Ados précoces : Chantal Jouanno s'attaque au phénomène des minimiss

Ados précoces : Chantal Jouanno s'attaque au phénomène des minimiss
Ados précoces : Chantal Jouanno s'attaque au phénomène des minimiss
Dans cette photo : Roselyne Bachelot
Alors que de plus en plus d'écoles se retrouvent désemparées face à des fillettes de 8 ans en minijupes et chaussures à talons, Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités, confie une mission à la sénatrice Chantal Jouanno, sur « l'hypersexualisation » des petites filles. Éclairage sur le phénomène des petites femmes de l'école primaire avec le sociologue Michel Fize.
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Terrafemina : Chantal Jouanno s’est vu confier une mission sur « l’hypersexualisation » des petites filles. Que pensez-vous de cette initiative ? Y a-t-il matière à s’inquiéter sur le sujet de la précocité des jeunes ados ?

Michel Fize* : On a l’air de découvrir le problème, mais tout ceci n’est pas nouveau. Le phénomène progresse depuis dix ans, depuis qu’on a commencé à parler des petites lolitas et de leur tenue vestimentaire. Une telle mission sera efficace si elle étudie la bonne tranche d’âge, celle des fillettes qui sont encore dans l’enfance, à savoir les 5-9 ans. Au-delà, on est dans le passage vers l’adolescence, les petites filles deviennent pubères, et commencent à changer de cap. Ce qui se cache derrière ces pratiques vestimentaires, c’est un désir de quitter le monde de l’enfance en prenant l’apparence des adultes, pour des fillettes de moins de 10 ans, on s’inquiète de cette entrée précoce dans la féminité. Cette mission doit comprendre d’où vient ce désir d’aller plus vite, et devrait résoudre la question cruciale du rôle des parents dans cette affaire. Il semble que c’est à eux que revient la tâche d’avertir les enfants de l’impact de leur comportement vestimentaire, et de la nuance entre séduction et provocation. Il serait bon également que l’école définisse ce qui est acceptable en termes de tenue vestimentaire, sans tomber dans la morale.
* auteur de l’essai « Les Nouvelles adolescentes » (Armand Colin).

TF : Les petites filles ont toujours aimé se déguiser comme leur maman, mais à présent certaines écoles primaires doivent interdire les talons hauts. Qu’est-ce qui incite ces enfants à vouloir grandir plus vite ?

M. F. : Les enfants d’aujourd’hui sont plus informés, leur maturation est beaucoup plus rapide, et leur conscience des choses beaucoup plus aigüe. Ces petites filles ont acquis le désir de ne pas rester enfermées dans cet âge de l’enfance qui est un âge de soumission. C’est le désir d’être ado, et le désir d’être autonome qui transparaît parfois trop tôt. Tout cela résulte d’une offensive médiatico-commerciale, qui met en scène des jeunes à moitié habillés dans la télé-réalité, qui montre des chanteuses et des animatrices toujours plus « sexy ». Le marketing a créé à partir de tout cela une nouvelle clientèle pour des produits d’adolescentes avec cette injonction « Ne soyez plus des enfants ». À 11 ou 12 ans, cette aspiration est plutôt normale, elle l’est moins à 7 ans. Certains parents sont en partie responsables lorsqu’ils fabriquent ces petites femmes, et le jeunisme des mères encourage leurs filles à les imiter.

TF : Cette « hypersexualisation » induirait une érotisation précoce des filles, et la pérennisation de stéréotypes sexistes qui classent le féminin du côté de la séduction et de la soumission à l’appréciation des garçons. Que pensez-vous de cette idée ?

M. F. : Il faut comprendre que les petites filles n’ont pas du tout le même raisonnement, elles ne s’habillent pas en femmes pour plaire aux garçons, mais pour se plaire à elles-mêmes, et pour être en harmonie avec le groupe auquel elles appartiennent. Mais en effet, dans l’univers des garçons au collège, il y a cette idée que les filles, lorsqu’elles ressemblent à des filles, sont inférieures. Seuls les parents et l’école sont à même de formuler des explications et des interdits pour que leur apparence ne devienne pas une provocation.

Crédit photo : Digital Vision

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