Spoiler : oui, les femmes peuvent adorer le sexe. Spoiler bis : oui, elles peuvent le clamer haut et fort.
Et cette jeune humoriste a mis un coup de pied parfaitement placé dans un tabou bien rance. À 24 ans, Emma Bojan parle d’un peu tout dans son spectacle Attends, moi j’arrive, mais surtout de "beaucoup de sexe". Le cul ? C’est la "trame" de son one-woman-show, qu’elle est venue présenter chez Clique.
"Je croyais que je n’étais pas du tout politisée. Je me disais : ‘moi, je fais des blagues de cul. Je suis un peu cette bonne pote un peu rigolote’", a-t-elle expliqué à Mouloud Achour. La fameuse pote cool, celle qui ne dérange pas, celle qui fait rire sans trop faire réfléchir, celle qui rassure tout le monde. Sauf qu’à force de parler de son désir, de son corps, de ses fantasmes et de sa liberté, Emma Bojan s’est pris une révélation en pleine figure.
"Et puis je me suis rendue compte qu’en fait, prendre la parole sur du sexe à 24 ans, en étant une femme, c’est giga politique. C’est vraiment un acte ultra-féministe, de dire que j’aime le sexe", a-t-elle ajouté. Bim. Voilà. Rideau. La pièce est terminée et elle a tout dit. Sauf que c’est justement là que le malaise commence. Une femme jeune qui dit qu’elle aime le sexe ? Ce n’est pas perçu comme neutre. Ce n’est jamais juste une info.
C’est encore vécu comme une provocation, une posture, un message caché, une façon de se faire remarquer. Bref : une faute de goût. Et Emma Bojan le dit avec une honnêteté désarmante. Dans son spectacle, elle raconte cette scène toute simple mais incroyablement révélatrice : "Un jour, un garçon m’a demandé mon plus gros fantasme. Et j’ai eu envie de lui dire : ‘J’en ai plusieurs. D’abord, je crois que j’aimerais bien te répondre sincèrement sans passer pour une grosse salope. Et puis, je crois que j’aimerais bien être une grosse salope, en fait’", a-t-elle ajouté.
Oui madame. Tout est là, dans ces quelques mots. Le problème, ce n’est pas le fantasme en lui-même. Le problème, c’est le regard posé dessus. Le problème, c’est ce petit logiciel misogyne et sexiste qui transforme immédiatement la parole libre des femmes en étiquette infamante. Et Emma Bojan met le doigt exactement là où ça gratte. Elle voudrait juste "que ce soit ok de parler de ça".
On parle quand même d’un truc loin d’être révolutionnaire : être une femme, aimer le sexe… et le dire sans devoir s’excuser, se justifier, rassurer ou ajouter un petit "mais bon, je ne suis pas comme ça non plus". "Je dis aussi dans mon spectacle que, pour moi, parler de sexe, c’est beaucoup moins intime que parler de ma grand-mère", a-t-elle même assuré chez Clique.
Et là, Emma Bojan touche quelque chose de très juste. Le sexe, ce n’est pas forcément l’intime. L’intime, ce sont nos attachements, nos peurs, nos deuils, nos histoires tues, nos traumatismes, nos familles, nos fragilités. Ça, c’est de l’intime. Du vrai. Mais culturellement, on continue de faire comme si le corps des femmes devait rester sous cloche. Restez pudiques, les nanas, enfin.
"Je crois qu’il y a encore un truc très tabou. Je ne peux pas imaginer une soirée avec mes copines sans qu’on parle de sexe. Alors je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas ça dans la vraie vie aussi", a-t-elle conclu. Voilà, c’est exactement ça, le vrai problème. Dans la vraie vie, on parle de sexe. Entre femmes, entre potes, entre gens, tout simplement. Mais dès que ça sort du cercle privé, dès que ça devient une parole publique, portée par une femme de 24 ans sur scène, ça devient subitement "un sujet".
Un sujet sensible, tabou, clivant, "féministe", presque malgré elle. Et c’est précisément pour ça que ce qu’Emma Bojan fait sur scène est politique. L’humoriste accomplit quelque chose de profondément subversif dans un pays encore très (trop) coincé. Alors merci, vraiment, de rappeler que les femmes aiment le sexe et qu’elles peuvent aussi l’assumer devant un public.
Et tant pis si ça choque les puritains.
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