Prévenir et déceler le harcèlement à l'école : les conseils d'une spécialiste

Harcèlement à l'école : comment le prévenir et le déceler ?
Harcèlement à l'école : comment le prévenir et le déceler ?
Quand la rentrée arrive, de nouveaux amis pour certains et surtout une nouvelle classe. Mais comme indissociable de tout cela, un fléau hante la cour de récréation : le harcèlement scolaire. Médiatrice, Marie-José Gava nous en parle pour dénouer les non-dits de ce sujet souvent tabou.
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En France, 700 600 élèves sont victimes de harcèlement, de l'école au lycée, selon les chiffres du gouvernement. Et si ce chiffre est notamment en hausse avec l'utilisation des réseaux sociaux - même si on ne peut considérer Internet comme seul responsable de cette augmentation -, il est possible de prévenir le harcèlement mais également de le déceler, avant d'arriver à un point de non-retour. Une lutte nécessaire voire prioritaire car ce harcèlement scolaire met non seulement en danger la santé mentale mais également physique de l'enfant et allant à l'encontre des valeurs de notre société : le respect de l'autre et l'apprentissage de la citoyenneté.

Dans un guide intitulé Halte au harcèlement à l'école (éd. Larousse Poche), Sophie de Tarlé et Marie-José Gava donnent aux familles quelques clefs pour pouvoir repérer et anticiper le harcèlement. Nous avons demandé à Marie-José Gava, qui est également médiatrice et fondatrice de Place de la Médiation, de nous éclairer à ce sujet.

Terrafemina : Comment distinguer une simple chamaillerie d'un véritable harcèlement ?

Marie-José Gava : Déjà en tant que parent, il faut savoir que ce n'est pas évident de déceler ce qui ne va pas chez son enfant et notamment quand les choses s'aggravent et que l'on parle de harcèlement.

On commence à parler de harcèlement quand il y a une répétition de violences verbales et physiques. Mais il faut savoir qu'il n'existe pas qu'une seule forme de harcèlement à l'école. Il y a le harcèlement moral quand l'enfant est victime de mots blessants, d'insultes, de moqueries ou encore de menaces, par exemple. Mais il y a également le harcèlement physique, où là, c'est le corps qui est en danger. Le harcèlement sexuel, aussi, qui se manifeste soit par l'utilisation de mots grossiers ayant pour but de choquer ou encore par des gestes déplacés. Ou harcèlement matériel qui lui, se manifeste par une détérioration volontaire des objets d'autrui, sans qu'il n'y ait forcément intention de voler. Enfin et c'est le moins connu, il y a le harcèlement alimentaire, qui se caractérise par des plateaux-repas renversés à répétition ou le dessert et les couverts recouverts de sel ou de poivre. Et, en parallèle à tout ça, il y a ce qu'on appelle le cyberharcèlement, qui lui se construit sur Internet mais peut se poursuivre dans la cour de récré.

Existe-t-il un "profil type" des harcelés ?

M-J. G : On ne peut pas vraiment dire qu'il y a un profil type. Mais pour certains victimologues, il y aurait des cibles qui peuvent plus attirer les agresseurs que d'autres. Et en tant que spécialiste de la question du harcèlement tant pour les plus petits que pour les adultes, je remarque qu'il y a des profils qui reviennent. Ce sont généralement des personnes que l'on pourrait qualifier de "trop" sympathiques ou "trop" sensibles, ou encore des personnes qui ne savent pas dire non ou qui sont timides, par exemple. Et ce sont ces personnes là qui peuvent attirer plus que d'autres les harceleurs. Mais attention, il n'y a pas de loi ou de prédisposition génétique qui feraient qu'un enfant est plus vulnérable qu'un autre.

A côté de ça, il y a également ce qu'on appelle des micro-comportements, qui peuvent trahir notre manque d'assurance et nous rendre vulnérable. Par exemple, rougir sans véritable raison apparente, une démarche peu assurée ou encore trembler quand on nous parle.

Enfin, les personnes "différentes" ou ne rentrant pas dans le moule peuvent être un autre type. Cela peut être un enfant surdoué, un style vestimentaire, un physique, l'origine ethnique ou encore une orientation sexuelle.

Jusqu'à un certain âge, les enfants ne disposent pas d'assez de recul pour analyser ce qui leur arrive. Est-il possible qu'un enfant ne sache pas qu'il est victime de harcèlement ?

M-J. G : Bien sûr ! Et c'est là toute la difficulté. Lorsque l'on est harcelé, il y a une forme de culpabilité qui s'installe. On ne comprend pas vraiment pourquoi on est isolé. Il y a alors un énorme doute qui s'installe et on se met à culpabiliser pensant que l'on a pas bien fait telle chose ou que l'on n'est pas assez comme ci ou comme ça. Et, à force de se poser des questions, on se marginalise tout seul et on s'éloigne des personnes qui auraient pu nous soutenir ou nous aider.

Et quand on a des doutes sur le harcèlement de son enfant, comment lui en parler ?

M-J. G : Il est important de choisir le bon moment, mais surtout de ne pas brusquer l'enfant. Alors, décider de le prendre entre quatre yeux dans sa chambre et le forcer à avouer n'est pas la bonne solution. Il faut aussi éviter de lui parler avec des injonctions paradoxales comme "montre-toi plus cool" ou encore "mais c'est parce que tu n'oses pas assez t'exprimer". Cela peut le faire davantage culpabiliser.

Le harcèlement à l'école : il est possible de le combattre
Le harcèlement à l'école : il est possible de le combattre

L'une des meilleures solutions reste l'écoute active. On évite alors de lui couper la parole en lui disant qu'il aurait été préférable qu'il fasse telle ou telle chose. On laisse l'enfant vider son sac, tout en restant neutre. Et on l'encourage à se confier. On lui demande des détails, sur le lieu, le moment, les personnes concernées.

Ensuite, on discute avec lui des solutions possibles mais jamais on ne doit obéir à sa place. Certains parents vont jusqu'à aller sermonner les agresseurs. C'est une très mauvaise idée. Cette attitude victimise l'enfant et il n'est plus en position d'acteur. Il faut lui expliquer quelles sont les personnes vers qui il peut se tourner. Et seulement après, quand cette première étape est passée, à vous de contacter l'établissement si besoin pour avoir plus d'explications.

Et le plus important reste de ne jamais prendre sa souffrance. L'enfant a besoin d'une épaule solide sur qui se reposer, pas d'un parent qui souffre à côté de lui. Cela peut d'autant plus le faire culpabiliser.

Vous parliez du rôle de coaching des parents. Comment ces derniers peuvent éduquer leur enfant afin d'éviter qu'ils ne deviennent des "proies faciles" ?

M-J. G : Un enfant qui s'estime lui-même n'est pas une proie. Il y a alors tout un travail à faire de ce côté. Il faut lui donner confiance en lui et surtout lui apprendre les différents mécanismes pour qu'il se construise un réseau. Et c'est cet ensemble qui va permettre à l'enfant de mettre en place un système de défense.

L'autre responsabilité des parents est d'aider l'enfant à maîtriser sa présence sur les réseaux sociaux. Il faut lui expliquer pourquoi il n'est pas bon d'afficher son pseudo ou ses photos partout sur Internet et non pas seulement le lui interdire. Tout ça, ce sont des outils concrets pour prévenir le cyberharcèlement qui fait de plus en plus de dégâts.

Enfin, il faut lui montrer qu'il existe une vie en dehors de l'école et d'Internet. Le rôle du parent est alors de l'aider à nouer des contacts bien réels, à l'extérieur de l'établissement,en l'inscrivant dans un club de sport ou dans une association, par exemple. Il est important que l'enfant fasse partie de plusieurs groupes car ce n'est pas parce que cela se passe mal à l'école, que l'enfant ne peut pas être apprécié autre part.

On parle beaucoup des victimes, mais est-ce que les parents peuvent empêcher leur enfant de devenir harceleur ?

M-J. G : On dit généralement "ce qui font mal, c'est peut être qu'ils souffrent eux-mêmes". Quand un enfant devient harceleur, c'est peut être qu'il y a eu un problème au niveau de son éducation. Donc c'est à partir de là qu'il faut creuser. Après, il ne s'agit pas de dire aux parents, "votre fils ou fille est harceleur ! C'est de votre faute, vous n'avez pas su l'éduquer". Mais en tout cas il faut effectivement se poser les bonnes questions, pour comprendre pourquoi cet enfant décide d'en faire souffrir un autre. Et là, l'aide d'un psychologue peut être utile.

Dans les affaires de harcèlement à l'école, l'aide d'un psychologue peut être bénéfique
Dans les affaires de harcèlement à l'école, l'aide d'un psychologue peut être bénéfique

On voit des campagnes de prévention sur Internet et à la TV. Mais est-ce vraiment suffisant pour prévenir du harcèlement ?

M-J. G : C'est vrai que l'on a une prolifération d'informations sur internet. Mais pour moi, ce n'est pas suffisant. Les parents restent démunies car ils ne savent pas quoi faire. Mais surtout, ils oublient un peu trop souvent que l'établissement à une grande part de responsabilité. Car on a tendance à vouloir sensibiliser les parents alors que l'école aussi à son rôle. Un rôle à tenir non seulement quand il y a un cas de harcèlement mais également à titre préventif en menant des campagnes. Et ça, très peu voir pas d'établissements le font.

Aussi, avec Place de La Médiation, l'entreprise pour laquelle je travaille, on a décidé de mettre en place un certificat en prévention et médiation dans l'enseignement. J'espère que cela pourra aider à faire diminuer le chiffre d'enfants harcelés. Car dans d'autres pays, ce dispositif est déjà mis en place. A quand la France ?

Merci à Marie-José gava, spécialiste du harcèlement en milieu scolaire et auteure du livre Halte au harcèlement à l'école (Éd. Larousse Poche).

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