Pourquoi un cours d'éducation menstruelle pourrait tout changer

Pourquoi un cours d'éducation menstruelle pourrait faire la différence
Pourquoi un cours d'éducation menstruelle pourrait faire la différence
Une étude menée au Zimbabwe démontre que quelques heures d'éducation menstruelle permettraient aux jeunes filles de mieux connaître leur corps, leurs règles, et de mieux adresser aussi la stigmatisation qui règne autour des menstruations.
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Le 24 novembre, l'Ecosse devenait le premier pays au monde à rendre gratuites les protections périodiques. Une décision révolutionnaire mais essentielle pour lutter contre la précarité menstruelle, qui a fait la "fierté" de la Première ministre Nicola Sturgeon, et qui en a inspiré nombreux·se·s. Au Zimbabwe, par exemple, plusieurs chercheur·se·s ont saisi l'occasion pour se pencher sur la question de la santé menstruelle à un niveau local.

Ils·elles ont ainsi souhaité étudier l'impact de l'éducation à ce sujet trop peu abordé auprès de jeunes femmes aux revenus faibles, âgées de 16 à 24 ans et issues de la région de Harare. Car si le pays est l'un des rares du continent africain avec les Seychelles, l'Île Maurice, la Zambie, l'Afrique du Sud et le Lesotho, à avoir supprimé la TVA sur les serviettes, tampons et autre, cela n'a pas réduit leur coût d'achat, ni la stigmatisation à laquelle sont confrontées de nombreuses Zimbabwéennes.

Plusieurs sessions inédites ont donc été organisées entre avril et juillet 2019, lors desquelles 1414 participantes ont pu obtenir des informations sur les cups menstruelles, les serviettes hygiéniques réutilisables et l'hygiène en général, ainsi qu'une formation pour les soignant·e·s et les partenaires. En une seule séance, la différence était déjà saisissante : ce cours a permis à plus de 81 % des femmes présentes d'être en mesure de mieux gérer leur santé et leur hygiène menstruelles. "Je me suis sentie à l'aise et libre de parler", confie l'une d'elle.

"Nous sommes sur la vague des menstruations"

Mandikudza Tembo, l'autrice principale de l'étude, est revenue plus en détails sur ses motivations. Elle explique notamment avoir voulu savoir vers quelle option les participantes se tourneraient une fois plus informées sur la question. Résultat, environ 88 % d'entre elles ont choisi des serviettes hygiéniques réutilisables, les plus jeunes optant pour les serviettes hygiéniques. "Les jeunes femmes qui ne sont pas mariées étaient particulièrement inquiètes de ce qui pouvait se retrouver dans leur corps, ce qui reflète l'élément communautaire", analyse l'experte, et prouve le caractère indispensable d'une discussion sans tabou.

Elle estime que le Zimbabwe est peut-être "très loin de l'Ecosse" et derrière d'autres nations africaines, mais les progrès sont là, et la question intéresse de plus en plus le gouvernement. La Première dame Auxillia Mnangagwa demandait d'ailleurs, en mai dernier, à ce que l'on "mette fin au silence", rappelle l'experte. "Abordons les défis auxquels les femmes et les filles sont confrontées, l'hygiène menstruelle n'est pas seulement un problème de filles et de femmes", déclarait-elle lors d'un distribution de produits hygiéniques aux populations les moins privilégiées.

"Nous sommes sur la vague des menstruations", lance Mandikudza Tembo, se réjouissant de voir la parole se libérer autour des règles. "C'est incroyable de voir le nombre de personnes au Zimbabwe qui parlent de l'Ecosse. Il y a un an, cela aurait été une conversation différente". Une amélioration salutaire qui prouve l'importance de l'éducation menstruelle, au Zimbabwe comme partout dans le monde, tant elle amène les filles et les femmes à connaître leur corps, mais aussi à en prendre le pouvoir.