Le 6 juillet 2019, la justice américaine avait rendu son verdict , incarcérant Jeffrey Epstein pour des accusations de trafic sexuel et trafic de mineurs de très grande ampleur. Alors que l'homme d'affaire/ escroc était retrouvé mort dans sa cellule un mois plus tard, l'enquête concluant à un suicide, l'affaire connaît, six ans après, un nouveau coup de projecteur.
Et pour cause : trois millions de donnés viennent d'être déclassifiées et publiées par les États-Unis. Les documents révèlent des noms célèbres internationalement, parmi lesquels Bill Clinton, Donald Trump, Jay-Z, le prince Andrew, la princesse Mette-Marit de Norvège, mais aussi ceux de plusieurs personnalités françaises.
Au coeur de la montagne de noms cités figure, au haut de la pile, celui de Jack Lang. L'ex ministre de la culture, qui officie encore actuellement en tant que président l'Institut du monde arabe, a été cité par moins de 685 fois. Et pour cause : dans une enquête poussée, le journal Mediapart fait notamment état des "intenses liens financiers de Jeffrey Epstein avec la famille Lang".
Les échanges entre l'ex homme politique avec le prédateur sexuel démontrent une forme d'amitié. Les hommes se sont fixés plusieurs fois des rendez-vous pour boire des cafés ou pour aller au théâtre ensemble. Entre hommes riches et privilégiés, ils se sont aussi cooptés, aidés, financés, renvoyé l'ascenseur. Entre autre services, l'ex ministre aurait parfois demandé à son ami s'il pouvait lui prêter sa voiture ou son avion privé.
Sur une photo de 2019, on aperçoit même les deux hommes, posant ensemble dans la cour du Louvre. Cheese les chics types !
Si les appels à la démission concernant le principal concerné pleuvent, l'ex ministre de la Culture a indiqué se sentir "blanc comme neige". Dans ses derniers interviews, il rappelle avoir été séduit par "l'érudition, la culture, et la curiosité" du prédateur sexuel, tout en ignorant les (graves) accusations portées contre lui. "Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire", a-t-il justifié, affirmant être "tombé des nus", en découvrant les crimes commis.
D'autres politiques, en poste ou non, sont également cités dans les documents concernant Jeffrey Epstein. Le nom d'Olivier Colom, ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, apparaît pas moins de 2 000 fois. Dans l'un de ses messages, il écrit qu'il aimerait qu'Epstein lui fasse rencontrer de "très jolies vingtenaires".
C'est d'ailleurs par le biais de ce conseiller très raffiné que l'homme d'affaire aurait rencontré Bruno Le Maire à New York. L'ex ministre de l'Économie ne s'est pour l'instant pas exprimé sur l'affaire.
Autre auteur de messages sexistes, Frédéric Chaslin. Dans un mail adressé à l'homme d'affaires, il s'est réjoui d'"avoir trouvé une fille formidable", qui "ressemble un peu à l’épouse actuelle de Roman Polanski", pour le séjour de Jeffrey Esptein à Paris. Dans un communiqué de presse publié le 4 février, le chef d'orchestre a hurlé au scandale et dénoncé des "insinuations". "La réalité est simple et vérifiable : il m’avait demandé de lui recommander une interprète afin de l’accompagner dans la visite de musées parisiens ", a-t-il martelé. Une justification en or. Il est vrai qu'il est des plus capital de se faire accompagner par le sosie d'Emmanuelle Seigner pour voir La Joconde.
Parmi les exs membres du gouvernement impliqués, on compte aussi Cédric Villani. L'ex député macroniste se retrouverait trempé "par hasard" dans l'affaire, après avoir reçu un mail non signé de "Jeffrey", en 2017. Il l'a rencontré, mais, en le googlant et en découvrant son identité après cette rencontre, il n'a pas donné suite.
Toujours dans les bons coups, Marine Le Pen, ainsi que son ex compagnon, Louis Alliot, figurent aussi dans le dossier. L'héritière du parti d'extrême droite est en tout citée 70 fois. Cependant, il est attesté qu'elle n'a pas eu de lien direct avec le multi-condamné. Elle est surtout citée par d'autres, dont Caroline Lang, qui, dans ses échanges amicaux avec Jeffrey Epstein, se plaint de l'ascension de la femme politique.
Banquière, femme d'affaires et héritière dotée, Ariane de Rotschild apparaît aussi. Pour cause : Jeffrey Esptein était son "conseiller" et son "confident". De fait, elle a eu avec l'homme d'affaires de "longues conversations" sur l'argent, la politique, mais aussi sur... Emmanuel Macron, qui, de fait, figure également dans le dossier. En tout, son nom apparaît 200 fois, mais principalement car des personnes parlent de lui.
Les noms de Pierre Moscovici, Jean-Luc Mélenchon, ou encore l'humoriste Dieudonné apparaissent également quelques fois. Ils ne figurent, eux, que parce que quelqu'un d'autre parle d'eux à Epstein.
De fait, ces documents ne sont pas synonymes de lien direct avec la prédation sexuelle. De même, les personnes citées ne le sont pas forcément car elles étaient complices des crimes du milliardaire. Certaines correspondances font certes état de contenus explicites à caractère sexuel, tandis que d'autres se limitent à de simples échanges, basiques, parfois amicaux, parfois basés sur l'échange de bons procédés. Après tout, c'est tout naturel, et c'est bien connu : entre hommes, on se souvient, envers et contre tout, non ?
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