Crise de la dette : « La France est sur la corde raide »

Crise de la dette : « La France est sur la corde raide »
Crise de la dette : « La France est sur la corde raide »
Dans cette photo : Nicolas Sarkozy
Alors que la France et l’Allemagne doivent se mettre d’accord d’ici ce week-end sur un plan de sauvetage des banques européennes, l’Hexagone est menacé de perdre son triple A. Quelles sont les conséquences de l’avertissement de l’agence de notation Moody’s ? Quelles sont les perspectives économiques pour la zone euro ? Réponses de Céline Antonin, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
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Terrafemina : L’avertissement de Moody’s est-il une surprise pour vous ?

Céline Antonin : Non. Ce n’est pas une bonne nouvelle mais ce n’est pas non plus une grande surprise car il y a de nombreux facteurs qui ont pu entraîner cette décision. Parmi eux : la recapitalisation des banques, la discussion autour du sauvetage de la Grèce ou encore de celui de Dexia. De plus, la dette française atteint des niveaux toujours plus élevés : elle devrait ainsi s’élever à 85% du PIB en 2011.

TF : Quelles chances a la France de voir sa note AAA abaissée ?

C.A : C’est toujours difficile à dire, car même si l’on sait que les agences de notation s’appuient sur des grands indicateurs, on ne sait pas toujours comment sont réalisées leurs estimations. Reste qu’il est possible que Moody’s mette la France sous surveillance négative, une étape qui peut précéder une dégradation de sa note. Dans ce cas, il y a à peu près 30% de chances pour que la France perde son triple A. Cela va beaucoup dépendre des décisions prises en matière budgétaire, du débat à l’Assemblée sur le budget 2012 dans l’Hexagone et également des décisions prochaines sur la zone euro.

TF : Justement, que peut faire la France en termes de politique budgétaire afin de garder son triple A ?

C.A : Le budget est actuellement en discussion. Le gouvernement a tablé fin août sur 12 milliards d’économie avec des mesures diverses portant sur les niches fiscales ou encore les taxes sur les très hauts revenus. La France est sur la corde raide : si elle s’en tient à ce que demande l’agence de notation, elle doit appliquer une politique d’austérité pour réduire sa dette. Or, si elle opte pour la rigueur, alors elle casse la croissance. Elle est prise dans un cercle vicieux.

TF : Quelles seraient les conséquences d’une dégradation de la note ?

C.A : La première conséquence sera la hausse du coût de l’emprunt, avec des primes de risque plus importantes, ce qui aurait pour effet d’alourdir le poids de la dette. Autre risque : qu’il y ait une dégradation de la note des banques dans la foulée. Ce seraient alors les entreprises qui pâtiraient directement de la hausse des primes de risque.

TF : Qu’en est-il de l’Espagne qui vient de voir sa note abaissée ?

C.A : Cette dégradation de la note espagnole montre surtout que les conditions se sont dégradées chez nos voisins ibériques. Cette nouvelle note traduit le fait que les Espagnols auront plus de difficultés à rembourser leur dette. Pourtant l’Espagne mène une politique d’austérité massive afin de réduire son déficit. Mais c’est cette même politique budgétaire qui pèse sur la croissance et qui fait paradoxalement que l’Espagne n’arrive pas à remplir ses engagements budgétaires. La situation est compliquée : c’est un jeu très délicat à mener pour le gouvernement.

TF : L’OFCE vient de présenter ses perspectives 2011-2012 pour l'économie mondiale et se dit « inquiète du risque d’une récession en Europe en 2012 ». Pourquoi ?

C.A : L’OFCE met en garde contre une austérité généralisée à l’ensemble des pays de la zone euro. Cela menacerait le commerce extérieur et fragiliserait l’économie dans son ensemble. Les trois moteurs de la croissance qui sont le commerce extérieur, la consommation et l’investissement se trouvent en effet menacés. Reste que nous inscrivons dans nos prévisions non pas une récession mais une croissance molle.

TF : Paris et Berlin doivent se mettre d’accord sur un plan de sauvetage des banques européennes et le faire avaliser par les dirigeants de la zone euro, dimanche 23 octobre à Bruxelles. Nicolas Sarkozy a déclaré : « Notre destin se joue dans les dix jours ». Quel est l’enjeu réel de ce week-end à Bruxelles ?

C.A : Beaucoup de questions vont en effet être discutées, particulièrement le plan d’aide à la Grèce et la recapitalisation des banques. La recapitalisation est un point qu’il est nécessaire de discuter, mais je crains que cela n’énerve des marchés déjà très volatiles. En effet, parler de recapitalisation des banques insinue qu’il y a un risque de défaut, or cela peut alimenter la panique des marchés. Face à cette rencontre, nous sommes dans l’expectative.




Céline Antonin
(Observatoire français des conjonctures économiques).

Crédit photo : AFP/Siège de l'agence Moody's Investors Services à New York

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