« 17 filles » : une grossesse pour s'émanciper

« 17 filles » : une grossesse pour s'émanciper
« 17 filles » : une grossesse pour s'émanciper
Pour leur premier long métrage, Delphine et Muriel Coulin s'emparent d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux Etats-Unis. En 2008, une bande d’adolescentes scolarisées dans le même lycée annoncent, ensemble, leur grossesse. Dans « 17 filles », aujourd’hui dans les salles, les sœurs Coulin proposent une lecture personnelle et poétique de cette histoire. Interview.
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Synopsis :
Dans une petite ville au bord de l’océan, 17 adolescentes d’un même lycée prennent ensemble une décision inattendue et incompréhensible aux yeux des garçons et des adultes : elles décident de tomber enceinte en même temps. Ce film est inspiré d’un fait divers survenu en 2008.

Terrafemina : Pour votre premier long métrage, pourquoi avoir porté à l’écran ce fait divers survenu aux Etats-Unis en 2008 ?

Delphine Coulin : En effet, nous nous sommes inspirées de l’histoire de ces 17 adolescentes américaines qui ont révélé leur grossesse en même temps car ce fait divers original touche des thèmes que nous maîtrisons pour les avoir déjà traités dans nos courts métrages. Il y a, entre autres, la question du corps, le rapport au temps mais aussi le rêve. En creusant, nous nous sommes aperçues que Gloucester, la ville des Etats-Unis dans laquelle est survenu cet événement, ressemble beaucoup à celle dans laquelle nous avons grandi : Lorient. Nous avions donc ce début de scénario et des thèmes qui nous semblaient assez personnels pour être traités sur la durée.

TF. : Pourquoi avoir choisi d’adapter cette histoire déjà très surprenante plutôt que d’y rester fidèle ?

Muriel Coulin : Comme Lorient, Gloucester est une ville où l’on s’ennuie quand on est adolescent ; ce n’est pas New York. Ce sentiment, nous l’avons nous-mêmes ressenti lorsque nous étions jeunes d’autant que, comme les héroïnes du film, nous étions un groupe d’amies très soudées. Que la France soit le décor de ce film nous paraissait donc tout à fait plausible. Par ailleurs, nous voulions nous détacher de la récupération politique qui a été faite de cet événement outre-Atlantique. Les Américains ont un côté moralisateur mais, en France, le débat sur la virginité est dépassé ; d’où l’importance de replacer l’action dans un contexte français. Enfin, pour notre premier long métrage, nous voulions évoluer en terrain connu, être entourées de nos proches. De nombreux figurants sont d’ailleurs des personnes que nous connaissons depuis que nous sommes enfants.

TF. : Comment avez-vous choisi les six filles qui endossent les rôles des personnages principaux ?

M.C. : Pendant plus de neuf mois, de septembre à juin, nous avons vu plus de 600 filles dans le cadre d’un immense casting et nous les avons toutes rencontrées individuellement. Pour certaines, l’entretien durait une minute, pour d’autres, une heure n’était pas suffisante. Nous devions choisir les bonnes filles et les assembler pour voir si leur groupe fonctionnait. Nous voulions qu’elles se ressemblent suffisamment pour que leur alchimie transperce l’écran, mais qu’elles soient aussi très différentes les unes des autres.
D.C. : Il fallait également prendre en compte le caractère de chacune car nous savions que d’éventuelles disputes mettraient le film en péril, de même, si l’unique préoccupation d’une ou plusieurs d’entre elles était de devenir célèbre. D’ailleurs, nous avons été très vigilantes sur le fait qu’elles ne se voient pas à l’écran, pendant toute la durée du tournage, pour préserver leur fraîcheur et leur spontanéité.
Aujourd’hui, je peux dire que sur 600 postulantes au départ, nous avons fait les bons choix. Ce sont des filles adorables et promises à de grandes carrières. Pour preuve, toutes les six ont déjà retourné depuis le dernier festival de Cannes.

TF. : A 17 adolescentes qui ont soif de changements et de transformations, le film oppose des parents complètement passifs. Quel message souhaitiez-vous faire passer ainsi ?

D. C. : Les filles réagissent contre une société sclérosée. Elles ont conscience que, dans leur petite ville, la vie des adultes n’est pas enviable. La seule perspective d’avenir qui leur soit offert est une certaine prospérité économique. Or à 17 ans, on a envie d’absolu, on rêve d’une vie trépidante, on veut l’exact contraire de la vie de nos parents pour lesquels il ne semble y avoir qu’une seule et unique façon de vivre et de penser. Pour y parvenir, ces jeunes filles construisent une utopie et s’y jettent à corps perdu.

TF. : Les parents sont d’ailleurs presque absents de ce film…

D. C. : Presque mais pas totalement alors que dans une première version du scénario, ils étaient totalement hors-champs. En effet, dès lors que l’on se place du côté des adultes, des parents, des professeurs, on tombe dans l’explication. Or, c’est le mystère de ces filles qui a retenu notre attention. Nous avons voulu que « 17 filles » soit un film captivant, mystérieux et poétique. On dit souvent que l’ombre est plus poétique que la lumière car expliquer un fait consiste à en extraire toute la poésie.

TF. : La fin du film était-elle un moyen d’y introduire une morale, aussi discrète soit-elle ?

D. C. : Je parlerais davantage d’ironie du sort que de morale. Nous n’avons pas voulu une fin totalement rose ; nous avons donc choisi une voie médiane qui laisse une place à l’analyse du spectateur.
Toutefois, il était important pour nous de finir sur le personnage de Camille. Elle devient presque une légende. Nous ne souhaitions pas qu’elle ait une fin médiocre car elle a tout de même fait rêver tout une ville.

TF. : Que souhaitez-vous que les spectateurs retiennent de ce long métrage ?

D. C. : Nous espérons que ce film suscite à la fois le débat et l’envie de rêver. Lorsque nous l’avons présenté pendant des festivals, en province, il m’est arrivé, au terme des projections, de discuter des thèmes abordés pendant plus d’une heure avec le public. C’est un film qui devrait plaire aux femmes, de tous âges. Et s’il pouvait réveiller l’esprit de rébellion, nous en serions ravies. Le monde d’aujourd’hui est bien trop résigné à son sort.


Delphine et Muriel Coulin/Copyright Richard Schroeder

Voir la bande annonce du film « 17 Filles »



Crédit photo : Archipel

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