#JeSuisNigerian : le hashtag qui dénonce les massacres de Boko Haram

#JeSuisNigerian : le hashtag qui dénonce les massacres de Boko Haram
#JeSuisNigerian : le hashtag qui dénonce les massacres de Boko Haram
Boko Haram aurait tué 2 000 personnes entre le 6 et 8 janvier dans la ville de Baga, au nord-est du Nigeria, et dans les villages aux abords du lac Tchad. Le drame, survenu au même moment que l'attentat contre Charlie Hebdo, soulève l'indignation d'internautes, bien décidés à donner au massacre l'écho qu'il mérite grâce au hashtag #JeSuisNigerian.
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C'est l'une des offensives les plus « destructrices » de Boko Haram depuis six ans, selon Amnesty International. Depuis le 3 janvier, les combattants islamistes de Boko Haram ont attaqué plusieurs villes dans l'Etat de Borno, au nord-est du Nigeria. Leur objectif : écraser les milices civiles d'autodéfense qui assistent l'armée du pays dans sa lutte contre le mouvement terroriste.

Le massacre « le plus meurtrier » de Boko Haram

« Destructrice » par son ampleur : dans les villes de de Baga et Doron Baga, situées à 2,5 kilomètres de distance, les dégâts sont colossaux. Habitations et commerces rasés, quartiers entiers rayés de la carte... Selon un calcul d'Amnesty International, plus de 3 700 bâtiments ont été endommagés ou détruits, 620 à Baga et 3 100 à Doron Baga. Mais « destructrice » aussi et surtout par sa violence : « Le nombre exact de victimes à Baga et dans les 16 villages alentour est inconnu, avec des estimations allant de dizaines de victimes à 2 000 morts ou plus », affirme l'oganisation Human Right Watch.


« Peut-être le massacre le plus meurtrier de l'histoire de Boko Haram », estimait Amnesty le 9 janvier. S'appuyant sur des images satellites de la région et sur des témoignages de rescapés, les deux ONG décrivent des scènes glaçantes. Comme les corps de ces centaines de personnes qui jonchent les rues des villages. « Ils ont tué tellement de gens. J'ai peut-être vu 100 personnes tuées à un moment à Baga. J'ai couru dans la brousse. Alors que nous courions, ils mitraillaient et tuaient », a décrit un quinquagénaire non identifié, avant qu'une autre femme ajoute : « Il y avait des cadavres partout où je regardais ».

Doron Baga
Le village de Doron Baga photographié par satellite le 2 janvier (en haut) puis le 7 janvier 2015 (en bas).


Une femme enceinte abattue en plein accouchement

Exemple le plus glaçant de ces attaques barbares, cette scène rapportée par un témoin de l'attaque de la ville de Baga, sur les rives du lac Tchad, sans qu'il soit possible d'en établir la véracité : une femme enceinte abattue alors qu'elle était en plein travail, en même temps que plusieurs jeunes enfants. « La moitié du bébé était sortie et elle est morte dans cette position », raconte le témoin cité par Amnesty International.

Samedi 10 janvier, un nouveau drame secouait le pays. Au moins 20 personnes ont péri et 18 autres ont été blessées dans une attaque suicide perpétrée dans un marché de Maiduguri, encore une fois au nord-est du Nigeria. La bombe artisanale avait été fixée sur une petite fille, âgée d'une dizaine d'années. L'horreur n'a plus de limites.

Impossible pourtant de déterminer le nombre exacte de victimes faites par Boko Haram depuis les premiers jours de l'offensive. L'armée nigériane, « qui a tendance à minimiser les bilans de victimes, a affirmé cette semaine que 150 personnes avaient été tuées », rapporte l'AFP. Une armée pour qui les estimations des ONG (2 000 morts), sont tout simplement « sensationnalistes ».

Image Satellite HRW


#JeSuisNigerian, les réseaux sociaux luttent contre l'oubli

Face à l'extrême violence des attaques et au bilan très élevé des victimes, de nombreux internautes se mobilisent sur les réseaux sociaux. A l'instar du mouvement spontané qui s'était créé autour du hashtag #BringBackOurGirls, lorsque 276 adolescentes avaient été enlevées en avril 2014 par Boko Haram, plusieurs mots clés sont apparus sur la toile pour dénoncer les atrocités de ces derniers jours et surtout réclamer le soutien de la communauté internationale.


Parmi les hashtags les plus largement repris sur Twitter : #BokoHaramKilled2000People, #WeAreNigeria ou #JeSuisNigerian en référence directe au désormais planétaire #JeSuisCharlie, né le 7 janvier. Derrière ces messages, un constat amer : celui de voir que l'événement tragique survenu au Nigeria ne rencontre pas le même écho, la même indignation et surtout le même relai médiatique que l'attentat contre Charlie Hebdo. Un regret relayé par de nombreux anonymes mais aussi par certaines personnalités comme l'actrice Aïssa Maïga, qui a féminisé le slogan en tweetant « Je suis Nigériane ».



Faisant le même constat, Courrier International publiait mardi 13 janvier un article intitulé « Massacres de Boko Haram : où sont les unes chocs ? ». Réagissant à cette indifférence généralisée, y compris en Afrique, le journaliste sud-africain Simon Allison tente d'alerter l'opinion internationale : « Plus de 2 000 personnes sont mortes, et le monde est resté silencieux. Pis, l’Afrique est restée silencieuse. Donc, oui, nous sommes Charlie, mais nous sommes encore plus Baga. Notre indignation – et notre solidarité – des horreurs de Paris est aussi un symbole de la façon dont nous, Africains, négligeons nos propres tragédies et donnons la priorité aux vies occidentales au détriment de nos propres vies ».

Depuis 2009, date du début de son insurrection, le mouvement Boko Haram a fait 13.000 morts. Les actes du groupe terroriste inquiètent les autorités militaires nigérianes et effraient la population locale, dans un contexte où même le président Goodluck Jonathan est critiqué pour son incapacité à enrayer la progression du groupe islamiste.

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