Ces Britanniques ont été harcelées sexuellement dans un hôtel de quarantaine

Ces Britanniques ont été harcelées sexuellement dans un hôtel Covid
Ces Britanniques ont été harcelées sexuellement dans un hôtel Covid
Contraintes de passer une quarantaine de dix nuits dans un hôtel dédié à leur retour sur le sol britannique, quatre femmes dénoncent le harcèlement sexuel dont elles ont été victimes de la part des agents de sécurité, sans que la direction n'intervienne.
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Au Royaume-Uni, quiconque voyage dans un territoire figurant sur la "liste rouge" du gouvernement - pays présentant un taux élevé d'infections au Covid-19 - doit effectuer une quarantaine de 10 nuits dans un hôtel à son retour. Ces établissements dédiés, souvent situés dans des zones industrielles, sont surveillés par des gardes qui s'assurent que les "client·e·s" respectent scrupuleusement les gestes barrières et la distanciation sociale imposés. Seule possibilité de sortir de sa chambre, bien que toujours accompagné·e : pour faire de l'exercice.

En juin dernier, quatre femmes ayant fréquenté ce type de lieux ont rapporté à la BBC avoir été harcelées sexuellement par les agents de sécurité employés par la société privée G4S. Des témoignages d'autant plus glaçants que la direction de l'hôtel, rapidement alertée par les victimes supposées, n'aurait pris aucune décision pour mettre un terme à ces comportements terrifiants.

"Il m'a dit : 'Je peux avoir un câlin ?'"

Marie Sidwell a 28 ans. Infirmière originaire de Nottingham, ville située au centre du pays, elle est rentrée au Royaume-Uni le mois dernier après avoir travaillé pendant toute la durée de la pandémie à Dubaï. Alors qu'elle était encore sur place, le 28 mai dernier, elle a raconté au média national que quelques jours auparavant, un premier garde lui a apporté des colis qu'elle avait commandés en ligne, en respectant la procédure. Et puis, quinze minutes plus tard, lorsqu'elle a pu ouvrir la porte pour le récupérer, elle a trouvé un deuxième garde, plus jeune que le premier, tenant ses paquets à la main.

"Il m'a demandé si elle jouait au cricket et m'a dit qu'elle lui rappelait quelqu'un", se souvient-elle. "Il m'a dit : 'Je peux prendre une photo de nous deux ?' et j'ai répondu : 'Non, je suis en pyjama et je suis censée être en quarantaine', et il a répondu : 'C'est bon, je suis négatif'." Elle poursuit : "J'ai fait un pas en arrière dans ma chambre et il s'est avancé vers moi et m'a dit : 'Je peux avoir un câlin ?'. J'étais assez paniquée et j'ai rapidement fermé la porte."

Elle regarde par l'oeil de boeuf pour vérifier que l'homme est bien parti, ce qu'il fait dans un premier temps. Mais rapidement, elle l'aperçoit revenir, puis s'arrêter devant sa chambre. Et y rester. "Je pouvais le voir se tenir là", décrit-elle. La jeune femme appelle dans la foulée la réception de l'hôtel pour se plaindre. "On m'a dit qu'ils allaient s'en occuper et que je ne le reverrai plus", continue Marie Sidwell.

Seulement, elle a aussi entendu dire par le personnel de l'établissement que les gardes auraient des cartes leur permettant d'ouvrir la porte de n'importe quel·le client·e, n'importe quand. Elle en est "horrifiée" et ne peut plus dormir la nuit. Une crainte qui s'intensifie lorsque le même agent revient lui livrer sa nourriture, contrairement aux promesses de l'hôtel.

"Je n'arrivais pas à y croire vraiment, j'étais tellement choquée et j'ai tout de suite fermé la porte", déclare-t-elle encore à la BBC, quasiment en direct. "J'ai appelé ma mère et elle me dit que je dois le dénoncer mais j'ai peur de le faire car je leur ai déjà dit et il est toujours près de ma chambre. Je me sens très mal à l'aise. Ils savent que je suis seule et l'hôtel est rempli d'agents de sécurité masculins." Elle n'osera plus mettre un pied dans le couloir jusqu'au dimanche 30 mai, même pour s'aérer, date de son autorisation de quitter les lieux.

"Il a fait des mouvements de frottement dans ma direction"

Katherine Godolphin, 46 ans, confie elle aussi avoir subi plusieurs épisodes de harcèlement sexuel commis par un autre agent employé par G4S. Confinée après son retour du Zimbabwe, où elle travaillait sur un projet de conservation et de lutte contre le braconnage, elle se rappelle d'un trajet en ascenseur particulièrement traumatisant.

"Il était tout simplement dégoûtant", lâche-t-elle à propos de l'homme qui l'a accompagnée. "Il a fait des mouvements de frottement dans ma direction", raconte-t-elle. "C'était la première fois. J'étais un peu choquée et j'étais mal à l'aise, mais j'ai pensé que c'était probablement un incident isolé, alors je ne me suis plainte à personne".

Le lendemain, le même garde l'a de nouveau surveillée pendant son temps d'exercice et, alors qu'ils se trouvaient encore une fois dans l'ascenseur, "il a fait une remarque furieuse sur les caméras de sécurité, leur a tourné le dos et a commencé à se palper entre les jambes", explique-t-elle. Puis il a dit que ses testicules étaient brûlants et qu'il avait besoin de les "vider".

"J'étais absolument horrifiée", témoigne Katherine Godolphin à la BBC. "Il est resté avec moi dehors et j'ai dû remonter avec lui. Ils vous raccompagnent ensuite dans votre chambre également. Ce n'était pas du tout agréable. J'ai mis le verrou interne, parce qu'à ce moment-là, j'étais évidemment très stressée." Malgré ses nombreuses plaintes auprès des supérieurs du salarié et la garantie de la part d'un représentant de la compagnie que celle-ci allait "s'en occuper", personne n'est jamais revenu vers elle pour lui expliquer les mesures qui avaient été prises.

Sept autres femmes parlent d'"intimidation"

Malheureusement, aux cas de Katherine Godolphin et Marie Sidwell s'ajoutent d'autres récits incriminants. Amy et Janet Wheeler ont elles aussi alerté le média britannique quant aux agissements similaires des agents de sécurité G4S présents dans l'hôtel où elles résidaient. Sept autres témoignages parlent d'"intimidation", de la façon dont les gardes leur auraient crié dessus, et eu des réactions "abusives".

Contactée par la BBC, l'entreprise concernée est restée particulièrement évasive, assurant que si elle était informée "d'un quelconque acte répréhensible, des procédures solides sont en place pour garantir que l'employé soit retiré du site pendant qu'une enquête est menée par G4S et, le cas échéant, par la police."

Harriet Wistrich, directrice du Centre for Women's Justice, juge ces accusations "très préoccupantes", et appelle le gouvernement à prendre ses responsabilités. "Ces femmes sont essentiellement en détention, elles ne sont pas du tout libres de leurs mouvements, ce qui implique des obligations particulières en matière de droits humains. L'État est responsable de leur sécurité. Si elles risquent d'être victimes d'abus sexuels, il y a potentiellement une violation des droits humains".

Reste à ce que l'exécutif, qui a présenté ses excuses il y a quelques semaines à peine pour avoir "laissé tomber" les victimes de viol, saisisse l'urgence de la situation. Et agisse enfin concrètement.