Sur les ondes de France Culture, cette historienne dénonce le mythe de la muse, et tout ce qui lui est associé : male gaze, objectification, hyper sexualisation... Et rapports de prédation entre artiste (forcément masculin) et modèle (forcément féminin), comme si celui qui dirige ne pouvait être qu'un homme, plaquant sa "vision" naturellement "géniale" sur son "inspiration" au féminin.
L’historienne Christelle Taraud déconstruit à ce titre sur les ondes de France Culture la figure de la "muse", toujours présentée "comme une source d’inspiration pour un homme", tel que l'énonce en détails la radio nationale du service public. D’après elle, nous dit-on encore sur l'extrait-vidéo à retrouver ci-contre, la relation est complètement inégale entre muse et maître, car en fin de compte, "la muse est vampirisée", "se trouvant ainsi dépossédée de ses propres capacités créatrices". Et voilà ce vers quoi abonde l'oratrice : "Une muse en fait elle est vampirisée de façon évidente. Elle attire les prédateurs",
En bref, la muse est passée dans l'histoire du monde et de nos cultures occidentales, d'une figure sacralisée, à l'objet de créateurs masculins, introduit d'emblée l'érudite.
"A l'origine cela désigne des entités vénérées dans la mythologie grecque mais dans la société contemporaine c'est une inspiratrice qui va être objectifiée, influencer un homme et donc forcément associée au "génie masculin" : il y a un rapport d'inégalité et d'asymétrie là-dedans", définit ainsi l'historienne Christelle Taraud au cours de cette déclaration qui a fait beaucoup, mais alors beaucoup réagir.
Et pas forcément de la façon la plus apaisée. Bienvenue sur les réseaux sociaux.
Christelle Taraud ne pouvait que faire réagir avec ses réflexions intimes et politiques. C'est le cas.
Ainsi bien des commentaires masculins insistent sur le "schématisme", "binaire", ou la "grossiereté" supposée de ces analyses accusées d'exacerber les "tensions entre les sexes". Comme si observer les systèmes qui sous-tendent l'art était forcément une déclaration de guerre, ou une forme de sexisme inversé. On rappelle qu'il s'agit juste des propos d'une historienne de l'art.
Et l'art n'est-il pas conçu pour être constamment remis en question ? On s'interroge très sérieusement, car il n'y a rien de plus politique que la création. D'ailleurs, de nombreuses voix sur les réseaux sociaux vont venir défendre cette actualisation de la pensée sur l'art à l'heure du mouvement #MeToo. Qui implique forcément si ce n'est une "déconstruction", en tout cas, une introspection. Toujours saine et nécessaire.
Des cinéastes féministes telles que Céline Sciamma mettent au cœur de leurs plus grands films cette importance critique. Et même dans Titanic, le personnage de Rose, modèle et égérie, outrepasse clairement cette fonction. La protagoniste est indépendante et puissante, sensuelle mais non assujettie au peintre qui l'immortalise. Elle est la voix centrale d'un récit, une figure tutélaire et profondément féministe, inspirante.
"En tant qu'artiste peintre c'est une réflexion que je me suis faite . C'est tellement visible dans l'histoire de l'art.", "Nusch Eluard était très libre mais il est vrai que Man Ray a profité de Lee Miller.. et lui vole même son idée de solarisation.. mais ce sujet est pertinent.", "L'histoire de l'art montre qu'elle a raison. Heureusement ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le denier bastion c'était le cinéma et la relation de domination romantisée est en train d'être démantelée", "L'asymétrie de valeur du genre est démontrée depuis 10 ans. Les hommes se voient toujours supérieurs aux femmes, peu importe le statut social.", lit-on dans l'espace commentaires.
Un énorme débat qui suscite bien des réactions et cristallise toutes les tensions actuelles, au sujet des enjeux féministes... Qui pourtant nous concernent tous !
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