Jameela Jamil dénonce la société patriarcale et plus précisément, l'injonction à la virilité, son culte "absurde" - le mythe de la virilité, comme l'énonce la philosophe Olivia Gazalé.
La comédienne britannique révélée par la géniale série humoristique The Good Place (où brille Kristen Wiig), connue pour ses odes décalées à ses propres "orgasmes", ses convictions body positive et ses prises de position féministes, ayant autant trait à la dénonciation des régimes qu'aux discours décomplexés sur la sexualité, fait beaucoup réagir.
Actrice réjouissante qui fait désormais beaucoup parler d'elle au gré de ses prises de parole diverses : sur la morphologie féminine, les placements de produits douteux de la fratrie - ou plutôt sororité - Kardashian, le retour inquiétant sur la scène mode de l'ultra-maigreur et du skinny (dénoncé à l'unisson par Laetitia Casta !), et les mascus. Justement, c'est entre les lignes de cela que parle Jameela Jamil. L'essor du masculinisme, le virilisme absurde, le fait que, tel que l'énonce également Virginie Despentes dans son matriciel et réjouissant King Kong Théorie, les hommes aussi subissent le patriarcat.
Et c'est précisément ce que raconte Jameela Jamil lorsqu'elle nous l'explique, sur les images à retrouver ci-contre : éduquez vos garçons ! Ce n'est pas aux filles de changer mais aux mecs. Elle le dit autrement : "On apprend pas aux garçons à être des hommes mais à ne pas être des filles". Une phrase lourde de sens : qui en dit très long sur la société actuelle, pas forcément celle qui incite le plus à l'empathie.
Jameela Jamil précise sa pensée : dans notre société actuelle, qui accole injonctions et pressions aux femmes mais aussi aux hommes, l'empathie, la vulnérabilité, la sensibilité, ne sont guère des qualités désignées comme masculines. Lorsque l'on croule sous les stéréotypes de genre, il est difficile de s'émanciper et de défendre ou banaliser une masculinité réellement "déconstruite".
Tout cela doit prendre racines dès le plus jeune âge, et l'éducation. Ne pas sombrer dans une éducation toxique, basée sur les clichés (le bleu pour les garçons, le rose pour les filles) et sur la confrontation, ou la compétition. S'interroger sur ce que cela signifie, une injonction "viriliste". Apprendre à ses garçons qu'il n'y a rien de honteux à pleurer. Les garçons "déconstruits" à l'origine éclosent, notamment, de parents, et de papas, déconstruits.
"On a rendu le pouvoir prisonnier d'une forme de virilisme toxique", fustige Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France, sur les ondes de France Culture. Une assertion qui rejoint tout à fait celle de l'actrice Britannique. "On va cacher les personnes les plus vulnérables de notre société, les silencier, les invisibiliser. Les personnes qui sont en situation de puissance sont elles-mêmes en négation permanente de leur vulnérabilité. Alors que c'est dans la vulnérabilité qu'on peut trouver le soin, exprimer ses blessures, que l'on peut réparer. Si cela n'a pas lieu, le monde court à sa perte.", développe sur le même sujet Lauren Bastide.
Une réflexion que l'on retrouve dans les mots de Jameela Jamil : "Je crois que c'est ça la grande crise de notre société, et c'est ce qui est effrayant, car les femmes sont fortes, elles le sont depuis toujours, depuis l'aube de l'humanité, des millions d'années ! Etre effrayé du pouvoir des femmes est d'une telle tristesse". La star a engendré quantité de commentaires, et beaucoup soutiennent sa prise de position. Quitte à l'ériger en phrase pertinente à souhait, de celles que l'on lit, sous forme de slogans, dans les manifestations pour les droits des femmes.