2014. La Jordanie n'est pas le seul pays où sont conclues ces unions précoces : le Liban et la Turquie, frontaliers avec la Syrie, sont aussi concernés. Dans la moitié des cas, les jeunes filles sont mariées à des hommes qui ont au moins dix ans de plus qu'elles.


"La précarité croissante des réfugiés syriens incite certaines filles à marier leur fille jeune adolescente pour avoir moins de bouches à nourrir, explique Philippe Lévêque, directeur de Care France. En Jordanie, près de 70% des réfugiés syriens vivent désormais sous le seuil de pauvreté local. Mais la plupart du temps, les familles syriennes pensent à tort qu'un mariage est la meilleure façon de protéger leurs filles, notamment des abus sexuels."

Des conséquences désastreuses sur la vie des jeunes filles

Car en réalité, les conséquences des mariages précoces sont désastreuses sur les vies de ces jeunes filles. Déscolarisation, grossesses précoces, viol domestique, agressions physiques... Privées de leur avenir, vulnérables, les jeunes mariées n'ont souvent que peu de recours légal pour retrouver leur liberté. Lorsqu'elles sont rejetées par leur époux, les jeunes femmes se retrouvent socialement isolées et ont peu de chance de se remarier car n'étant plus vierges. Quant aux enfants issus de ces unions précoces et illégales, ils ne seraient pas déclarés. Sans identité légale, leur accès à l'éducation est de fait compromis.
Les mariages précoces mettent aussi en péril la santé des jeunes filles, qui deviennent mères avant la fin de la puberté, ainsi que celle de leurs enfants. Selon un rapport de l'Unicef, le risque de mortalité pour les mères de plus de 19 ans est deux fois moins élevé que pour celles âgées de 15 à 19 ans. Chez ces jeunes mères, le risque de mortalité des nourrissons est de 73%. "La grossesse et l'accouchement sont la deuxième cause de mortalité chez les filles de 15 à 19 ans dans le monde", rappelle Philippe Lévêque.


Chaque jour, près de 39 000 filles sont mariées de force, soit environ une fille toutes les deux secondes", estime l'ONG Care. Selon les chiffres de l'Unicef , plus 700 millions de filles ont été mariées de force dans le monde avant leurs 18 ans. Plus d'une victime sur trois a été contrainte au mariage avant ses 15 ans, soit 250 millions de jeunes filles à travers le monde. Plus de 140 millions de filles seront victimes de mariages forcés d'ici 2020.