Créer sa boîte : donner le goût d'entreprendre dès le collège

Créer sa boîte : donner le goût d'entreprendre dès le collège
Créer sa boîte : donner le goût d'entreprendre dès le collège
Pour donner aux ados le goût d’entreprendre, l'association 100 000 entrepreneurs envoie les patrons devant le tableau blanc. Deux heures pour gommer les préjugés et transmettre leur passion. Reportage entreprenant dans une classe de troisième du XIXe arrondissement parisien.
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La classe de Frédéric Gresneau ressemble à toutes les salles de technologie. Un vélo retourné surplombe une armoire, des plantes côtoient des ordinateurs et des posters d'Ariane 5 ornent les murs jaunes et bleus. Mais aujourd'hui, ici, rien de tout cela ne sera utile, sauf peut-être la caméra qu'installe déjà le professeur pour filmer la scène. Ce n'est pas lui qui parle cette fois, mais des chefs d'entreprises. Alix Giberstein et son père, Michel Giberstein, sont tous deux membres de « 100 000 entrepreneurs », une association qui regroupe 2 500 porteurs de projets. Des patrons de boîte, des responsables associatifs ou des chargés de mission dans la fonction publique, tous motivés par l'envie de transmettre le goût d'entreprendre. Chaque année, ils vont à la rencontre de plus de 30 000 élèves, de la quatrième à l'enseignement supérieur, et partagent avec eux leur parcours.

Faire tomber un mythe

Pour leur première intervention, Alix et Michel Giberstein ont choisi de venir ensemble confronter leur expérience, leur difficulté et leur réussite. Celle d'une jeune entrepreneuse qui fondait Get Report, une interface pour améliorer la communication entre un fournisseur et ses clients, il y a un an et demi, et celle de son père, créateur de Fox trot, une société qui commercialise des objets personnalisés, fondée en 1976. Face à eux, 17 élèves de troisième, autant de filles que de garçons qui ont choisi l'option « découverte des métiers et des formations ». Deux heures pendant lesquelles chaque semaine, ils apprivoisent le monde de l'entreprise avant d'y faire leur premier stage, quelques mois plus tard. « L'idée, raconte Frédéric Gresneau, c'est de faire tomber un mythe. Ils ne savent pas ce qu'il se passe dans les sociétés. Moi-même, je ne me souviens l'avoir découvert que lorsque j'ai eu mon premier boulot. » Dans ce collège du XIXe arrondissement de Paris, armés de leurs plus jolis produits -tasses, assiettes et boîtes illustrées-, les deux entrepreneurs vont tenter de relever le défi.

Devant le tableau blanc, Alix joue les professeurs et questionne ses élèves d'un jour. À 15 ans, ils savent parfaitement définir l'entreprise : « C'est là où beaucoup de personnes travaillent ensemble mais toutes n'ont pas le même grade », commence Danian et où, poursuit son voisin Chekéné, « on invente, on produit et on exploite certains produits ». Un sans-faute même si pointent déjà les premières inquiétudes, quand Michel Giberstein après avoir brossé son parcours s'enquiert des idées de création d'entreprises des adolescents : « Je ne sais pas. Il y a tellement de choses qui existent déjà ! », remarque Elyass. Et plus que ça, avoue Jeanne, entreprendre est un mot qui fait peur « parce qu'on fait tout tout seul ». Une réaction qui n'a rien d'étonnant pour la jeune entrepreneuse : « On ne nous en parle jamais ni au collège, ni au lycée, ni à l'université, ni même en école de commerce. Quand j'étais à HEC, personne ne m'a dit qu'il existait aussi la possibilité de créer sa propre boîte ».

Un impact sur la société

De toute façon pour Alix, l'entrepreneuriat est une histoire de famille, un virus qui se transmet depuis trois générations. « Quand j'étais petite, je choisissais les dessins que ma mère dessinait sur les objets vendus par mon père, raconte-t-elle. Quelques mois plus tard, ils étaient dans les magasins. J'ai pris alors conscience de l'impact que l'on pouvait avoir sur la société. » Un pouvoir dont les élèves connaissent la portée - le premier nom d'entrepreneur qu'ils citent est Steve Jobs -, sans vraiment s'imaginer, un jour, eux-mêmes l'exercer. « Pour eux, c'est tellement abstrait, souligne Frédéric Gresneau, ils connaissent quelques noms, mais ne font pas encore le lien avec le boucher du coin. » Pourtant, à la fin du cours, cinq doigts se sont levés, tentés par l'idée d'entreprendre. Et il semble même que pour l'un d'entre eux, le virus se soit propagé : « J'aime l'idée de savoir que je réponds aux besoins de quelqu'un, argumente Elyass. Et puis je veux qu'il y ait de l'action, je n'ai pas envie de m'ennuyer dans mon travail. En plus, je pense que créer son entreprise, c'est une fierté. »

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