De moins en moins de Françaises font du topless (et les raisons ne sont pas folichonnes)

Jamais les femmes n'avaient aussi peu fait de topless cet été (et voici pourquoi)
Jamais les femmes n'avaient aussi peu fait de topless cet été (et voici pourquoi)
A l'occasion de la journée mondiale du topless, ce 26 août, l'Ifop fait le bilan de la pratique. Résultat : un niveau historiquement bas, qui s'explique par la pression du "summer body", ainsi que la crainte d'être harcelée, jusque sur les plages.
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19 %, c'est le (faible) nombre de femmes qui, d'après une étude Ifop pour Xcams Media (réalisée par questionnaire en ligne du 7 au 8 juillet 2021 auprès d'un échantillon de 1 500 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 18 ans et plus), font encore du topless en 2021. Un recul considérable, puisqu'il s'agit de 15 points de moins qu'en 2009 et de 24 de moins qu'en 1984.

Et à en lire les différentes raisons énumérées par les répondantes, cette baisse historique est particulièrement préoccupante. Elle souligne la misogynie qui perdure dans nos sociétés modernes, incarnée entre autres par l'hypersexualisation de la poitrine, récemment illustrée par les violences à l'encontre de femmes allaitantes.

Sur la plage, le topless n'est plus un signe d'émancipation féminine, mais deviendrait un "risque" par bien des aspects.

La pression du "summer body"

D'abord, on note la crainte des conséquences qu'engendrerait l'exposition de sa poitrine aux rayons du soleil, pour 53 % de l'ensemble des 1 500 interrogées. Pour une femme sur deux en revanche, c'est le regard des autres, et leur jugement, qui les effraie.

La moitié des Françaises questionnées redoute de faire l'objet de remarques désobligeantes sur au moins une partie de son corps à la plage. Principalement sur leur ventre, leurs fesses et leur poitrine, "soit les parties du corps objets du culte du 'summer body' et de l'injonction à la minceur et à la perfection", note l'étude. Résultat : elles se couvrent pas par envie personnelle, mais par pression sociale.

D'après Louise Jussian, chargée d'études du pole "Genre, sexualités et santé sexuelle", ce phénomène participe également à banaliser un autre fléau : le harcèlement sexuel.

Le harcèlement et les violences sexistes, une réalité tenace

Autre constat, tout aussi alarmant : le harcèlement est bel et bien présent... jusque sur le sable, avec une Française sur deux qui témoignent en avoir déjà été victime dans cet espace public, finalement loin du havre de paix qu'il semble incarner.

Pour les jeunes de moins de 25 ans en revanche, cette réticence au dévoilement de leur poitrine s'explique ainsi par "des motifs d'ordre sécuritaire". "A savoir", explique l'étude, "la crainte d'être l'objet d'agression physique ou sexuelle (à 50%), de subir le regard concupiscent des hommes (à 48%) ou qu'une photo d'elles soit prise et publiée sur les réseaux sociaux (à 46%)". Nombreuses (39 % exactement) mettent en place des stratégies d'évitement pour y faire face. Un constat dramatique.

Louise Jussian, analyse encore avec pertinence : "L'objectification sexuelle des corps et l'expression à outrance de la masculinité sur l'espace plage conduit les femmes à se positionner dans une forme d'autocontrainte et à adopter des stratégies de couvrement et de renoncement à certaines activités sociales". Et de conclure tristement : "Cette étude révèle finalement que les femmes ne vivraient aussi librement la plage que les hommes."