Monde
Pour la Saint-Valentin, elles disent non au mariage forcé
Publié le 13 février 2017 à 14:30
Si le nombre de mariages forcés décroît, chaque année, des millions de jeunes filles continuent d'être liées de force à des hommes au nom de la tradition. Pour enrayer cette pratique et éveiller les consciences, l'UNFPA propose tous les ans à l'occasion de la Saint-Valentin une campagne de sensibilisation. Pour 2017, c'est une série de photos réalisée entre le Népal et l'Irak qui a été choisie.

C'est une pratique très ancienne, une pratique considérée comme une atteinte des droits de l'homme par les Nations Unies, mais une pratique qui concernent des millions de petites et jeunes filles. Dans de très nombreux pays, comme le Bangladesh, le Pakistan, le Népal ou l'Afghanistan, le mariage forcé reste un acte banal. Fort heureusement, la société évolue et les mentalités avec. Ainsi, selon un rapport de l'ONU publié en 2015, le nombre de mariages forcés décroît peu à peu. Alors qu'en 1980, une fille sur trois était mariée avant ses 18 ans, aujourd'hui, c'est une jeune femme sur quatre qui est poussée de force dans les bras de son époux. Globalement, la proportion des mariages avant l'âge de 15 ans est passée de 12 à 8%. Pour expliquer ce recul, l'ONU invoque plusieurs raisons : l'allongement de la scolarité pour les filles, l'accès à l'emploi, la baisse de la pauvreté, et une prise de conscience collective de la part des pouvoirs publics et des médias.

Pour autant, il est peut-être encore trop tôt pour se réjouir. Car si les mariages forcés sont en baisse, ils concernent encore 15 millions de filles chaque année. Selon les estimations de l'UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), elles pourraient être 70 millions à être mariées sans leur consentement les 5 prochaines années. Le fonds estime même que d'ici 2050, 1,2 milliards de fillettes et adolescentes auront connu le même destin tragique. Pour enrayer cette pratique moyenâgeuse, l'UNFPA propose chaque année à l'occasion de la Saint-Valentin une campagne de sensibilisation baptisée #IDONT (soit "Je ne veux pas" en référence aux mots "Je le veux" (I Do) prononcés par les époux lors des cérémonies de mariage). Après la vidéo buzz d'un (faux) mariage entre une petite fille de 12 ans et un homme âgé tourné au Liban en 2016, le fonds des Nations Unies propose cette fois-ci une série de photos réalisée au Népal et en Irak par le photographe français Vincent Tremeau.

Campagne #IDONT de l'UNFPA : Heba, 11 ans, rêve de devenir architecte
Le futur, plus important que les fleurs

Le photographe a rencontré des jeunes filles logées dans des camps de l'UNFPA avec leurs familles et leur a demandé d'imaginer leur futur. Elles ont ensuite posé pour lui accompagnées d'accessoires et d'objets représentant leur vie rêvée. Il y a par exemple Heba, 11 ans, qui aimerait devenir architecte et qui a pris la pose à côté d'une maison en papier, il y a Rupali, 17 ans, mariée depuis l'âge de 12 ans, et qui s'imagine couturière, ou encore Halaz, 14 ans, une jeune réfugiée syrienne qui rêve de devenir avocate spécialiste des droits de l'homme.

Baptisé "Cette Saint-Valentin, je ne veux pas de fleurs, je veux un futur", le projet met en lumière des jeunes filles qui ont conscience du danger que représente une union forcée. Sirjana, une Népalaise de 18 ans, a ainsi raconté avoir perdu sa meilleure amie, mariée de force à 16 ans et morte en couches l'année suivante. Malak, une petite Irakienne de 11 ans qui a connu la vie sous le régime de Daesh, a quant à elle expliqué que ses grandes soeurs de 13 et 14 ans avaient été mariées de force pour empêcher qu'elles ne soient enlevées par des membres de l'Etat Islamique.

Grâce aux programmes de l'UNFPA, de nombreuses jeunes filles ont été sensibilisées et commencent à s'élever contre les mariages forcés. Punita, une Népalaise de 14 ans, espère ainsi devenir enseignante et briser le cycle dans lequel sa famille est enfermée depuis des générations : "Toutes mes soeurs ont dû quitter l'école à l'âge de 7 ou 8 ans pour être mariées. Donc je suis déterminée à continuer mes études le plus longtemps possible et à trouver un bon travail. Je veux montrer au monde qu'au moins l'une d'entre nous peut y arriver".

Par Anaïs Orieul | Journaliste
Anais Orieul, journaliste spécialisée dans les sujets de société sur le site terrafemina.com
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