Sex & the City : la version brésilienne de la série est-elle raciste ?

Sex & the City : la version brésilienne de la série est-elle raciste ?
Sex & the City : la version brésilienne de la série est-elle raciste ?
Raciste, sexiste et dégradante, la toute nouvelle série, « Sexo e as negas », n'a pas la cote au Brésil et notamment au sein de la communauté noire. De la rue aux réseaux sociaux, nombreux sont les téléspectateurs qui se mobilisent et réclament la suppression de cette adaptation malheureuse de la célèbre série avec Carrie Bradshaw.
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Mais où est donc passé l'impertinence et la justesse de ton des Carrie Bradshaw, Charlotte York et consorts ? Pas au Brésil apparemment. Diffusé sur l’une des plus grandes chaînes de télévision nationale Globo, le nouveau « Sex and The City » version « auriverde » fait scandale auprès de la communauté afro-brésilienne. Car si sa grande sœur américaine a fait de l’émancipation sexuelle de la gent féminine son cheval de bataille, « Sexo e as negas » véhiculerait, à en croire ses contempteurs, des clichés qui dévalorisent la femme noire.

Bande annonce de la série Sexo e as Negas


Des termes mal choisis, des rôles mal distribués

Selon les auteures de « blogueiras negras » (un blog rédigé par des femmes afros qui s'intéressent principalement à de sujets tels que le féminisme et le racisme) , ce copier-coller maladroit de « Sex and The City » ne serait qu'« une représentation de la femme noire remplie de stéréotypes sexistes et racistes, à peines humains » et ce, rien que dans le titre. En effet, le mot « nega » qui est un terme populaire employé pour désigner les femmes d’origine africaine, peut avoir une connotation très négative.

Aussi à la différence de la version nord-américaine, les 4 personnages principaux ne racontent pas elles-mêmes leurs aventures. Ce rôle est réservé à une femme blanche qui les observe. Et comme si ça ne suffisait pas, la série ferait clairement la distinction entre l’amour réservé aux blanches et le sexe aux noires.

Les bloggeuses et les internautes contestent sur les réseaux

Choquées, de nombreuses Afro-brésiliennes ont organisé des manifestations dans tout le pays afin réclamer la suppression du programme. De leur côté, les bloggeuses de « Blogueiras negras » mènent la bataille sur Youtube, avec la diffusion d’une vidéo et sur les réseaux sociaux. Pour promouvoir leurs idées, elles utilisent deux hastags : #AsNegasReal (les vraies noires) ou #sexoeasnegasnaomerepresenta (la série "Sexo e as negas" ne me représente pas). Un mouvement largement sui vi par les internautes.

Vidéo diffusée par les auteures du blog Blogueiras negras



Le producteur et auteur de la série, Miguel Falabella de Sousa-Aguiar, n'a pas manqué de réagir face à ses accusations, pour le moins probantes, de racisme et ce, via sa page Facebook. Il a ainsi expliqué que l’idée du scénario lui avait été suggérée par une amie noire : « Je ne vois pas où je dévalorise quiconque dans cette série : ces femmes sont noires et pauvres, mais pleines de fantaisie et d’amour ».



Capture d'écran du compte Facebook de Miguel Falabella de Sousa-Aguiar


Une réponse atterrante, comme l'a constaté la bloggeuse Lassira Santiago : « Le ton qu’il utilise sur son post Facebook est affligeant, à la fois raciste et chauvin », tacle-t-elle. La polémique a d'autant plus de répercussions que le pays est toujours en proie à de fortes disparités, notamment au niveau des inégalités salariales. Un Brésilien blanc est ainsi, en moyenne, deux fois mieux payé qu'un salarié noir. Quant à la communauté afro-brésilienne , 43% vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Depuis 2003, le gouvernement a pourtant instauré « la journée de la conscience noire » et mis en place une politique de quotas afin de lutter contre ces stéréotypes si prégnants dans la société brésilienne. Or, comme en atteste cette péripétie « Sex and The City », il semble bien qu'il y ait encore du boulot…