"L'autisme ne devrait pas être stigmatisé" : Cédric Villani répond à la polémique de "Quotidien"

Cédric Villani répond aux questions de Paul Larrouturou dans "Quotidien".
Cédric Villani répond aux questions de Paul Larrouturou dans "Quotidien".
Cédric Villani est-il autiste ? Cette question plutôt déplacée de l'émission "Quotidien" a suscité l'émoi sur les réseaux sociaux. Mais le principal concerné tient à modérer le débat en dévoilant les dessous de cette interview.
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C'est une interview qui n'avait pas forcément pour but de déchaîner les passions. Soit un simple tête à tête entre le reporter Paul Larrouturou et Cédric Villani, candidat à la Mairie de Paris dépeint comme "un ovni" ou "un excentrique". Au coeur de cet entretien "sans filtre" pour l'émission Quotidien, des questions à la fois politiques et divertissantes, typiques du show "d'infotainment" de Yann Barthès s'il en est. Mais l'une d'entre elles n'est pas passée : "Monsieur Villani, est-ce que vous êtes, personnellement, concerné par l'autisme ?".

Ou, comme le reformule le compte Twitter du programme (avec un brin moins de tact tout de même) : "Il est autiste asperger Villani ? Les observateurs de la campagne de la mairie de Paris se posent la question...". Les "observateurs", peut être, mais cela n'est pas vraiment le cas du public, qui a trouvé l'interrogation plus qu'indiscrète : irrespectueuse. "Vous m'avez foutu la honte devant mon poste ce soir ! L'acculer à "avouer" un autisme, c'est vraiment dégueulasse", s'indigne une téléspectatrice. D'autres pointent encore du doigt le caractère "déplacé", "honteux" ou "méchant" de cette question. Le show quant à lui parle simplement d'un "sujet délicat".

Mais face au bad buzz, c'est Cédric Villani lui-même qui a décidé de prendre la parole.

Des explications claires

Et sa réponse n'a pas pour but de faire taire des "bruits de couloir", non : elle tend avant tout à briser quelques préjugés. L'espace d'un long texte mis en ligne sur Twitter, Cédric Villani se dit être très touché par "les nombreux messages de soutien" qu'il a pu recevoir des internautes. Et insiste sur le "respect" dont a fait preuve le journaliste Paul Larrouturou à son égard. A en lire la tribune du politicien, c'est surtout le montage plutôt "cut" de l'émission qui donne l'impression "d'une question brutale et posée à la va-vite". Mais là n'est pas le plus important.

"Je savais que le sujet de l'autisme faisait partie des thématiques de l'entretien. Si j'avais jugé les questions inconvenantes, j'aurais mis fin immédiatement à la conversation. Une question directe sur l'autisme ne devrait pas être vue comme stigmatisante, car l'autisme ne devrait pas être stigmatisé", explique noir sur blanc Cédric Villani. Une façon limpide et nette de mettre des mots sur un sujet qui, trop souvent, reste de l'ordre du tabou. Du non-dit, de l'incompris, de l'autocensure. Et le candidat à la Mairie de Paris de le déplorer encore : "... Les réactions sur la séquence montrent qu'il reste encore du chemin à parcourir".

Sincère et pertinente, la réponse de Cédric Villani nous apparaît comme un écho à son tranchant "Qu'est-ce que ça changerait ? [si j'étais autiste, ndrl]", décoché avec sérénité à Paul Larrouturou au moment de l'interview. En tout cas, cette publication n'a pas manqué de susciter l'adhésion sur Twitter. Parmi les spectateurs anonymes, d'aucuns louent ainsi sa "grande classe" et sa "dignité". Et même du côté de ses rivalités politiques, les compliments vont bon train. Ainsi Benjamin Griveaux, également candidat pour la mairie de Paris, a-t-il salué sur les réseaux sociaux cette "excellente réponse, pleine d'élégance, d'humanité et d'intelligence".

Et Olivia Cattan ne le niera certainement pas. La Présidente de l'association SOS Autisme voit d'un bon oeil cette évocation sans détour du sujet. Dans un pays, où, explique-t-elle au journal Marianne, la visibilité mais aussi l'accompagnement des personnes autistes sont encore (très) loin d'être satisfaisantes, les mots de Cédric Villani font le plus grand bien. "Je connais plein de gens autistes qui le sont sans l'avoir jamais dit, dans des milieux parfois exposés : des policiers, des profs, des chefs d'entreprises. Ils se taisent [...] parce qu'ils sont en début de carrière et craignent que cela ne leur ferme des portes", déplore en ce sens Olivia Cattan.

Or, pour Cédric Villani, il est important qu'en 2019, l'autisme puisse être abordé "de façon apaisée". Et si, face à un phénomène d'exclusion presque systématique et un silence qui persiste, cette déclaration pouvait éveiller quelques consciences ?