"Homme déconstruit" : quand Marlène Schiappa utilise le sexisme pour moquer Sandrine Rousseau

"Homme déconstruit" : quand Marlène Schiappa utilise le sexisme pour dénoncer un concept féministe
"Homme déconstruit" : quand Marlène Schiappa utilise le sexisme pour dénoncer un concept féministe
"Pour dénoncer la 'déconstruction de la masculinité' prônée par Sandrine Rousseau, Marlène Schiappa utilise des clichés sexistes". Le politologue Clément Viktorovitch a fustigé sur Franceinfo les mots de la ministre Marlène Schiappa envers la candidate défaite à la primaire écologiste.
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"Je vis avec un homme déconstruit et j'en suis hyper heureuse. Je ne fais pas confiance à des hommes ou femmes qui n'ont pas fait le chemin de la déconstruction", avait déclaré la candidate de la primaire écologiste Sandrine Rousseau sur LCI. Cette réflexion décochée lors du débat qui l'opposait à son rival Yannick Jadot avait fait couler beaucoup d'encre sur les réseaux sociaux. Et pas seulement de la part de la fachosphère.

Sur Franceinfo, la ministre de la citoyenneté Marlène Schiappa a gentiment fustigé les propos de la militante écoféministe. "Il n'y a pas d'un côté les gentils féministes écologistes déconstruits, sympas avec leur femme, et de l'autre côté, les méchants réactionnaires, machos, qui les traitent mal", a-t-elle déclaré.

Une ironie qui a fait cogiter le politologue Clément Viktorovitch dont les chroniques brillantes décortiquent la rhétorique politique. "Pour dénoncer la "déconstruction de la masculinité" prônée par Sandrine Rousseau, Marlène Schiappa utilise des sophismes et... des clichés sexistes", a-t-il ainsi décrypté.

Une analyse incisive

"Sandrine Rousseau se borne à souligner que les hommes devraient ou pourraient interroger la manière qu'ils ont de vivre leur masculinité, en s'écartant, s'ils le désirent, des clichés de la virilité et en prenant conscience, au passage, des inégalités, alors que Marlène Schiappa pose le débat comme une opposition entre les gentils féministes déconstruits et les méchants réactionnaires machos", développe Clément Viktorovitch l'espace d'une chronique publiée sur Franceinfo. Il dénonce également les clichés de genre employés par la ministre, tel : "Il y a des supporters de l'OM qui sont de gros barbus et qui traitent bien leurs enfants".

Et le politologue de poursuivre son décryptage incisif : "Ce qu'utilise Marlène Schiappa ici, c'est un procédé rhétorique qu'on appelle l'homme de paille. C'est un sophisme, un raisonnement fallacieux donc, qui consiste à caricaturer la position de l'adversaire, jusqu'à ce qu'elle devienne ridicule. Marlène Schiappa continue par ailleurs de se revendiquer féministe. Qu'elle éprouve le besoin de lancer de telles attaques contre un concept sociologique qui est un outil important dans la lutte pour l'égalité entre les femmes et les hommes, cela tient du mystère".

Effectivement, comme l'énonce Clément Viktorovitch, l'expression "d'homme déconstruit" est un concept "sur lequel la sociologie travaille depuis des décennies. A savoir la déconstruction des stéréotypes de genre, se poser des questions sur la manière dont on choisit d'habiter la masculinité, la féminité, tout autre identité de genre". Un enjeu de société que Marlène Schiappa semble chercher à crédibiliser. "De plus, pourquoi les supporters de l'OM seraient-ils gros et barbus ? En quoi les gros barbus pourraient-ils être suspectés de mal traiter leurs enfants ? Et surtout : qui prétend cela ?", ironise encore Clément Viktorovitch.

Par-delà cette dérision, cette analyse sous-entend une vraie question : pourquoi le concept de déconstruction semble-t-il tant effrayer les voix politiques en France ? Une interrogation d'autant plus curieuse que Sandrine Rousseau fut la première à y apporter de la nuance. Sur France Inter, elle déclarait : "Un homme peut évidemment être féministe. Enfin, il peut être allié en tous les cas. Maintenant l'alliance ne se décrète pas, c'est pas un pin's qu'on se met au revers de la veste, c'est quelque chose qui s'inscrit dans les combats que l'on mène".