Pourquoi ces Oscars 2021 étaient historiques à plus d'un titre

Chloé Zhao repart de la 93e édition des Oscars sur un air de triomphe.
Chloé Zhao repart de la 93e édition des Oscars sur un air de triomphe.
La réalisatrice Chloé Zhao repart de la 93e édition des Oscars sur un air de triomphe. Oscar de la meilleure réalisation en mains, elle est la deuxième femme cinéaste à se voir couronnée dans cette catégorie, plus de dix ans après Kathryn Bigelow. L'un des moments forts d'une cérémonie très inclusive.
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La cérémonie des Oscars 2021 à l'ère du Covid, ce dimanche 25 avril, était historique. Et pas seulement parce que seulement parce que la soirée se tenait dans différents endroits (sans avoir recours à Zoom) comme Union Station, la gare de Los Angeles, mais également au traditionnel Dolby Theatre ou encore dans une vingtaine de lieux du monde connectés par satellite à l'occasion de cette grande messe du cinéma.

Pour la seconde fois (seulement) en 93 ans, l'Académie des Oscars a décidé de couronner une femme cinéaste. Mieux vaut tard que jamais. 13 ans après le sacre de la grande Kathryn Bigelow et de son Démineurs, Chloé Zhao s'est donc vue remettre la statuette dorée de la meilleure réalisatrice pour son magnifique Nomadland (qui sortira dès la réouverture des salles en France), par ailleurs sacré Meilleur film de l'année.

Nomadland est une chronique sociale sur les Américaines et Américains nomades qui sillonnent les routes des Etats-Unis, un film habité par la géniale Frances McDormand, qui repart avec l'Oscar de la meilleure actrice, face à Carey Mulligan, Andra Day, Vanessa Kirby et Viola Davis. Il s'agit de sa troisième statuette après Fargo en 1997 et Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance en 2018.

Ces récompenses viennent clôturer un Grand chelem pour la jeune Chinoise de 39 ans, qui devient la première cinéaste non blanche à remporter le prix de la meilleure réalisation.

Une cérémonie inclusive et diverse

La surprise réside certainement davantage dans le choix de la Meilleure actrice dans un second rôle, puisqu'il s'agit de la comédienne sud-coréenne Yoon Yeo-jeong (The Housemaid), sacrée pour sa performance dans Minari, film du réalisateur coréano-américain Lee Isaac Chung. Elle devient ainsi la première actrice asiatique à remporter cette récompense. Un an après l'éclat phénoménal du grand succès sud-coréen Parasite, les Oscars ont privilégié la diversité et l'inclusion. Et c'est enthousiasmant.

Enthousiasmant également, le choix de l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, attribué à l'acteur afro-américain Daniel Kaluuya pour sa performance de membre du mouvement révolutionnaire Black Panther dans le biopic politique Judas and the Black Messiah. Un rôle militant donc, et un sacre qui devrait réjouir celles et ceux qui ont pu savourer les performances du comédien - toujours aussi engagé un rôle après l'autre - dans des films comme Get Out ou Queen and Slim.

Autre beaux prix, ceux du Meilleur film d'animation et de la Meilleure musique de film pour Soul, premier dessin animé Pixar dont le héros principal est noir.

Du côté des prix pas si prévisibles, notons celui de la scénariste et réalisatrice Emerald Fennell dans la catégorie du Meilleur scénario original, pour son tour de force féministe Promising Young Woman, déjà largement applaudi par la critique. Elle devient la première scénariste féminine à remporter la statuette en... 13 ans.

 

Par-delà la reconnaissance du Français Florian Zeller (lauréat de l'Oscar du meilleur scénario adapté pour son Father très remarqué), précisons celle de deux autres Frenchies durant cette cérémonie : Nicolas Becker (Oscar du meilleur son pour Sound of Metal) et Alice Doyard (productrice du court-métrage documentaire primé Colette). Du jamais vu.

Par ailleurs, Mia Neal et Jamika Wilson deviennent les premières femmes noires à remporter l'Oscar du meilleur maquillage et coiffure. Classe.

On regrettera cependant l'absence dans le palmarès de Chadwick Boseman, décédé en 2020, qui avait pourtant remporté le Golden Globe du Meilleur acteur à titre posthume pour sa performance émouvante dans Le Blues de Ma Rainey.

Des discours inspirants

Enfin, on réécoutera les discours stimulants qui ont ponctué cette cérémonie. Celui de Travon Free par exemple, récompensé dans la catégorie meilleur court-métrage pour le cinglant Two Distant Strangers (une sorte de Jour sans fin tragique sur les violences policières), qui a déclaré : "Aujourd'hui, la police tuera trois personnes. Et demain, elle en tuera trois. Et le lendemain, la police aura tué trois personnes parce qu'en moyenne, la police américaine en tue trois par jour, ce qui équivaut à environ un millier de personnes par an".

Un discours puissant moins d'une semaine après la condamnation du policier Derek Chauvin pour le meurtre de George Floyd et que les violences policières continuent à faire des ravages.

Ou encore, les mots plein d'humour de la Coréenne Youn Yuh-jung, sacrée Meilleure actrice dans un second rôle : "Je ne crois pas en la compétition. Comment peut-on gagner face à Glenn Close ? Or ce soir, je suis là. Je pense que c'est peut-être aussi l'hospitalité américaine pour les acteurs coréens. Je ne suis pas sûre. Mais quoi qu'il en soit, merci beaucoup".

Une cérémonie réjouissante et diversifiée.