Pourquoi "Buffy" reste une série iconique : les fans racontent

Buffy, série iconique
Buffy, série iconique
Diffusée à la télévision américaine - puis en France et dans le reste du monde - entre 1997 et 2003, la série "Buffy contre les vampires" reste aujourd'hui particulièrement actuelle et populaire. Rencontre avec des fans de la première heure de la tueuse à l'occasion du marathon Buffy organisé samedi 14 décembre à la Cinémathèque de Paris.
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"J'ai conçu Buffy pour être une icône, une expérience émotionnelle, pour être aimée d'une façon dont les autres séries ne peuvent pas être aimées. Je voulais qu'elle soit un phénomène dans la culture". Pari réussi pour Joss Whedon, créateur de la série Buffy contre les vampires, qui continue, plus de vingt ans après son lancement, à rassembler. Preuve en est : le succès du marathon Buffy organisé le weekend dernier à la Cinémathèque de Paris, qui a réuni le temps d'une journée de nombreux fans invétéré·es de la tueuse.


La série Buffy n'a jamais été qu'un simple programme télé et a su, au fil des années, prouver sa valeur ajoutée. Au point de rentrer dans la short-list des oeuvres iconiques du petit écran, à l'instar de Game of Thrones ou Breaking Bad. Un véritable exploit pour une série née dans les années 90, époque à laquelle les moyens investis pour le petit écran n'étaient certainement pas ceux d'aujourd'hui.


Pour celles et ceux qui l'ignorent, Buffy contre les vampires, c'est l'histoire de Buffy Anne Summers, une adolescente dotée (contre son gré) de pouvoirs surnaturels lui permettant d'abattre un à un vampires et démons en tout genre. Accompagnée de ses ami·e·s - le Scooby Gang - la tueuse se confronte régulièrement à l'apocalypse tout en essayant, tant bien que mal, de poursuivre son quotidien d'adolescente, puis de jeune adulte. Un pitch qui peut paraître simpliste mais qui s'avère finalement bien plus profond, transgressif et précurseur qu'il n'y paraît.

Une série qui casse les codes


Buffy est une série qui casse les codes. D'abord ceux du slasher, genre cinématographique d'horreur dans lequel notre héroïne - la jolie petite blonde en mini-jupe - serait la première à se faire salement assassinée. "C'est un personnage censé être le cliché de la blonde qui se fait tuer dans les 10 premières secondes d'un film d'horreur. Elle est finalement l'héroïne de ce monde, même si elle est "juste une fille'", nous confie Marie, cadreuse-monteuse, fan de la première heure de Buffy.

Un point de vue partagé par Lola, journaliste de 28 ans, qui poursuit : "Buffy n'est pas juste un personnage fort car c'est le personnage principal. C'est aussi un personnage fort au sens littéral du terme. Car derrière ses jolis cheveux blonds et ses jupettes, elle a de sacrés muscles !"


Buffy n'a en effet pas besoin d'être sauvée. Car celle qui sauve, c'est elle. Elle permet d'ailleurs régulièrement à ses acolytes masculins de rester en vie - Alex n'aurait clairement pas passer la saison 1 sans l'avoir rencontrée - et redonne, tout particulièrement dans les années 90, une toute nouvelle dimension aux personnages féminins du petit écran. "Il ne s'agit plus d'une jeune fille blonde naïve qui se faisait tuer par la première créature venue. Là, c'est cette 'élue' qui tue avec une aisance déconcertante ses ennemis. On était face à un personnage complexe. Un personnage qui résonne encore aujourd'hui", confirme le journaliste séries Romain Cheyron.

Il n'y a pas que Buffy qui, dans l'oeuvre de Joss Whedon, redore le blason des héroïnes de séries. Willow, jeune fille introvertie avant sa rencontre avec la tueuse de vampires, finit par devenir une sorcière redoutable, une femme si puissante qu'elle permettra, elle aussi, de sauver le monde.

"Il y a aussi Anya Jenkins, aka le démon Anyanka, qui a pour mission de venger les femmes bafouées. En terme de femmes fortes, on n'a pas vu mieux", ajoute Lola.

Une icône résolument féministe


Des personnages féminins forts, indépendants, qui font de "Buffy contre les vampires" une série résolument féministe. Si bien qu'elle est aujourd'hui étudiée dans les universités du monde entier et que les "Buffy Studies" - les études sur Buffy - n'ont eu de cesse de se multiplier ces dernières années. "On parle quand même d'une jeune fille, dotée d'une force surhumaine, qui n'a besoin de personne pour se défendre, et pour botter le cul à tous ceux qui se mettent en travers de son chemin", rappelle Lola, grande fan de la série.


"Buffy est une icône féministe parce qu'elle fait avant tout partie d'un système créé par des hommes il y a des centaines d'années. Elle dépend du Conseil des Observateurs pour savoir ce qu'elle doit faire, et quand elle déroge aux règles, elle est 'gentiment' remise en place, à sa place de femme. Elle appartient à ces hommes qui abusent de leur pouvoir et de leur place privilégiée", poursuit Marie. Pour elle, "cette façon de régir la vie d'une femme, symbole de toutes les autres, depuis des centaines d'années est particulièrement parlante."


Des injonctions que Buffy prendra soin de briser une à une au fil des épisodes, tout particulièrement dans le final de la série, dans lequel elle permet - grâce à l'intervention de Willow - à toutes les tueuses potentielles du monde entier d'avoir les mêmes pouvoirs qu'elle.

"A chaque génération, une Tueuse est née, parce qu'une bande de mecs qui vivaient il y a des milliers d'années ont inventé cette règle. Alors je dis : 'Qu'on change les règles'. A partir de maintenant, chaque fille dans le monde qui pourrait être une Tueuse, sera une Tueuse. Chaque fille qui pourrait avoir le pouvoir, aura le pouvoir", clame dans cet épisode l'héroïne, bien décidée à reprendre le contrôle, le pouvoir.

Une façon, pour Marie, "d'asseoir pour toujours la force, la détermination et l'intelligence des femmes."

Une série en avance sur son temps


Buffy contre les vampires est l'une des premières séries à avoir mis en scène un couple lesbien. Celui formé par Tara et Willow, qui s'embrassent à l'écran, fait extrêmement rare à l'époque. "Elles vont même assumer un rôle parental pendant plusieurs épisodes envers la petite soeur de Buffy. Et ça, dans une série des années 90, c'était du jamais vu", rappelle Lola. Une avance sur son temps, qui a donné l'exemple et permis de faire bouger les lignes, petit à petit, sur le petit écran.

Pour Sarthman, créateur du podcast Pourquoi Buffy c'est génial, il n'y a pas que sur ce point que Buffy s'est révélée précurseuse. "Après toutes ces années à voir et revoir la série et même à l'analyser scène par scène depuis que je fais le podcast, je me rends compte que Buffy était en avance sur beaucoup d'autres niveaux", nous explique-t-il. "C'est ce qui me plaisait à l'époque sans forcément pouvoir le verbaliser, c'était surtout un ressenti du type 'quelle bonne idée, on n'a jamais vu ça !'.

"Un personnage féminin comme premier rôle d'une série télé, c'était quasi inexistant à la fin des années 90. Le premier baiser lesbien de la télévision, ça c'est aussi passé dans Buffy. La force de cette série c'est vraiment ça : d'avoir réussi à combiner ambition artistique d'avant garde et contraintes de diffusion, de budget, de censure d'une grande chaîne publique", s'enthousiasme le podcasteur.


Pour lui, "Joss whedon a fait de cette limite une force en faisant une série qui se lit sur plusieurs niveaux. En surface la comédie fantastique et drôle avec juste ce qu'il faut de romance pour cocher toutes les cases de la série 'ado'. Et en-dessous, de vrais messages forts et modernes sur l'émancipation des femmes, la promotion des minorités, l'acceptation des différences et le collectif supérieur à l'individu."

Buffy a su innover sur le fond, mais aussi sur la forme. A une époque à laquelle la série télé faisait bien souvent dans la simplicité, Joss Whedon a mis un point d'honneur à faire dans le mieux, dans l'originalité et dans le jamais vu. "La série possède des épisodes encore aujourd'hui inoubliables et difficilement égalés : The Body par exemple, l'épisode musical bien évidemment ou bien Hush (un Silence de Mort), qui est un véritable film d'horreur en lui-même", renchérit le journaliste séries Romain Cheyron.

Un show à (re)découvrir aujourd'hui


Buffy reste aujourd'hui remarquable dans l'écriture de ses personnages, dans sa justesse, dans sa nuance. C'est une série aussi drôle que sombre, aussi légère que bouleversante. Si bien qu'il a toujours été très compliqué de la ranger sagement dans une case. Elle n'est ni une série d'horreur, ni une série comique, ni une série dramatique. Mais probablement un mix des trois.

"C'est un programme très intelligent, très subversif et très bien écrit. Voir cette héroïne tuer des démons et vampires tout en lâchant une punchline tranchante et drôle, c'est absolument génial", confirme Romain Cheyron. "Nous ne sommes pas face à une simple série pour ado, mais une vraie oeuvre qui décortique toute la complexité de l'adolescence et du passage à l'âge adulte, et quand elle ne le fait pas avec les vampires, elle vient frapper les personnages avec la plus grande noirceur de la réalité. Comme avec l'épisode The Body, dans lequel Buffy découvre que sa mère est morte d'une 'simple' maladie."


"Buffy est un personnage féminin, héroïque et courageux parce qu'elle n'a pas d'autres choix. Et c'est pour ça qu'on s'identifie à elle, qui préférerait vivre comme n'importe quelle jeune fille de son âge. Elle trébuche, déprime, se trompe, hésite", poursuit Marie. "Les personnages masculins sont secondaires et ne représentent pas les archétypes de l'homme viril et omnipotent", ajoute la vidéaste.


Si les effets spéciaux, le look des personnages et les références citées sonnent bien évidemment très nineties, Buffy contre les vampires n'en reste pas moins, sur le fond, une série particulièrement actuelle. "Buffy est une vraie force de la nature qui fait tout pour surmonter les obstacles qui se mettent sur son chemin. Et pas seulement des monstres, mais aussi des conflits intérieurs que toutes les adolescentes vivent au même âge, et c'est encore le cas aujourd'hui. Buffy était, est et restera un modèle. Elle est authentique, entière, vulnérable, imparfaite et profondément humaine", confirme le critique série Romain Cheyron.

Une oeuvre culte à voir "peut-être même encore plus aujourd'hui, alors que les problématiques de violences conjugales, sororité, consentement, homophobie... sont enfin sorties au grand jour. La nouvelle génération pourra découvrir que tout ça était déjà traité dans Buffy il y a 20 ans", poursuit Sarthman.

"Pour toutes les raisons évoquées précédemment, je pense qu'une série comme Buffy peut, même s'il s'agit d'une fiction, apporter bien du courage à celles (et ceux) qui luttent au quotidien parce qu'ils ont des combats difficiles à mener", conclut Lola, fan de la première heure de la série.

"Qu'il s'agisse d'affronter la vie avec une charge mentale lourde sur les épaules, de se faire accepter tels que l'on est, de faire face à une déception amoureuse, ou même de faire face à la maladie ou encore au décès d'un proche. Bien sûr, il s'agit une fois encore d'une fiction, mais grâce au talent de Joss Whedon, la série aborde ces sujets avec une extrême justesse, ce qui rend les combats menés par les personnages vraiment crédibles et proches de la réalité", souligne la "buffyphile".

Pour toutes ses raisons, on se lance dans un marathon de binge-watching Buffy ?