"Je préfère des femmes qui jettent des sorts" : les références écoféministes de Sandrine Rousseau

"Je préfère des femmes qui jettent des sorts" : les références écoféministes de Sandrine Rousseau
"Je préfère des femmes qui jettent des sorts" : les références écoféministes de Sandrine Rousseau
Le temps d'une interview à "Charlie Hebdo", la candidate à la primaire écologiste pour 2022 Sandrine Rousseau s'est référée à un certain imaginaire écoféministe. Des propos qui font beaucoup réagir.
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"Le monde crève de trop de rationalité, de décisions prises par les ingénieurs. Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR". Il a suffi de cette punchline décochée le temps d'un entretien publié dans le journal Charlie Hebdo pour que la candidate EELV à la primaire écologiste, Sandrine Rousseau, suscite la controverse sur Twitter. A travers cette citation d'interview, Sandrine Rousseau semble mettre en opposition sorcellerie et réacteurs nucléaires.

Cette phrase, réponse à la question "Jusqu'où peut aller l'écoféminisme ?", a effectivement fait jaser sur la Toile. Ainsi de nombreux twittos raillent, voire fustigent, la réflexion de la candidate. "La sorcière Sandrine Rousseau a deux doigts de prôner le vaudou en politique, et de déclarer que les femmes sont des billes en ingénierie.... Et ça se veut féministe", "Donc là Sandrine Rousseau veut être présidente alors qu'elle croit aux sorcières et toutes ces conneries ?", "Sorcière, c'est le truc qui a l'air très cool à l'âge de 13 ans, mais quand on en a 30 et qu'on s'y accroche toujours...", peut-on notamment lire.

Les mots "Sandrine Rousseau sorcière" génèrent bien des réactions acerbes sur Twitter. Pourtant, la phrase de Sandrine Rousseau ne vient pas de nulle part et puise dans une certaine culture bien définie.

Un discours aux allusions écoféministes

Comme le rappelle le Nouvel Obs, ce n'est pas la première fois que Sandrine Rousseau se réfère à la sorcellerie. En 2019, l'élue écologiste lançait aux côtés de Coralie Miller une tribune dédiée à la réhabilitation de la sorcière : les sorcières perçues comme "les actrices parfois involontaires d'une des luttes les plus longues de l'humanité : celle pour l'égalité et le droit des femmes", symboles "de ce qui est censé rester caché, au risque de devenir incontrôlable et destructeur, à savoir la sexualité et le pouvoir". Ce texte aux 200 signataires fustigeait notamment le système misogyne incarné par la chasse aux sorcières.

"Ces violentes campagnes, menées par la justice des hommes, répondaient à des critères misogynes. La mise en scène des supplices était publique. Qui peut imaginer le traumatisme individuel, social et culturel, qu'ont pu constituer ces scènes de tortures physiques et mentales? Cette menace qui planait sur toute femme aspirant à s'extraire de la norme imposée. Aujourd'hui encore, à travers le monde, les chasses aux sorcières sèment la terreur chez les femmes", détaillait la tribune. C'est encore à la même figure que se réfère Sandrine Rousseau.

Une figure au coeur d'un essai de référence, celui de l'autrice Mona Chollet, Sorcières. La puissance invaincue des femmes. De nombreux autres ouvrages, comme l'excellent Sorcières, salopes et féministes de Kristen J. Sollée, ont également ravivé ces dernières années la symbolique puissamment féministe des sorcières. "En examinant la misogynie dont découlaient les chasses aux sorcières, on peut révéler les origines brutales du sexisme auquel les femmes sont toujours confrontées aujourd'hui", y explique l'autrice américaine.

Mais aujourd'hui, ce ne sont pas simplement ces références militantes qui provoquent une vague de réactions (volontiers disproportionnées), mais aussi les phrases périphériques énoncées par la candidate écologiste, comme "Le monde crève de trop de rationalité" ou bien l'allusion aux ingénieurs. Une interview qui fait couler beaucoup d'encre.