Ces lycéens québécois enfilent une jupe pour dénoncer le sexisme à l'école

Des lycéens en jupe au Québec pour protester contre le sexisme
Des lycéens en jupe au Québec pour protester contre le sexisme
Pour dénoncer les restrictions vestimentaires dans leurs établissements scolaires, des lycéens québécois ont enfilé une jupe en cours. On applaudit.
A lire aussi

Le sexisme à l'école n'est pas une particularité française, loin de là. Alors que le débat fait rage autour des "tenues républicaines" que devraient porter les collégiennes et lycéennes (règle édictée par le fashion policier Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale), au Québec aussi, la révolte gronde.

Et dans les lycées québécois, ce sont les jeunes hommes qui montent au créneau pour s'élever contre les codes vestimentaires établis par leur établissement à l'encontre de leurs camarades féminines. De nombreux étudiants ont ainsi débarqué en cours vêtus d'une jupe pour défendre l'égalité et le droit à s'habiller librement.

Tom Ducret-Hillman fait partie de ces élèves féministes. Sur son Instagram, il délivre un message militant qui est rapidement devenu viral. "Le code vestimentaire c'est la chose la moins sensée que j'aies jamais vu pour vrai faudrait changer s'taffaire la. C'est en faisant des p'tites affaires comme ca qu'on va arriver a changer."

D'autres lycéens lui ont emboîté le pas comme Guillaume Dery, élève au Collège Saint-Paul, à Varennes (le "collège" québécois correspond à notre lycée) qui a publié une photo réjouissante devenue instantanément virale sur laquelle les adolescents arborent fièrement leur jupe. Une photo "likée" par la chanteuse féministe Angèle.

"Tu peux être un gars et être féministe en même temps"

"Dans mon école, il y a eu pas mal d'histoires avec le code vestimentaire. Des filles qui se font sortir de leurs cours à cause de la longueur de leurs jupes, d'autres qui reçoivent des commentaires totalement déplacés de la direction: "Regarde-toi comment t'as pas d'allure". Souvent, les filles se font dire qu'elles dérangent les garçons avec la manière dont ils s'habillent, et nous sommes totalement en désaccord. Nous pensons que c'est aux garçons de se concentrer par eux-mêmes et que cette responsabilité n'appartient pas aux filles. Les garçons portent la jupe pour démontrer leur soutien envers les filles, et que tu peux être un gars et être féministe en même temps. On essaye aussi de passer un message de tolérance. Si tu veux porter une jupe, tu peux le faire même si t'es un gars", explique le jeune homme au média Nightlife.

Ces actions solidaires ont été applaudies par les lycéennes, qui se sont réjouies de l'implication de leurs camarades. La jeune Cassandre Bau-Plourde, par exemple, a ainsi partagé l'initiative sur son compte Instagram, en dénonçant les nombreuses interdictions vestimentaires auxquelles se heurtent les lycéennes.

"L'hypersexualisation du corps féminin est au coeur de notre code vestimentaire à l'école. Le port de la brassière obligatoire, les bretelles spaghettis interdites, la jupe trop courte et j'en passe, démontre que le corps de la femme appartient encore à la société. En 2020, l'argument reste qu'il ne faut pas attirer l'oeil et qu'il ne faut pas déranger. Si j'ai chaud et que je mets une camisole moins couvrante? Et si je ne mets pas de brassière, parce que ça me fait mal ? Ils vont me priver d'une éducation pour ne pas déranger? Je pense que si j'assume mon habit, les autres sont capable de se gérer. Nous sommes tous capable d'être respectueux."

La jeune fille poursuit : "La masculinité toxique est extrêmement présente dans notre communauté. Les stéréotypes traditionnels parlent des hommes comme étant dominants, le plus fort, le charmeur, etc... Clairement, ceux-ci ont un énorme impact négatif dans notre environnement social. L'action de porter la jupe est un moyen pour casser les habitudes sexistes et malsaines. Au même titre que les femmes peuvent s'habiller comme elles le veulent, les hommes devraient aussi. Alors, si l'école est un lieu formateur pour notre société future, elle devrait s'adapter à la réalité des jeunes d'aujourd'hui et l'enseigner."

Cette campagne enthousiasmante et égalitaire, qui réunit filles et garçon dans un même élan féministe, fera-t-elle boule de neige dans les lycées français ?