Les femmes seraient diagnostiquées plus tardivement que les hommes

Image d'illustration, femme à l'hôpital
Image d'illustration, femme à l'hôpital
Une étude danoise réalisée sur plus de 6 millions d'habitant·es du pays montre que les femmes sont en moyenne diagnostiquées des mêmes maladies 4 ans après les hommes.
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On dit souvent que si les hommes avaient leurs règles, on aurait depuis des lustres trouvé une solution à l'endométriose.

Une étude publiée le 8 février dans la revue Nature démontre aujourd'hui comment les maladies des femmes sont diagnostiquées plus tard que celles des hommes. Elle a été menée par des chercheur·euses de l'Université de Copenhague au Danemark.

L'équipe s'est basée sur un très large échantillon puisqu'ils et elles ont analysé les données de 6,9 millions de patient·es au Danemark couvrant une période de 21 ans, de 1994 à 2015.

Il a été découvert que les femmes étaient diagnostiquées en moyenne 4 ans plus tard que l'âge auquel les hommes l'étaient. Il est pris pour exemple le diagnostic du cancer, qui est détecté deux ans et demi après celui des hommes, mais aussi celui du diabète qui met quatre ans et demi de plus.

L'équipe qui a produit ces recherches ne s'est concentrée que sur les personne passées par l'hôpital et n'a pas étudié précisément les causes de ces différences. Ce qui peut inclure des biais à l'étude.

Mais Reuter Health a interrogé une spécialiste, Marcia Stefanick, directrice du centre de la santé des femmes et des différences entre les sexe en médecine à l'université de Stanford. Cette étude confirme pour elle tout ce qu'elle enseigne à ses élèves, elle se dit même "fascinée".

"Lorsque les hommes contractent des maladies que la plupart des professionnels de la santé considèrent comme des 'maladies féminines', elles sont diagnostiquées plus tard, à des stades plus graves, et vice versa", explique-t-elle.

Elle précise même : "Par exemple, les femmes sont diagnostiquées plus tard pour une maladie cardiaque, non seulement parce qu'elle est encore largement considérée comme une 'maladie de l'homme', mais aussi parce que nos tests-diagnostics sont biaisés par les hommes, en termes de présentation 'typique' de l'homme. Toutes les écoles de médecine et la formation en soins de santé devraient mettre l'accent sur les différences biologiques entre les sexes et les préjugés sexistes afin que les professionnels de la santé soient conscients des préjugés inconscients."

Un changement de mentalité nécessaire pour mieux prendre en compte les femmes

L'étude danoise prouve d'ailleurs que l'ostéoporose, maladie associée aux femmes, est la seule maladie qui est diagnostiquée avant chez les femmes et plus tard chez les hommes.

Pour un des auteurs de l'étude, Søren Brunak, cité par Science Daily, "le message est que les stratégies nationales établies doivent tenir compte de la différence. Nous ne pouvons plus utiliser un modèle 'taille unique' pour tous. Nous allons déjà dans cette direction en ce qui concerne une personnalisation de la médecine".

Un autre chercheur, David Westergaard, explique qu'il faut changer de logiciel concernant les études sur les maladies : "Nous devons penser au fait qu'il peut y avoir une différence de sexe dès le début dans les hôpitaux et dans la recherche. Traditionnellement, par exemple, 50 hommes et femmes seront recruté·es pour les essais cliniques. Ensuite, vous examinez l'effet global pour les participants au test. Mais vous oubliez de faire une sous-analyse, où vous regardez les groupes séparément pour voir s'il y a des différences. Cela n'a été fait que ces dernières années."