Que sont ces "violences économiques faites aux femmes" que Castaner veut combattre ?

Christophe Castaner à l'Assemblée nationale, le 19 janvier 2021.
Christophe Castaner à l'Assemblée nationale, le 19 janvier 2021.
"Violences économiques", "maltraitance financière", ou encore "emprise financière"... Derrière ces termes abstraits, une forme de violence conjugale bien spécifique et encore trop peu médiatisée. Et sur laquelle insiste aujourd'hui le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale Christophe Castaner.
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"Lutter contre les violences et les inégalités économiques". C'est cette intention que met en évidence le député LREM Christophe Castaner dans un entretien accordé au Parisien. Intention qui devrait faire l'objet d'une proposition de loi en mars prochain. Si l'égalité entre les femmes et les hommes ont été déclarées "grande cause du quinquennat" par Emmanuel Macron, la notion de "violences économiques" n'intègre pas toujours les discours. Elle le devrait pourtant.

Quelles sont donc ces inégalités ? L'ex-ministre de l'Intérieur développe : "Quand votre conjoint détourne vos revenus ou votre carte bancaire, qu'est-ce qu'il vous reste comme autonomie ?". Une autonomie centrale quand l'on évoque cette notion. Car par-delà le détournement des revenus ou la confiscation de la carte bancaire, les violences économiques comprennent également le contrôle des dépenses de la victime ou le non-accès de cette dernière à ses propres comptes bancaires.

La proposition de loi interdirait ainsi à un employeur de verser le salaire d'une personne sur le compte d'un tiers. "Nous voterons donc l'obligation de versement du salaire sur un compte bancaire au nom du salarié ou sur un compte commun", déclare Christophe Castaner.

Ces violences économiques "demeurent une forme de violence conjugale particulièrement méconnue", déplore Novethic, spécialisé dans les questions de finances et d'éthique. D'où l'intérêt de revendiquer cette proposition de loi, portée par Marie-Pierre Rixain, la présidente de la délégation aux droits des femmes. Elle sera soumise au Parlement la semaine de la Journée internationale des droits des femmes, celle du 8 mars.

Une notion fondamentale

La question économique fait sens dans une société déjà fortement marquée par les inégalités salariales. "La problématique des inégalités salariales touche toutes les femmes : les femmes privilégiées, les femmes blanches, les femmes plus précaires et les femmes racisées", nous expliquait à ce titre l'économiste et activiste féministe Rebecca Amsellem. Mais cette réalité discriminatoire est exacerbée dans le cadre d'une relation toxique et violente. C'est ce que l'on appelle "l'emprise financière".

L'emprise financière, dérivé économique du phénomène d'emprise, a par exemple lieu lorsque les coupables de harcèlement moral ou d'agressions physiques font en sorte d'emprisonner leurs compagnes et victimes dans un état de dépendance financière. Tant et si bien qu'il devient très difficile pour lesdites compagnes de partir.

On parle également de "maltraitance financière". Bien décidée à faire connaître cette forme de violence conjugale, la championne de tennis Serena Williams l'énonçait déjà en 2019 : "Nous devons engager des discussions constructives afin de mettre en lumière la manière dont l'exploitation financière piège les victimes". Le temps d'une tribune publiée sur la plateforme de Women Today, l'avocate Janine Bonaggiunta elle aussi constate les diverses formes d'emprise financière. "L'auteur de violences économiques peut commencer par réaliser des opérations bancaires importantes sans consulter sa conjointe", explique-t-elle.

Et la spécialiste de poursuivre : "Il peut aussi exiger des justificatifs de ses dépenses, ne donner qu'un montant minime par semaine ou par mois... et cela accentue l'isolement et l'endettement, empêchant ces femmes de sortir de l'emprise et de s'échapper - sans carnet de chèques, sans carte bancaire, sans revenus".

Une réalité déplorable dont semble désormais se soucier Christophe Castaner, lequel prône notamment l'interdiction prochaine pour tout employeur de verser le salaire d'une personne "sur le compte d'un tiers".

Un début de réponse à ce phénomène néfaste ?