Tout ce que vous devez savoir sur l'affaire Jeffrey Epstein

Jeffrey Epstein, le scandale qui secoue l'Amérique.
Jeffrey Epstein, le scandale qui secoue l'Amérique.
Les révélations accablantes au sujet du businessman Jeffrey Epstein ne cessent, à raison, de susciter l'indignation. Suite à la mort du multimillionnaire, les découvertes macabres se succèdent d'autant plus. Résumé d'un scandale d'échelle internationale.
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Le 6 juillet dernier, le richissime homme d'affaires Jeffrey Epstein est arrêté par le FBI à New York. Il sort à peine d'un jet privé parti de Paris - là où se situe l'une de ses très nombreuses et luxueuses demeures. Le businessman est alors inculpé pour "trafic sexuel en bande organisée de mineures". Il risque quarante-cinq ans d'emprisonnement. Le trafic en question serait spectaculaire. Jeffrey Epstein a soixante-cinq ans. Ses multiples victimes - des dizaines - en ont quinze en moyenne. Et elles sont très, très nombreuses.

Coup de théâtre : le 10 août dernier, le corps de cet ancien et très réputé professeur de mathématiques - qui a fait sa fortune en s'engageant dans le monde de la finance - est retrouvé sans vie dans sa cellule. Un suicide par pendaison, atteste la médecin légiste Barbara Sampson. Alors que le procès de "l'ogre" Harvey Weinstein doit avoir lieu en septembre prochain, c'est un autre scandale, tout aussi immense, qui ne cesse de s'accroître au fur et à mesure des dossiers ouverts ou redécouverts : l'affaire Epstein, ou les perversions d'un homme d'influence. Faisons le point.

Quand verra-t-on la fin du scandale Epstein ?
Quand verra-t-on la fin du scandale Epstein ?

Son "trafic" était immense

Le trafic sexuel organisé de 2002 à 2005 par Jeffrey Epstein est considérable. Au sein de son empire, à savoir ses propriétés de Palm Beach et de New York, ou encore son île privée (dans les Caraïbes), se sont succédées des dizaines de mineures. Des jeunes filles engagées comme "masseuses", mais dont les prestations rémunérées, apprend-t-on au fil des enquêtes, aboutissaient pour la plupart à des rapports sexuels forcés. Durant toutes ces années, afin de garantir la circulation de ces "masseuses", Epstein emploie des "rabatteuses" dont l'âge coïncide volontiers avec celui des victimes.

Afin d'assurer cette "circulation" d'une propriété à l'autre, le multimillionnaire se servait de l'un de ses avions personnels. Le surnom du véhicule ? "Lolita Express". Chaque victime était cataloguée au sein du "petit livre noir", un carnet d'adresse aux sordides résonances, relate le New York Times. L'on y dénombre une centaine de noms. Glaçante organisation que celle mise en place par l'ancien professeur, comparé au Robin Williams du Cercle des poètes disparus du temps de ses cours à la prestigieuse Dalton School, nous apprend Paris Match. A l'époque déjà, "copain et gourou, [il est] invité à des boums chez les élèves, où il est le seul prof présent".

Ce n'était pas le premier procès

C'est justement pour ces mêmes abus que l'homme d'affaires fait l'objet de sérieuses accusations en 2007. Eh oui, déjà. Pour avoir exploité des dizaines de mineures, il risque alors une lourde sanction fédérale. Mais il y échappe. La raison ? Alexander Acosta, l'ancien ministre du Travail du gouvernement Trump, alors procureur du district de Floride, négocie un accord secret. Et lui permet ainsi d'éviter d'éventuelles poursuites. L'enquête du FBI alors en cours se stoppe net. Et Epstein ne passera que treize mois en prison. Cependant, dès 2008, la justice américaine le considère comme un délinquant sexuel. Et le conserve ainsi sous ses radars. Pour info, le procès majeur qui devait faire suite à sa récente arrestation aurait dû avoir lieu d'ici juin 2020.

Epstein et le "beau monde".
Epstein et le "beau monde".

Sa mort inspire toutes les thèses

"Aurait dû", puisque le corps de Jeffrey Epstein a été retrouvé dans sa cellule le 10 août 2019. Depuis des décennies, le businessman était une figure familière de la jet set, côtoyant aussi bien des artistes et décisionnaires majeurs que des politiciens. Alors forcément, les rumeurs vont bon train. Son os hyoïde (au niveau de la pomme d'Adam) a été brisé. Logique, suite à une pendaison. Mais d'aucuns voient là la conséquence d'un étranglement : il fallait faire taire Epstein. Deux jours auparavant, comme l'indique le New York Post, l'intéressé avait paraphé son testament. Aucun héritier n'y est nommé. Le milliardaire y annonce simplement la transmission de ses biens, évalués à 577 millions de dollars, à une structure intitulée Trust 1953. L'idéal pour garantir l'anonymat des bénéficiaires d'une fortune absolument colossale.

En dix jours, cette mort a déjà fait l'objet de deux enquêtes. Les avocats d'Epstein expriment ouvertement leur circonspection face aux conclusions de l'autopsie et exigent une enquête parallèle et "indépendante". Le directeur de la prison ainsi que les gardiens chargés de sa surveillance ont quant à eux tous été licenciés. Ledit gardien a été remplacé le 16 août dernier.

Il connaissait du beau monde

Mais qui donc était ce beau monde que (et surtout "qui") côtoyait Jeffrey Epstein ? Des personnalités de Wall Street. Mais également Bill Clinton, qui l'accompagnait volontiers à bord de ses jets privés, aux débuts des années 2000. L'ancien président des Etats-Unis aurait même participé à une soirée privée organisée sur l'île de Little St. James, lieu isolé que Jeffrey Epstein aurait arrangé en "bordel". Puis il y a bien sûr Donald Trump. D'anciennes photographies et vidéos récemment ressorties démontrent la proximité entre les hommes d'affaires. Dans les années 90, tous deux sont amis et voisins. Se retrouvent dans les mêmes fêtes. En 2002, Trump décochait, sans filtre : "[Epstein] est un gars génial. On s'amuse bien avec lui. On dit qu'il aime autant les femmes que moi, mais beaucoup sont plutôt jeunes".

L'on prête également à Epstein une amitié avec Leslie Wexner, le big boss de la célèbre chaîne de lingerie Victoria's Secret. Plus qu'une amitié en vérité : Epstein aurait carrément géré la fortune de son compère milliardaire vingt ans durant, jouissant ainsi d'une honorable rémunération estimée à plusieurs millions de dollars. Wexner n'est que l'un des nombreux financiers qui constituaient l'entourage professionnel du délinquant sexuel, autrefois considéré comme un homme de confiance par bien des éminences grises.

Des manifestantes s'indignent au moment des révélations.
Des manifestantes s'indignent au moment des révélations.

Le mystère Ghislaine Maxwell

Ghislaine Maxwell. Retenez ce nom. Elle est l'une des nombreuses zones d'ombre de l'affaire Epstein. Fille du magnat de la presse Robert Maxwell, c'est cette personnalité mondaine qui a introduit Epstein au beau monde. Elle lui présente même le président Bill Clinton. Aujourd'hui, cette ex-compagne âgée de cinquante-sept ans est accusée d'avoir recruté des adolescentes afin d'alimenter le vaste trafic supervisé par le milliardaire. Plusieurs témoignages de victimes l'accablent en ce sens, dont celui de Jennifer Araoz, qui a émis ses premières dépositions il y a trois ans de cela.

Le scandale s'étend jusqu'en France

Un autre nom s'est récemment ajusté à celui de Jeffrey Epstein : Jean-Luc Brunel, directeur d'une agence de mannequins. On accuse le français d'avoir "livré des dizaines de jeunes filles" à Jeffrey Epstein via son agence. Cela fait d'ailleurs des années que l'homme traîne une réputation sulfureuse au sein du "milieu". A de nombreuses reprises, il aurait logé certaines mannequins au sein de son appartement, leur aurait proposé plusieurs drogues. Et aurait abusé sexuellement de certaines jeunes femmes, les menaçant de briser leur carrière professionnelle en cas de refus. Les recherches qui visent aujourd'hui Jean-Luc Brunel tendent à affirmer une chose : le "circuit" tenu par le multimillionnaire américain s'étend bien au-delà de ses manoirs ou de ses îles.