Règles : ces croyances absurdes sur le sang des femmes

Règles : ces croyances absurdes sur le sang des femmes
Règles : ces croyances absurdes sur le sang des femmes
Si les règles ne réjouissent généralement pas les femmes, elles rempliraient surtout les hommes d'effroi depuis la nuit des temps. Mais pourquoi ont-ils aussi peur du sang ?
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Pour beaucoup de femmes, l'excitation sexuelle est plus vive au moment des règles, mais peu d'hommes, aujourd'hui encore, en ont le désir ou peuvent s’y résoudre, comme si, tout à coup, la vue du sang - qui les excite tant au cinéma - leur devenait difficile. Cette phobie est une histoire ancienne, qui remonte à la préhistoire.

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Le pénis est un organe externe, sensible et fragile et la crainte de le perdre a alimenté mille contes et légendes, antérieurs même à l'invention de l'alphabet, dans toutes les régions du monde. L'écrivain et journaliste anglais Tom Hickman relève dans son livre, Le bidule de Dieu, que dans certains traités de sorcellerie les moines eux-mêmes accusaient les sorcières de couper les pénis et d'en faire collection. Il fût une époque où il était commun de penser que leur vagin avait des dents et pouvaient castrer les hommes pendant l'acte. Les psychiatres désignent aujourd'hui cette angoisse de la perte du membre viril sous le nom de « syndrome de Koro » (le terme est apparu en 1895), qui englobe à la fois la peur de voir son pénis rétrécir et celle de le perdre. L'origine est psychique, épidémique, liée aux croyances culturelles, et, aussi ancestrale soit-elle, elle n'a pas disparu. Elle peut, aujourd'hui encore, ressurgir chez tout homme souffrant d'un manque de confiance en lui ou ayant des schémas de dépendance, mais est généralement causée par un stress de société (conflits, peur d'un potentiel ennemi, imminence d'un désastre naturel …), comme ce fut le cas en Chine dans les années soixante, une vague de froid exceptionnelle ayant fortement diminué la taille des sexes de milliers d'hommes.

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Ces croyances anciennes s'accompagnaient autrefois de l'idée que si la femme n'avait pas de pénis, c'est que justement elle l'avait perdu, probablement dans d'horribles conditions et la preuve en était que régulièrement elles saignaient… Car si toutes les femmes n'étaient pas redoutées comme les sorcières, elles avaient en commun les règles, dont les hommes pensaient qu'elles étaient assurément une forme de poison violent, qu'ils devaient craindre à tout prix s'ils ne voulaient pas risquer de perdre leur précieux engin. « Elles sont tellement remplies de corruption quand elles ont leurs règles, que de leurs vues elles empoisonnent les animaux, infectent les enfants au maillot, tachent le miroir le plus propre, enfin donnent la vérole ou des chancres à ceux qui les connaissent pendant ce temps-là », peut-on lire dans la préface du livre d'Albert le Grand (disciple de St Thomas d'Aquin), Des secrets de femmes, publié initialement au XIIe siècle. À la fin du XVe siècle, on continuait de penser que les maladies vénériennes étaient transmises par les femmes, au moment de leurs flux cataméniaux. Au début du XXe siècle, des médecins considèrent encore que le sang des menstrues est toxique.

On n'efface pas d'un revers de la main des croyances qui ont traversé les siècles avec une telle persistance, mais peut-être que la tendance aux livres et aux films sur les vampires, ne parlent pas que de nos peurs actuelles et « reflètent une sorte de théorie du complot, la crainte qu’il existe un dangereux secret se répandant au sein même de notre communauté, juste sous notre nez » - selon Michael Dylan Foster, maître de conférence à l’université de l’Indiana - mais parlent aussi de ces peurs qu'ont les hommes à voir fleurir les femmes dans des territoires dont elles étaient autrefois éloignées.

De quelle difficile période pour la croissance parle-t-on alors ?